L’Unil franchit une étape importante dans «l’affaire Mussolini

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«Il Duce». Mussolini caricaturé par Erich Schilling, dans la revue satirique allemande Simplicissimus (1926).
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En 1937, l’Université de Lausanne a décerné un doctorat honoris causa au dictateur italien. Comment cela a-t-il pu arriver? Un ouvrage remet cet événement dans le contexte.

Dans l’histoire de l’Unil, la publication de Présences fascistes en Suisse constitue un jalon important. Fruit d’un colloque qui s’est tenu en 2024, cet ouvrage collectif offre un grand nombre de clés pour comprendre comment cette université, en toute connaissance de cause, a pu remettre un doctorat honoris causa à Mussolini en 1937 (lire également l’article).

Le livre élargit la focale chronologique en décrivant la circulation des idées fascistes en Europe dès les années 20. La présence d’un grand nombre d’émigrés italiens en Suisse en a certes fait «une cible privilégiée de la propagande». Mais cela va au-delà. Ainsi, sous la plume de Claire-Lise Debluë et Pierre Eichenberger, une contribution passionnante présente l’attrait d’une partie des élites vaudoises pour le corporatisme, mis en place par le régime de Mussolini. Cette doctrine, qui organise la société autour des métiers, s’oppose à la fois au capitalisme libéral et au communisme, sur fond d’antiparlementarisme. La laudatio qui accompagne le doctorat honoris causa salue en effet «l’œuvre de rénovation sociale» du Duce et la suppression de «la lutte des intérêts de parti».

Soutien des Autorités

Un chapitre présente Pasquale Boninsegni (1869-1939). Ce fasciste convaincu, qui enseigna à l’Unil pendant presque quarante ans, entretenait des liens personnels avec Mussolini. Même si ce chercheur fut une figure centrale dans «l’affaire», il s’avère trop commode de lui en attribuer seul la responsabilité. Il a fallu du soutien, de la part des Autorités cantonales et académiques, pour que la remise du titre se produise. «Les 19 professeurs qui participent, à un degré ou à un autre, aux délibérations et à son approbation sont liés à une histoire commune de l’Université et se rattachent presque tous à un vécu très lausannois», comme l’écrit Laurent Tissot dans sa contribution.

L’ouvrage traite ensuite des événements d’après-guerre, où l’on entendait faire passer le message que le fascisme était «quelque chose d’irrévocablement étranger, de non suisse». La manière dont les extrê-mes droites se sont recomposées est décrite, notamment autour des figures de Gaston-Armand Amaudruz ou James Schwarzenbach.

La dernière partie du livre présente la manière dont des universités suisses ont affronté leur passé. À l’Unil, l’exposition Docteur Mussolini, un passé sensible a ainsi été présentée entre novembre 2024 et septembre 2025. Il est possible de la revoir en ligne, sur unil.ch/passesensible.


Notice sur LabeLettres, un site de la Faculté des Lettres

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Présences fascistes en Suisse. Autour du doctorat honoris causa de Benito Mussolini (1937). Sous la dir. de Gabrielle Duboux, Nadja Eggert, Jean-Philippe Leresche et François Vallotton. Epistémé (2026), 456 p.

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