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Critique littéraire Critique littéraire 2026

Les Corbe(r)aux, ou l’art de dépecer son prochain

Dans son nouveau roman, Anne-Frédérique Rochat raconte l’histoire tragique d’Agathe, lentement dévorée et finalement détruite par les attentes grandissantes des Corberaux, un couple en apparence si respectable.

« Personne ne sauve la vie de personne par pure bonté, il y a toujours une attente » (p. 75). Ainsi se trouve résumé Les Corberaux de l’écrivaine vaudoise Anne-Frédérique Rochat, sorte de conte de fée qui tourne (évidemment) au cauchemar. L’histoire est celle d’Agathe, jeune femme repêchée dans la rue par M. Corbereaux, un patron qui lui donne gracieusement du travail dans le manoir où il habite avec une épouse mélancolique. L’île où se trouve le manoir n’est peuplée que de « sujets » reconnaissants de la générosité dispensée par les Corberaux, à l’exception de Marie-Aline, l’institutrice locale.

Si l’intrigue dépeint bien les hésitations d’Agathe entre sa reconnaissance pour ceux à qui elle doit tout et ses doutes grandissants à leur encontre, le caractère convenu des personnages – la patronne est colérique et imprévisible, le patron tantôt bienveillant tantôt un prédateur dangereux – leste la narration. L’aboutissement dramatique est également desservi par un certain ridicule, particulièrement lors de la confrontation entre M. Corberaux et Marie-Aline. La conclusion offre toutefois une condamnation des habitants de l’île, incapables de voir la vraie nature de leurs patrons, qui, pour être cynique, a quelque chose de cruellement jubilatoire.