Capturer, immortaliser et archiver l’éphémère

Prolongement de journées d’étude organisées en 2023, «Retour vers le vivant» documente et analyse diverses stratégies développées par les professionnels pour lutter contre le temps et l’oubli. Théâtre ou danse, un même combat pour  survivre? Pas si simple.

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«Cartographie corporelle» des poses des danseurs et danseuses du Prix de Lausanne.
© Giacomo Alliata

Paradoxe ô combien troublant, les arts par essence éphémères semblent n’avoir aujourd’hui plus aucun droit à la disparition et à l’oubli. C’est ainsi que, pour conserver une trace de leur travail, mais également pour le promouvoir, chorégraphes et metteurs en scène multiplient les captations vidéo auxquelles s’ajoutent notamment photographies et interviews. Des témoignages certes utiles pour les enseignantes et enseignants et les générations futures, mais qu’il faut bien se garder de confondre avec la réalité des spectacles eux-mêmes, comme le rappelle avec à-propos  Retour vers le vivant.

Placé sous la direction de Romain Bionda et Danielle Chaperon, issu de journées d’étude organisées en 2023 par l’Unil, cet ouvrage a pour ambition d’«explorer les enjeux et les potentialités de la valorisation des archives audiovisuelles dans le champ des arts du spectacle». Il réunit seize contributions très diverses articulées autour de quatre axes: la conservation, la médiation, la recherche et  la création.

Historiques, certaines approches se focalisent sur une institution spécifique, comme le Théâtre Saint- Gervais à Genève. D’autres, plus analytiques, se penchent sur un créateur ou un spectacle en particulier.  Tommaso Zaccheo compare ainsi les captations du Roi Lear de Giorgio  Strehler et du Peer Gynt de Patrice Chéreau. Il en souligne les qualités et l’intérêt documentaire mais insiste sur leur radicale différence avec les spectacles originels, révélant notamment l’incapacité du film à rendre compte de la spécificité de l’espace théâtral.

Les amoureux de la danse – un art particulièrement difficile à archiver et étudier – sont eux aussi comblés. Remontant le fil du temps, Lorena Ehrbar examine les interactions entre le cinéma, Serge Lifar et le ballet de l’Opéra de Paris. Elle montre comment le célèbre chorégraphe a utilisé le film non seulement pour garder une trace de sa pratique, mais également pour composer une vision idéale et idéalisée de son art. Dans une perspective plus contemporaine, Giacomo Alliata et Juliette Loesch se sont penchés sur les archives du Prix de Lausanne. Ils nous révèlent comment leur numérisation a permis de produire de nouveaux types d’analyses. Et notamment de disposer d’une véritable «cartographie corporelle» de 27672 poses incarnées par les danseuses et danseurs! Une approche passionnante et poétique «de la manière dont le mouvement se construit pour devenir danse».

Notice sur Labelettres

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Retour vers le vivant. Valoriser les archives filmiques et sonores des arts du spectacle.
Sous la direction de Romain Bionda et Danielle Chaperon. Epistémé (2026), 328 p.

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