Compte-rendu de l’Assemblée participative du 2 décembre 2019

Dans cet article retrouvez les éléments clés des interventions d’Arthur Keller et de Cynthia Fleury-Perkins, ainsi que la retranscription synthétique de l’Assemblée participative

Par Gabriel Salerno

Compte rendu de la partie conférence : Les effondrements

PRÉSENTATION D’ARTHUR KELLER

Présentation d’imaginaires différents :

  • Premier imaginaire : il n’y a pas de limites. Cet imaginaire se heurte bon gré mal gré au réel.
  • Second imaginaire : il y a des limites, mais on va faire tout ce qu’il faut pour rester en deçà de celles-ci. Néanmoins, cet imaginaire est obsolète, puisque nous les avons déjà dépassées.
  • Troisième imaginaire : nous allons dépasser les limites, puis nécessairement chuter en dessous de la biocapacité de la Terre. Il s’agit donc d’une décroissance, mais qui, pour le tout, est plus ou moins gérée et pilotée.
  • Quatrième imaginaire : cet imaginaire correspond à ce qui va se passer. Nous allons décroitre plus rapidement une fois dépassé la biocapacité de la Terre. Nous assisterons à un dévissage et à une descente énergétique (au vu de notre dépendance au pétrole), qui seront cette fois-ci subis. Il s’agit d’un monde d’effondrement ou un monde pré-effondrement.

Limites : On identifie trois types de limites

  1. Les ressources qu’on utilise
  2. Les pollutions qu’on rejette
  3. Les dégradations de la planète que l’on engendre

Note impact est supérieur à ce que la planète peut gérer et encaisser. Lorsque nous les dépassons, on perd la capacité à maintenir notre société dans l’état où elle est, à maintenir le fonctionnement de notre société tel qu’il est. S’ensuit forcément une descente énergétique.

Modélisation du système/systémisme :

Lister ou juxtaposer les problèmes ne suffisent pas pour les comprendre réellement. Actuellement on les traite séparément, mais ceci ne les résout pas. On ne s’attaque pas à la source du problème, mais aux conséquences uniquement. Par exemple, la société produit des flux qui transforment la nature en déchets. On peut certes décarboner nos activités (réduire nos émissions de CO2), mais on ne va pas régler la source du problème qui est que nos flux transforment la nature en déchets.

Quel type de mobilisation faut-il pour faire changer la société ?

Il faut changer le système dans son ensemble.

On ne peut changer le système qu’à la marge. Si on change uniquement un élément ici et là (créer une loi, mettre en pratique une alternative, etc.), le système va se réorganiser, il va englober ce nouvel élément et se maintenir (garder la même organisation). Par conséquent, pour changer le système, il est nécessaire de changer les règles d’interactions entre les éléments.

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas opérer ces changements à la marge, mais qu’ils sont insuffisants. Si on ne fait que cela, on s’effondrera pareillement.

En d’autres termes, il s’agit de changer notre modèle de civilisation. Proposer quelque chose de neuf collectivement : le construire et le rendre désirable pour qu’il soit accepté par une majorité. Le faire tant qu’on peut le faire dans de bonnes conditions encore.

Créer des alternatives localement, c’est-à-dire à l’échelle territoriale. À une échelle plus petite, les alternatives ne seraient pas résilientes. À une échelle trop grande, elles se transforment en usine à gaz. Il nous faut de nouvelles façons d’être au monde, de nouvelles cultures, afin de reconstruire des « choses » neuves. En outre, il s’agit de rendre ces « choses » désirables pour qu’elles soient adoptées ailleurs et qu’elles se propagent. Il s’agit de construire des « choses » qui font sens et soient résilientes.

Par ailleurs, il est important de mettre tout cela en image à travers le storytelling.

PRÉSENTATION DE CYNTHIA FLEURY-PERKINS

Historiographie de l’effondrement :

*Martin Heidegger (1949) : la science est devenue technique. Elle arraisonne la nature, la détruit. Il faut au contraire l’habiter en poète.

*Günther Anders (1956) : le déphasage entre science, technique et nature est symbolisé par la faillite des Lumières, à savoir Auschwitz et Hiroshima. L’Europe et les États-Providence sont issus de cette faillite.

