La richesse privée en Suisse n’a jamais été aussi élevée. Mais comment se forme-t-elle et quelle part revient aujourd’hui aux héritages ? C’est à ces questions que répond l’étude réalisée par le Prof. Marius Brülhart à HEC Lausanne (Unil), et ses co-auteur·e·s, intitulée Wealth and Inheritance in 21st Century Switzerland, publiée par E4S.
Une richesse qui s’accumule et se transmet davantage
En vingt-cinq ans, la richesse privée en Suisse a fortement progressé. En 2025, les patrimoines transmissibles atteignaient environ 3 600 milliards de francs, soit 4,2 fois le PIB, contre 1 400 milliards en 2000 (2,9 fois le PIB). Dans le même temps, les flux de transmission ont nettement augmenté : les montants hérités chaque année sont passés de 32 à environ 100 milliards de francs, soit 11,6 % du PIB. Ces évolutions indiquent une augmentation du rôle des héritages dans la circulation de la richesse.
Une concentration persistante du patrimoine
La richesse reste fortement concentrée. Le 1 % le plus riche détient environ 45 % du patrimoine total, tandis que les millionnaires — soit environ 7 % des contribuables — en possèdent près de 70 %. Les héritages sont légèrement moins concentrés que les patrimoines eux-mêmes, mais ils contribuent à la persistance de ces écarts dans le temps.
Des transmissions plus tardives dans le cycle de vie
L’étude met également en évidence un décalage dans le moment des transmissions. L’âge médian de réception atteint aujourd’hui 60 ans. La probabilité d’hériter est désormais plus élevée entre 61 et 65 ans qu’avant 45 ans, ce qui peut influencer le rôle de ces ressources dans les trajectoires économiques.
Des effets différenciés selon les situations
Les transmissions patrimoniales ne jouent pas le même rôle pour tous. Elles peuvent faciliter certains investissements — notamment immobiliers — pour les ménages qui en bénéficient. Pour les autres, l’accumulation de richesse repose principalement sur le revenu. L’étude souligne ces différences sans en estimer directement les effets causaux.
Par ailleurs, la fiscalité des successions a évolué : le taux effectif moyen est passé de 4,6 % à 1,5 % depuis 1990.
Une évolution progressive du rôle de l’héritage
Pris ensemble, ces résultats montrent que les héritages occupent une place croissante dans la formation de la richesse en Suisse : la fortune privée en Suisse croît plus rapidement que les revenus et elle est fortement concentrée parmi les ménages les plus riches et les plus âgés. Les héritages arrivent de plus en plus tard dans la vie des bénéficiaires. La plupart des ménages ne réduisent leur patrimoine qu’à un degré limité après la retraite, voire pas du tout.
En quantifiant précisément les flux de transmission et leur évolution, cette étude apporte un éclairage essentiel sur le rôle des héritages dans l’économie suisse.
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