Quand la pilule ne passe plus

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© itakdalee / iStock

Phénomène chronique, les pénuries de médicaments sont un problème de santé publique. Quelles en sont les raisons? Des solutions existent-elles? Chercheuse à Unisanté, Clémence Marque apporte des réponses dans un ouvrage indispensable.

L’idée que des médicaments essentiels à notre santé puissent manquer en pharmacie a de quoi susciter de l’angoisse. L’officine ne pourra d’ailleurs pas forcément soulager cette dernière, car les anxiolytiques et les antidépresseurs connaissent eux aussi des situations de pénurie.

Ce problème récurrent touche tous les pays du monde. En Suisse, début 2026, les HUG signalaient qu’entre «150 et 200 produits en rupture de stock étaient recensés dans leur assortiment d’environ 2400 références», dont un antibiotique important, l’amoxicilline pédiatrique.

Faudra-t-il alors «faire sans», pour reprendre le titre de l’ouvrage de Clémence Marque? Docteure en pharmacie et diplômée de HEC Paris, cette chercheuse à Unisanté traite des pénuries de médicaments dans un texte efficace, riche en informations et dont la lecture est agréable, en prime. Les notions de base sont rappelées dès les premières pages, car malgré le fait que le marché pharmaceutique mondial planait un peu au-dessus de 1350 milliards de francs en 2024, notre connaissance de cet univers complexe, fragmenté et mondialisé demeure maigre.

L’auteure ne désigne pas un coupable unique (au hasard, les géants de la pharma) mais pointe nombre de causes. Par exemple, les usines chimiques qui fabriquent les principes actifs des médicaments ont été délocalisées en Chine et en Inde. Il s’agit d’installations polluantes, que nous sommes bien aises de ne pas avoir en face de nos fenêtres. Leur production, hyperspécialisée, est concentrée géographiquement sur peu de sites. Un incident dans l’un d’eux génère des manques à large échelle.

À l’autre bout de la chaîne, nous consommons de plus en plus de médicaments – la hausse des maladies chroniques (obésité, diabète) et le vieillissement n’aident pas –, ce qui met les capacités industrielles à l’épreuve. Cinq à huit ans sont requis ans pour construire une usine pharmaceutique qui respecte des normes strictes. Et il y a l’argent. Le prix très bas des génériques n’incite pas les entreprises, qui n’ont rien de philanthropiques, à investir dans ce domaine. De l’autre côté, certains traitements innovants atteignent des tarifs démentiels, ce qui pose la question de ce que l’on est prêt à payer pour sauver une vie.

Clémence Marque propose des solutions partielles. La prévention, le recours à des thérapies alternatives et davantage de sobriété peuvent réduire la demande. La relocalisation en Europe de la production d’un nombre très restreint de médicaments vitaux est envisageable. Mais il convient d’être lucide: les pénuries vont persister et l’abondance ne reviendra pas.

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Faire sans. Les pénuries de médicaments qui menacent notre santé. Par Clémence Marque. Actes Sud (2026), 215 p.

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