Les leçons historiques des effondrements sont difficiles à apprendre. On parle parfois de honte prométhéenne : l’homme est ou va être face à des techniques qui ont la maîtrise sur lui. Les techniques ne sont plus ses alliés pour maîtriser la nature, car elles sont tellement grosses de capacité et nous ne pouvons plus avoir une éthique de responsabilité vis-à-vis d’elles.

*Le rapport de Meadows (1972) : ce rapport va être un moment clé. Le modèle systémique utilisé a montré, à travers plusieurs scénarios, les limites à la croissance. Dans un système fermé, si un ou plusieurs paramètres sont en croissance, le système est amené, tôt ou tard, à s’effondrer.

*Hans Jonas (1979) : Hans Jonas a proposé ce qu’il a appelé le principe responsabilité. Selon Cynthia Fleury- Perkins, on se trouve ici déjà dans la collapsologie. Hans Jonas va poser l’heuristique de la peur comme outil méthodologique, non pas pour se faire peur (on n’est pas dans une instrumentalisation de la peur que certains dirigeants utilisent parfois), mais dans l’optique qu’en projetant la menace nous produirons une action pour contrer cette menace.

Selon Hans Jonas, l’éthique privée est insuffisante. Il faut une éthique publique politique. Les gestes individuels sont certes nécessaires, mais insuffisants au niveau systémique. Les états de droit se sont construits sur une promesse d’une convergence entre l’éthique et le politique (la vertu comme grand pilier), mais les démocraties modernes ont, quant à elles, plutôt scindé ce couple en considérant qu’il y avait du droit et qu’il valait mieux se dessaisir de l’éthique et revenir à une pensée du contrat. Cette dernière est notamment portée par les libéraux. On ne peut pas s’extraire de cette pensée du droit qui est déterminante. Il y a une révolution métaphysique et culturelle plus compliquée lorsqu’il s’agit de changer de comportement et lorsqu’il s’agit de faire davantage converger des valeurs et des pratiques.

Selon Hans Jonas, le mal arrive parce que nous voulons trop le bien et non parce que nous voulons le mal. Il faut changer le paradigme et concevoir le monde d’aujourd’hui avec les paramètres du futur (l’éthique du futur avec l’introduction des générations futures). Il est le premier auteur à dire que les ressources sont périssables, et que l’impact humain comme force géologique produit des désastres.

*Jean-Pierre Dupuy (2002) : Jean-Pierre Dupuy va reprendre l’heuristique de la peur dans son catastrophisme éclairé qui consiste à essayer d’avoir un rapport à la menace qui n’est pas celui de la paralysie devant la peur, de la vindicte, du refus, du déni ou de la panique et qui consiste à essayer de construire un geste. Selon Cynthia Fleury-Perkins, cette technique de l’heuristique de la peur est aussi prônée par les collaspologues.

*GIEC (1988) : arrivé du GIEC qui montre les risques d’effondrement avec des scenarii.

*Eloi Laurent (2011) : il met en évidence les boucles de vulnérabilité. Là où il y a un fort déficit démocratique (une gouvernance démocratique faible), il y a une spoliation, un pillage ou une surexploitation des terres et donc un fardeau environnemental plus grand, généralement porté et supporté par des minorités (c’est ce que la justice environnementale a montré) et qui vient créer une vulnérabilité socio-économique.

Ce sont là les effondrements qui sont devant nous, avant même une globalisation des effondrements. Les plus démunis et vulnérables continueront à subir ces effondrements (précarité énergétique, migrations climatiques, facteurs environnementaux dans leur santé, des conflits violents). Ces effondrements sont déjà en cours et deviendront plus nombreux et intenses.

Les solutions : Il y a des points névralgiques sur lesquels on peut agir.

Les villes : l’Accord de Paris a par exemple mis en réseau des villes, le C40. Les villes sont un levier, car ce sont des lieux où le PIB mondial est conséquent. Ce sont donc des lieux prescripteurs en termes d’économie. Ce sont des lieux d’hyper-vulnérabilité (face à la montée des eaux et aux événements météorologiques extrêmes par exemple) Et ce sont aussi des lieux hautement qualifiés. Là où les états peinent, les villes ont essayé de mettre en œuvre des choses (efficacité de la territorialité).

Accords tri- ou quadri-partite : entre certains états, entreprises, ONG, universités, artistes, défenseurs des droits de la nature, etc. (par exemple sur la déforestation).

