Grand Conseil
Conception et mise en scène par Laurence Maître / Le Pommier / TPR hors les murs au Château de Neuchâtel / Du 17 au 28 mars 2026 / Critique par Félix Blandin .
25 mars 2026
Par Félix Blandin
Venez jouer au parlementaire

La metteuse en scène Laurence Maître nous propose de ne plus être simples spectateur-ices mais aussi acteur-ices de ce spectacle qui prend place dans la salle du Grand Conseil neuchâtelois. Nous y sommes les 120 député·es Vert·e·s, PS, PVL, PLR et UDC, et il va nous falloir voter sur un contre-projet contre l’initiative d’une taxe sur la viande. Un spectacle qui interroge notre capacité à respecter la logique de la fiction même si elle va contre nos valeurs personnelles.
Une initiative a reçu un large soutien populaire et vise à instaurer une taxe de 12% sur la viande pour alléger les primes maladies. Le Grand Conseil se voit confier la tâche de débattre sur un contre-projet d’une taxe à 3%. Le spectacle s’ouvre sur les discours de clôture et nous propose donc de revenir en arrière dans le temps pour assister aux différents débats interpartis et aux séances de commissions.
Quand nous entrons dans la salle, les comédien·nes, en président·es de groupes, nous accueillent comme si nous revenions tout juste de la pause de midi. C’est l’une de ses grandes forces : le spectacle ne brise (presque) jamais cette immersion et s’amuse à nous considérer comme de vrai·es député·es, à qui l’on s’adresse directement ou à qui on serre la main. Iels exploitent le lieu, l’occupent et le traversent de long en large, ce qui du reste les rend parfois difficiles à voir lorsqu’ils se positionnent en bas de l’hémicycle. Les acteurices enchaînent les différentes personnalités politiques en changeant de costumes sous nos yeux, dans un jeu très polyvalent qui produit d’excellentes caricatures et des rôles très variés. La scénographie utilise aussi le grand écran, qui change de couleur en fonction des partis, et fournit des explications concrètes – et humoristiques ! – sur le fonctionnement des débats et du travail des commissions.
Le public doit voter sur une question qui influence légèrement le scénario du spectacle en fonction des alliances majoritaires : cela fait réfléchir et montre aussi l’absurdité des débats politiques. La majorité du spectacle tourne autour du choix à faire entre l’adoption du terme « durable » ou celui d’« équilibré » dans la formulation du contre-projet, créant ainsi un texte orienté vers l’écologie ou le social. On aurait pu penser que la majorité du temps serait consacrée au pourcentage de la taxe, mais cette question se révèle en réalité secondaire et ne sert que de levier dans les logiques d’alliances politiciennes.
À la fin des débats, lorsqu’il s’agit d’accepter ou non le contre-projet, le public doit choisir soit de respecter le jeu en votant selon l’exigence du parti qui lui a été attribué au départ, soit de voter en son âme et conscience. L’originalité du dispositif tient ici dans le fait que nous pouvons voir qui vote quoi sur l’écran (vert pour oui et rouge pour non avec la disposition des places) et qui respecte donc le jeu de rôle ou qui, même dans une fiction, refuse de voter contre ses valeurs. Ce soir-là, le contre-projet a été accepté, alors que selon la logique de la fiction, il aurait dû échouer : c’est un début de réponse.
25 mars 2026
Par Félix Blandin
