Iran, Soudan, Gaza, Ukraine, République démocratique du Congo (RDC), et tous les autres. Près de 60 conflits armés impliquant au moins un gouvernement sont aujourd’hui en cours. S’agit-il des produits de la nature humaine, contre lesquels il n’y a rien à faire? Professeur à la Faculté des hautes études commerciales, Dominic Rohner conteste ce point de vue dans La formule de la paix, un ouvrage placé sous le signe de «l’idéalisme intelligent» (lire également Allez savoir! n° 89, mai 2025).
Les conditions d’une paix durable tiennent en trois mots: voix, travail et garanties. Cela signifie un État qui octroie des droits civiques à la population, une économie qui tourne, la sécurité et des institutions publiques capables de faire respecter leurs politiques. Dans les conditions particulières de l’après-guerre, cela a marché dans les cas de l’Allemagne et du Japon.
En s’appuyant sur de nombreux exemples, Dominic Rohner détaille les causes des guerres et la manière dont elles sont financées. Le cas de la RDC, et du Zaïre qui l’a précédée, illustre le mélange détonnant d’un État défaillant, de rivalités ethniques et d’ingérences extérieures, dans une région qui possède d’immenses ressources minières. L’argent qu’elles génèrent alimente les hostilités.
La majeure partie de l’ouvrage est consacrée aux manières de créer des paix durables. Les politiques d’emploi, de santé et d’éducation s’avèrent importantes. Avec son collègue Alessandro Saia, Dominic Rohner a étudié le programme indonésien «SD Inpres» lancé en 1973. Le gouvernement de Suharto a alors construit des dizaines de milliers d’écoles, ce qui a réduit l’analphabétisme et le nombre de conflits.
Enfin, l’auteur consacre un chapitre à ce que les citoyennes et les citoyens peuvent accomplir, à leur échelle. Ainsi, les pressions exercées par l’opinion internationale contribuent parfois à faire tomber des régimes autocratiques. / DS

Le cycle absurde de la violence
Professeurs à l’Unil, Christine Mohr et Alexandre Roulin ont écrit un thriller sur le thème de la manipulation et de la violence. Un Américain d’origine palestinienne, Saïd, apprend que son père Tareq a commis quelques années plus tôt un attentat dans le quartier londonien de Golders Green. Ce dernier abrite une importante communauté juive.
Le récit déroule ensuite la préparation de cet acte, de Chicago à Ammann en passant par Berne, ainsi que ses motivations particulièrement tordues. Les points de vue des personnages se succèdent. On y retrouve un mercenaire américain, un marchand d’armes, un cadre du Hamas, des espions, un premier ministre britannique… et des victimes.
Engagés dans le projet «Chouettes pour la paix», qui a permis de nouer un dialogue entre des populations jordaniennes, palestiniennes et israéliennes autour de questions environnementales et sociales, Christine Mohr et Alexandre Roulin livrent un plaidoyer pour une meilleure compréhension mutuelle et pour des formes de réconciliation. La vengeance, en effet, ne mène à rien d’autre qu’à davantage de malheur. / DS

Sartre crée «Les Mots» pour se dire
Le philosophe Jean-Paul Sartre était connu pour ses réticences face à l’écriture de soi. Et pourtant, coup de théâtre! en 1964 – à 59 ans – il publie Les Mots chez Gallimard, un texte qui, comme ne l’annonce pas son titre, relève largement de l’autobiographie, en se limitant toutefois à la narration de l’enfance. Qu’est-ce qui se cache derrière ce choix en forme de désaveu? Comment l’interpréter en le resituant dans l’ensemble de sa démarche?
Dans une petite publication qui prolonge son mémoire de master, Marie Schmidhauser se propose d’aborder Les Mots dans une perspective de sociologie de la littérature «comme un discours participant activement de la construction d’une posture d’auteur originale».
En confrontant ce texte aux entretiens accordés postérieurement par l’auteur, elle souligne la multiplicité des portraits que Sartre nous offre de lui-même et leurs contradictions. Tout en insistant sur les rapports ambivalents que l’écrivain entretenait avec l’écriture, elle souligne son attachement profond aux mots «pour leur capacité essentielle à exercer sa liberté par les pouvoirs de l’imagination». / MD

Archipel Essais, volume 39 (2026), 136 p.