Ce sont des nouvelles combinaisons qui essayaient d’inventer une nouvelle gouvernance mondiale, et qui à la fois travaillent avec les États-nations et produisent des territoires régulateurs à l’échelle des régions, des réseaux de ville, etc.

En conclusion, Cynthia Fleury-Perkins défend une démarche de construction, et non une démarche abolitionniste ou de révolution venant détruire de façon violente ce qui est considéré comme empêchant la transition écologique. Elle ne sait pas si c’est la bonne solution. En effet, l’histoire n’est pas très clémente. L’histoire a souvent utilisé la démarche abolitionniste violente pour créer un seuil. Elle défend néanmoins une démarche de réforme, qui fait une course de vitesse avec des procédures qui, parce qu’elles sont systémiques, vont avoir de vrais basculements et avec des transformations de comportement qui sont beaucoup plus compliqués (même si de façon consensuelle, en tout cas dans le déclaratif, une grande partie des individus dans les sociétés occidentales valide qu’il s’agit d’une préoccupation absolument déterminante).

DIALOGUE ENTRE LES TROIS INTERVENANTS

Synthèse de Dominique Bourg :

Pour résumer, nous avons eu Arthur Keller qui a présenté l’effondrement d’une façon, pourrait-on dire, classique, soit dans la ligne de la collapsologie. Et nous avons eu Cynthia Fleury-Perkins qui a montré que l’effondrement s’inscrivait dans une profondeur historique beaucoup plus grande. Elle a présenté une forme d’effondrement particulière, à savoir celle de la civilisation européenne par rapport à ses idéaux issus des Lumières (le fait que science et progrès mondial pouvaient aller ensemble) détruits par Hiroshima et la Deuxième Guerre mondiale.

Rappelons à ce titre que la question de l’effondrement est d’abord une question d’historiens qui montrent que des sociétés se sont déjà effondrées au cours de l’histoire humaine.

Dominique Bourg tient encore une fois à souligner que nous modifions les mécanismes du système-Terre au point de modifier les conditions d’habitabilité de la Terre. Ce qui est absolument inédit.

Approfondissements d’Arthur Keller :

Il y a des phénomènes planétaires, mais nombreux sont régionaux avant tout. Concernant la biodiversité par exemple, il s’agit d’un ensemble de phénomènes régionaux qui de facto deviennent planétaires.

Rappelons que pour la première fois, vis-à-vis des effondrements de civilisations anciennes, nous avons dépassé les limites et nous le savons scientifiquement.

Concernant l’heuristique de la peur, il faut faire attention à ce que la peur ne soit pas instrumentalisée. Mais là n’est pas le but de l’effondrement. La peur est utile, voire indispensable. On a besoin de raconter comment est le monde et où va le monde. De même, ces récits doivent être ancrés dans le réel.

À ce propos, « faîtes vos utopies, et faîtes qu’elles soient inspirantes ». Les récits ne devraient pas être positifs. Ils doivent être inspirants. Ils ne doivent pas à tout prix créer de l’espoir. Il y a des espoirs à créer, mais des espoirs lucides (par exemple un business as usual n’est pas un espoir). En outre, nous devons nous mettre en action avec notre peur, faire qqch de notre peur.

Approfondissements de Cynthia Fleury-Perkins :

Elle aime insister sur le « capacitaire », qui fait écho à l’importance accordée par Arthur Keller au fait que les récits soient « inspirants ». Le philosophe s’intéresse à la question de la vérité, sans se soucier de la réception chez celui qui la reçoit. Alors que l’approche du psychanalyste sera sensiblement différente. Il va s’intéresser à la vérité « capacitaire ». Il faut certes dire la vérité, mais il faut aussi se soucier de la manière dont est accueillie cette vérité, afin qu’elle ne produise pas ni une paralysie, ni une absence de théorie de l’action, ni un délire de ressentimiste, etc. Car une entrée dans ces effets pervers a des conséquences très lourdes. On sait que l’être humain produit des stratégies de défense contre le changement (des stratégies d’auto-conservation). Une auto- conservation qui se place d’abord du côté de la fixation. Le premier réflexe des êtres humains est de se crisper face à une obligation, face à quelque chose qui est ressenti comme une contrainte et qui n’est pas ressenti comme capacitaire. Car nous le ressentons précisément comme un renoncement, comme quelque chose de mortifère, et donc nous freinons et nous n’y allons pas. Tout l’enjeu est donc de travailler avec les sciences comportementales, avec la psychologie de la conservation et avec les sciences cognitives pour faire basculer et permettre aux individus d’inventer de nouvelles normes de vie.

