Artiste plasticienne et autrice d’œuvres littéraires variées, dont un recueil ayant reçu le Prix Ramuz de la poésie en 2013, Claudine Gaetzi laisse couler un Matériel pour consolation très intime. Dans de courts poèmes d’un paragraphe environ, le personnage de l’ombre côtoie ceux de la Reine petite ou de la Reine givrée ; un enfant mort-né s’accroche, avec ses mains pleines d’épines, au cœur du je lyrique. Si l’on ne sait pas vraiment qui sont ces personnages, nés de l’auscultation du quotidien de la poétesse, ils sont peut-être ce qui lui permet de mieux se saisir elle-même, comme le suggère l’épigraphe d’Herman Melville : « Je crois que ce qu’on appelle mon ombre sur la terre est ma substance vraie » (p. 7).
L’ombre – tantôt ce qui rend inconsolable, tantôt pourtour de l’identité – est aussi, peut-être, la voix qui ouvre des brèches poétiques dans l’ordinaire. Alliée maléfique, elle devient une compagne magique et chante dans le réel. Les ustensiles de cuisine se transforment alors en trésors sensibles. Rassurant l’autrice, l’ombre lui murmure que « l’enfance c’est différent, c’est des blocs, on les reçoit, on ne choisit rien » (p. 53) ; elle lui offre des « images muettes qui servent à garder les pensées secrètes » (p. 57). Au fil des instantanés de vie de Matériel pour consolation, on trouve le reflet courbe de la poésie dans les expériences quotidiennes, même celles qu’on invente, « comme entendre un oiseau respirer » (p. 9). La langue sibylline, loin de nous consoler, emporte les lectrices et lecteurs dans un univers nostalgique fait d’images et de personnages insaisissables.