La mort du livre? Un sinistre présage qui fut récemment l’hôte privilégié de nombreux débats. La crainte de cette disparition, on le sait toutefois, ne date pas d’aujourd’hui. Elle connut notamment une importante actualité au XIXe siècle, dans le sillage du développement des journaux, de leurs très populaires feuilletons littéraires, ainsi que de la concurrence du tout jeune phonographe. Assistant diplômé à la Faculté des lettres, Loïc Dalle a scruté «L’imaginaire littéraire de l’objet-livre de 1880 à 1890». Pour ce faire, il a interrogé divers grands auteurs, de Hugo à Huysmans en passant par Flaubert ou Gautier. De quoi constater que les personnages de fiction y lisent beaucoup, et qu’on trouve un grand nombre de livres dans les romans de l’époque.
Mais avant toute chose, il s’agissait de planter le décor. En soulignant qu’à la fin du XIXe siècle, l’objet-livre était devenu un bien de consommation et un produit de masse. Une démocratisation favorisée par l’avènement du livre de poche, plus précisément du livre «au format Charpentier» lancé en 1838. «Cette évolution vers un livre de petite taille, produit à faible coût, est l’apanage spécifique du contexte éditorial francophone», note à ce propos Loïc Dalle. Parallèlement à cette démocratisation de la lecture, il relève également l’importance prise par les manuels scolaires au détriment des publications religieuses. Autant de facteurs à prendre en compte, car ils vont modifier la perception du livre.
Si l’on interroge «Le livre matérialisé» dans l’imaginaire littéraire entre 1880 à 1890, on se doit aussi de mentionner deux figures complexes et récurrentes dans les textes de l’époque: le bibliophile et le bibliomane, soit en quelque sorte son «envers maniaque». Ce dernier – auquel l’auteur consacre quelques pages fort intéressantes – est un personnage qui, façonné durant la Renaissance, va devenir ensuite un véritable archétype. Un homme qui souvent flirte avec la folie, se nourrit quasi physiquement de livres et que l’on re-trouve aussi bien chez Huysmans que chez Gustave Flaubert ou Victor Hugo. À la fin du XIXe siècle, toutefois, le marginal excentrique souffrant d’une déviance quasi pathologique se transforme en un «bibliophile esthète ayant une place acceptée dans la société». À l’image du collectionneur en général. / MD
Notice sur LabeLettres, un site de la Faculté des lettres

Archipel Essais, vol. 38 (2025), 136 p.
Rédigé par quatre spécialistes, dont le professeur Patrick Rérat (Observatoire universitaire du vélo et des mobilités actives de l’Unil), cet ouvrage a des allures de manifeste en faveur de la bicyclette. Après un état des lieux de la cohabitation difficile des cyclistes et des voitures en ville, les auteurs livrent un argumentaire clés en main sur le thème «Tout le monde à vélo», battant en brèche quelques idées reçues au passage. De quoi animer les conversations! Enfin, un guide pratique des ressources à mobiliser pour aller vers «une ville cyclable» est proposé. / DS

Quel est le vécu des personnes qui ont subi de graves brûlures au visage? Cette question, et tant d’autres qui y sont liées, a été douloureusement remise en évidence après l’incendie du 1er janvier dernier, à Crans-Montana. Alexandre Dubuis, docteur en sciences sociales de l’Unil, traite en détail et en finesse de la défiguration par le feu, dans un texte entremêlé de témoignages. L’auteur présente aussi deux luttes que ces blessés mènent. L’une «contre», dans le cadre des interactions avec autrui, et l’autre «pour», afin d’obtenir la reconnaissance de la souffrance subie. / DS

En 1476, Berne et ses alliés confédérés battent à deux reprises l’armée bourguignonne de Charles le Téméraire, près de Grandson et de Morat. Trois chercheuses et chercheur de la Faculté des lettres analysent la mémoire de ces événements et donc des récits produits à ce sujet du XVe au XXIe siècle, selon les intérêts des uns et des autres. Ainsi, ce sont le patriotisme et la cohésion du pays que le jeune État fédéral porte haut lors des commémorations de 1876, histoire de «tourner la page de la guerre civile du Sonderbund», qui avait eu lieu près de 30 ans plus tôt. / DS
Notice sur LabeLettres, un site de la Faculté des Lettres

Le système hospitalier a fait couler beaucoup d’encre. Pour des résultats parfois décevants. David Giauque et Antonio Racciatti ont choisi de l’aborder par le biais de la gestion des ressources humaines dont ils sont tous deux des spécialistes. Pas question donc d’offrir un énième livre blanc sur le sujet. Il s’agissait avant tout de «mettre en évidence les efforts constants, parfois colossaux, des acteurs chargés de faire fonctionner ces “usines sophistiquées” que sont les hôpitaux». Avant de conclure par un plaidoyer pour un management de proximité. / MD

La vie prise entre deux dates gravées sur une stèle, la naissance et la mort. C’est autour de cette inéluctable évidence que tourne Feu couvert, la très belle nouvelle qui ouvre ce recueil consacré aux «écrits féministes» d’Alice Rivaz (1901-1998). Dans ces textes de longueurs variées, on retrouve finement déclinées en demi-teintes les préoccupations chères à l’écrivaine romande, l’amour, la maternité, les rapports et les inégalités entre les sexes. L’un d’eux s’intitule même, frondeur: «Monsieur, que pensez-vous du vote des femmes?» / MD