Il est en effet évident que nous inventerons de nouvelles normes de vie. Cynthia Fleury-Perkins rebondit sur la modification des conditions d’habitabilité de la Terre affirmée par Dominique Bourg. Elle répète que nous ne sommes pas en train de détériorer la planète, mais notre habitat, nos conditions de vie. La planète, elle, continuera son chemin sans soucis. En revanche, la possibilité que la planète abrite des contrats sociaux qui nous permettent de préserver l’humanisme de l’homme est une autre histoire. Cette possibilité est de plus en plus compromise. Que nous arrivions à maintenir des états dignes, une vie digne, une vie authentiquement humaine pour reprendre les termes de Hans Jonas, c’est de ça dont il s’agit et qui est beaucoup plus compliqué.

Les émotions tristes, il vaut mieux les mettre à distance et essayer de travailler sur des outils méthodologiques et pas uniquement sur les valeurs principielles, car ces dernières peuvent être immenses, surplombantes. Alors qu’à un moment donné le partage de méthodologies, le partage du comment, le partage de l’expérimentation rendent ces possibles visibles et inspirants. Quantité d’expériences montrent que d’autres manières de faire sont possibles et viables économiquement et cliniquement (la santé psychique et physique de l’homme s’y trouvent mieux).

À l’heuristique de la peur, elle préfère produire des vérités capacitaires pour essayer d’enclencher une dynamique d’engagement qui, lorsqu’elle se met en place, fait que les gens se sentent déjà, de façon personnelle, sauvés. Les sondages et questionnaires montrent en effet qu’ils se sentent devenir sujets de leur vie et non pas en train de subir les pronostics d’effondrement.

En résumé, concernant les vérités capacitaires, elles s’accompagnent d’un droit d’expérimentation ici et maintenant ; un droit d’expérimentation (ou de co-expérimentation), par ailleurs, avec des territoires et des cultures différents (par exemple Nord – Sud).

Compte-rendu de l’Assemblée participative

L’assemblée participative aura vu le public être assigné à une seule table cette fois-ci, pendant une quarantaine de minutes. À chaque table, il a été donné la tâche d’imaginer l’état de la société en 2050 et de développer le scénario qui y conduirait. Il s’agissait de réaliser un travail d’imagination dans sa plus grande liberté. En fin d’assemblée, chaque table était invitée à faire une courte restitution de ses réflexions sur la société en 2050.

On peut dire que les scénarios proposés étaient très divers. Ils avaient néanmoins comme point commun que la société allait d’une façon ou d’une autre expérimenter un ou plusieurs effondrements (bien qu’à certaines tables, tou(te)s n’étaient pas d’accord sur ce point-ci). On a ainsi entendu parler d’effondrement économique et financier, d’effondrement en ce qui concerne notre capacité de production alimentaire, etc. Quelle qu’en ait été la forme, la plupart des effondrements ont conduit à une fin de la globalisation et à un retour à une territorialité plus ou moins petite selon les scénarios.

On a entendu parler de révolution pacifique, mais aussi, à certaines tables, de la probabilité non moindre d’assister à des troubles voire des conflits violents dans le futur.

L’importance du collectif et l’abandon de l’individualisme ont été soulevé à maintes reprises.

De même que l’importance d’arrêter notre mode de vie consumériste et de renforcer le pouvoir démocratique.

Le rôle des techniques et notre contrôle sur elles a souvent été abordé et, au demeurant, ont engendré discussions et débats aux tables.

De manière générale, l’accent a été porté sur la nécessité de changer de paradigme, que ce soit au niveau des valeurs, du rapport à la nature, de la politique, etc.

Finalement, notons qu’en général, les participants aux tables ont travaillé d’un point de vue réaliste sur leur scénario. Bien que nombre d’entre eux peuvent être considérés comme utopiques, on ne trouvera pas d’utopies au sens d’une société idéale sans défaut où les gens vivent heureux et en harmonie ; ni de véritables dystopies d’ailleurs.

