
Thèse en études du tourisme, soutenue le 2 septembre 2026 par Géraldine Overney, rattachée à l’Institut de géographie et durabilité (IGD) de la FGSE.
Alors que la littérature scientifique s’est largement intéressée aux conséquences positives et négatives des résidences secondaires — mettant principalement en lumière des enjeux économiques, environnementaux et sociaux — peu de travaux se sont penchés sur la place et le rôle des propriétaires de résidence secondaire dans la gouvernance des stations de montagne.
Pourtant, ces propriétaires représentent une population importante dans ces territoires, tant par leur nombre que par leurs ressources, ainsi que par la volonté exprimée par certains de s’investir davantage dans les processus décisionnels. Ces dernières années, en Suisse, les médias ont fréquemment relayé des conflits opposant ces propriétaires aux acteurs politiques et touristiques, notamment autour de la taxe de séjour.
Dans ce contexte, cette thèse s’articule autour de la question de recherche suivante : De quelles manières et dans quelle mesure les propriétaires de résidences secondaires s’impliquent-ils dans la gouvernance des stations de montagne, et quels sont les facteurs qui influencent cette implication ?
Cette thèse s’inscrit principalement dans le champ de la science politique et mobilise la gouvernance à la fois comme objet d’étude et comme cadre conceptuel. Fondée sur une approche théorique croisant les travaux sur la gouvernance locale et la participation citoyenne, cette recherche analyse deux cas d’étude en Suisse : Anzère, dans le canton du Valais, et Leysin, dans le canton de Vaud.
Obtenus à partir de méthodes mixtes, comprenant une analyse documentaire, des entretiens semi-directifs et des questionnaires en ligne, les résultats montrent que, bien que les propriétaires de résidence secondaire ne disposent pas en Suisse du droit de vote dans leur commune de résidence secondaire, ils mobilisent d’autres voies d’implication dans la gouvernance locale. Cette implication prend des formes variées, se déroulant tant au niveau individuel qu’associatif, et s’exprime dans différents domaines, tels que l’animation locale, le développement et le maintien des infrastructures, ainsi que les processus de décision. Les résultats montrent que les propriétaires de résidence secondaire, souvent associés à la sphère de la société civile, peuvent également s’inscrire dans les sphères économique et politique.
En outre, il faut souligner que ces formes d’implication varient selon le cadre légal — en particulier dans le contexte valaisan qui favorise une implication plus institutionnalisée — mais également en fonction des dynamiques locales, notamment les conflits et les projets en cours. Les conflits peuvent ainsi résulter d’un sentiment de non-implication chez les propriétaires de résidence secondaire, mais aussi constituer un facteur de mobilisation, en les incitant à se regrouper afin de faire entendre leur voix. Parallèlement, les projets locaux nécessitent la mobilisation de ressources externes, favorisant parfois la formation de coalitions incluant ces propriétaires.
Cependant, cette implication concerne une minorité de propriétaires. Une large part d’entre eux fréquentent leur résidence secondaire principalement à des fins de loisirs et ne souhaitent pas s’engager dans les débats ou les projets. Le souhait de ne pas s’impliquer davantage ne signifie pas pour autant une absence d’intérêt pour le développement de la station et les enjeux locaux, mais s’explique plutôt par un ensemble de facteurs, tels que le manque de temps, un sentiment de manque de légitimité ou encore une perception d’influence restreinte.
Par ailleurs, l’implication — ou l’absence d’implication — apparaît moins liée aux caractéristiques sociodémographiques ou économiques qu’au parcours de vie, aux préférences individuelles et au degré d’attachement au lieu.
Ces différences d’implication conduisent à reconsidérer le statut des propriétaires de résidence secondaire au sein des stations de montagne. Ni pleinement touristes, ni véritablement membres de la communauté locale, ils se situent le long d’un continuum caractérisé par une grande diversité de pratiques.
Enfin, cette thèse invite les acteurs publics et touristiques à ne pas assimiler les propriétaires de résidence secondaire à de simples touristes, mais à les reconnaître comme des acteurs à part entière du territoire. En quête de reconnaissance, ces propriétaires peuvent contribuer positivement à la réalisation de projets, dont certains n’auraient pas abouti sans eux, mais aussi générer des effets négatifs lorsque des conflits s’enlisent, entraînant une médiatisation défavorable ainsi que des coûts financiers et en temps importants pour les parties concernées, par exemple dans le cadre de recours.
Dans cette perspective, la thèse souligne l’importance de maintenir et de renforcer le dialogue ainsi que les dispositifs participatifs existants, voire d’en développer de nouveaux, à condition qu’ils offrent une réelle capacité d’influence et ne soient pas instrumentalisés. De tels dispositifs permettraient à la fois de prévenir les conflits et de valoriser les ressources d’action dont disposent ces propriétaires.

Laisser un commentaire