Quand nos visages deviennent des données

À l’heure où la reconnaissance faciale s’impose progressivement dans les usages numériques, une équipe de recherche réunissant HEC Lausanne (Unil), la HEIG-VD et la startup suisse Rayshaper SA, s’est attaquée à ces enjeux en développant le prototype FaceShield. Cette solution vise à réduire l’usage des images de visages par des systèmes d’intelligence artificielle, lorsque celles-ci circulent sur les plateformes numériques, et à en limiter l’exploitation à des fins d’identification ou de profilage.

Publier une photo sur un site internet, un réseau social ou une page web institutionnelle est devenu un geste banal. Pourtant, ces images peuvent aujourd’hui être analysées automatiquement par des systèmes d’intelligence artificielle capables d’identifier une personne, de relier son visage à d’autres contenus en ligne et d’en déduire une série d’informations personnelles, parfois sensibles. Une réalité souvent invisible pour les personnes concernées, mais bien réelle du point de vue des technologies : les systèmes de reconnaissance faciale comparent désormais les images à des bases de données pouvant contenir des millions de visages.

C’est à cette zone grise – entre usages quotidiens et exploitation automatisée des images – que s’attaque FaceShield. Développé avec le soutien du programme d’innovation [SEAL] (Security and Trust Innovation Program) une initiative vaudoise d’innovation portée par l’Unil, l’EPFL et la HEIG-VD, ce projet a donné naissance à une solution en explorant de nouvelles manières de protéger les visages non plus des regards humains, mais des machines.

« Les individus disposent aujourd’hui de très peu de moyens pour contrôler l’usage de leurs images par des systèmes automatisés.  Faceshield explore une réponse technique à ce déséquilibre », explique Yash Raj Shrestha, professeur à HEC Lausanne. « Cette solution offre une réponse concrète et proactive aux utilisateurs et utilisatrices en leur redonnant le plein contrôle de leurs données biométriques. », ajoute Valentina Ebrahimi, cheffe de projet à RayShaper SA et alumna de HEC Lausanne.

Protéger les visages sans les effacer

Contrairement aux techniques classiques de floutage ou de masquage, FaceShield repose sur une approche plus subtile. Le système modifie les traits d’un visage de manière quasi imperceptible pour l’œil humain, tout en rendant l’image difficilement exploitable par des algorithmes de reconnaissance faciale. Les photos restent lisibles, partageables et compréhensibles, mais leur valeur pour les machines est fortement réduite.

Les versions originales des images peuvent, le cas échéant, rester accessibles uniquement aux personnes autorisées. Cette logique permet de dissocier l’image publique, soit celle qui circule en ligne, de l’image source, protégée et contrôlée.

Les cas d’usage envisagés concernent aussi bien la sphère privée que professionnelle avec la publication par exemple de portraits d’expert·es sur des sites institutionnels, la communication d’entreprise, les médias.

En explorant ces questions, le projet met en lumière un enjeu central de la transformation numérique : comment continuer à produire et partager des contenus visuels tout en limitant leur exploitation invisible par des systèmes automatisés ?

Repenser la place des images dans les environnements numériques

« En interrogeant concrètement la manière dont les images sont produites, partagées et analysées par des systèmes automatisés, le projet contribue à structurer de nouvelles approches de la protection des données visuelles. » commente le Professeur Shrestha. Des travaux qui nourrissent aujourd’hui la réflexion scientifique, réglementaire et sociétale autour des technologies de reconnaissance et de l’usage responsable des images.

HEC Lausanne a contribué à l’analyse des usages et des enjeux sociétaux, RayShaper SA, basée à Crans-Montana (VS) avec des bureaux à Pully (VD), a conçu et implémenté les algorithmes de base, a assuré l’intégration technique et la valorisation du projet, tandis que la HEIG‑VD a mobilisé son expertise en cybersécurité et a conçu et implémenté les modules d’accès conditionnel.

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