2 Comments on “Compte-rendu de l’Assemblée participative du 2 décembre 2019”

  1. Bonjour,
    Je suis convaincu quant à la nécessité de changer fondamentalement le système mais la tâche me paraît tellement compliquée !
    J’ai trouvé l’intervention de Cynthia Fleury très précieuse et inspirante. J’ai particulièrement bien enregistré le conseil de ne pas trop insister sur les valeurs principielles mais surtout sur des outils méthodologiques. Ainsi que d’avoir le souci de susciter une peur capacitaire et non incapacitante.
    Il serait intéressant de placer sur votre site web des références de documents utiles (site web, textes, livres etc.) pour nous rendre plus « capacitaires » relativement au défi qui nous arrivé.
    Merci

  2. Bonjour,
    je viens d’écouter la conférence du 2 décembre. J’ai noté beaucoup de paroles qui me sont proches.
    De longue date j’ai cherché les moyens de possibles réparations de nos erreurs concernant notre façon d’exister sur cette planète. J’ai commencé par moi – individuelle – en regardant ma poubelle, que j’ai décortiquée de nombreuses fois pour comprendre dans celle-ci le fonctionnement de notre société. Ceci en séparant d’abord les matières, le végétal compost-papier-carton, le métal aluminium, fer et autres selon ces petites quantités que l’on ne voit pas si on ne regarde pas, plastiques de toutes sortes. Ceci pour ma poubelle de consommation domestique. Puis j’ai regardé ce que je jetais en déchetterie, matières identiques plus le bois, le minéral céramique-verre, l’électroménager, l’électronique. Par cette réflexion j’ai diminué drastiquement le poids de ma poubelle pour être aujourd’hui à 100g par mois environ et j’ai changé pour cela ma façon de consommer. J’ai fait plusieurs expositions sur le sujet des déchets ayant compris qu’il était très simple de diminuer mes déchets sans souffrir d’aucun manque et en trouvant une qualité de vie surprenante. En examinant de plus près ces déchets j’ai vu aussi les peintures des publicités qui accompagnent les produits et là j’ai vu toutes ces usines, ces transports, ce travail de l’extraction de la matière à ma poubelle. Je me suis approchée des politiques par le biais des structures collectives existantes concernant les déchets mais je n’ai pas eu l’écoute nécessaire parce que ces structures gèrent le déchet et son devenir et ne gèrent pas la source du déchet. Je l’ai constaté notamment sur l’aluminium qui peut être recyclé à 100% et qui ne l’est qu’à peine 60%.
    Mon idée de passer ma réflexion concernant ma poubelle à la poubelle collective ne peut passer que par la politique qui malheureusement n’est pas intéressée par ce sujet car il concerne la décroissance et chacun sait que la décroissance ne peut pas fonctionner avec le capitalisme. Pourtant cette décroissance est une porte vers une autre croissance.
    Les dérèglements climatiques vont nous obliger à prendre des directions nouvelles et notamment locales-territoriales, pour ma pensée sans frontière autre que géographique et géologique, avec une administration locale. Ce(s) local(s) sans frontière est pour moi la représentation de la planète dans sa totalité. Les déchets de consommation sont inhérents à l’être humain et nous devons les gérer collectivement au même titre que nous gérons nos déchets corporels individuellement.
    Il peut être créé des structures de récupération de déchets et recyclages au niveau des territoires ainsi que des fabriques d’objets nécessaires et utiles à notre consommation pour nos besoins que je dis fondamentaux ou essentiels, nourriture, logement, vêtir, déplacement. Je rajoute le besoin administratif car il est utile de créer des structures de récupération et recyclage papier pour la création de papier ramettes enveloppes etc.
    J’ai beaucoup travaillé le sujet en théorie et je ne réussis pas à le faire passer en pratique à cause de la politique et de mon impossibilité à communiquer avec les personnes actuellement en place, car la plupart attendent des ordres d’en haut alors que le possible est en bas. Je pense qu’une solution pour prendre le virage collectif face aux perturbations climatiques est de soigner notre façon de consommer et de créer localement sur les territoires en relations interactives et intelligentes les structures nécessaires et utiles pour diminuer nos déchets. Travailler localement change la relation à l’autre, je pense que cette idée de création de structures locales collectives peut nous sortir de l’individualisme dans lequel nous sommes bloqués, ce qui enlèverait aussi les peurs. Ma question est : sommes-nous capables de créer ?
    Je vous remercie pour votre lecture, cordialement,
    Maya Joulkva

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