Le circaète Jean-le-Blanc s’installe chez nous

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Le circaète Jean-le-Blanc est l’exemple typique de l’oiseau qui a profité du réchauffement climatique. Il se nourrit d’orvets et de serpents. En Suisse, son alimentation est majoritairement composée de vipères aspics. © Lionel Maumary

Ce grand aigle a niché pour la première fois en Suisse en 2012. Et depuis, ses effectifs ne font qu’augmenter. Le premier ornithologue à l’avoir vu dans son nid helvétique, Lionel Maumary, raconte sa joyeuse découverte. 

«Je suis intensément le circaète Jean-le-Blanc (Circaetus gallicus) depuis la fin des années 80, mais surtout depuis 2000, quand je me suis aperçu que de plus en plus d’immatures (des jeunes qui ne sont pas encore prêts à se reproduire) passaient l’été en Suisse. Ils étaient clairement en phase de colonisation», raconte Lionel Maumary, ornithologue diplômé de l’Unil, auteur de l’encyclopédie Les oiseaux de Suisse. Le biologiste a été le premier à trouver un nid au sommet d’un pin tabulaire en Valais. «Ce rapace est l’exemple typique de l’oiseau qui a profité du réchauffement climatique, poursuit-il. Il vivait à l’origine dans la Péninsule ibérique et au sud de la France. Des jeunes sont venus prospecter en Suisse, sont devenus des estivants non nicheurs et, une fois adultes, se sont installés sur notre territoire.»

L’une des particularités de ce migrateur d’une envergure approchant les 2m est de se nourrir à 99% de serpents et d’orvets. Une alimentation facilement identifiable par les scientifiques, car il régurgite ses proies entières. «Les spécialistes pensaient qu’il ne nicherait jamais en Suisse, parce qu’on n’y trouve pas assez de serpents. Dans le sud de la France, le circaète avale différentes espèces de couleuvres atteignant jusqu’à 1,50m. En Valais, nous avons uniquement la couleuvre d’Esculape qui fait cette taille. En revanche, il y a beaucoup de vipères, plus petites, qui n’auraient pas dû l’intéresser.»

Et pourtant. Le 13 avril 2012, Lionel Maumary repère un mâle en train de chasser. Il le retrouve, grâce à sa longue-vue, 2,7 km plus loin. «Je l’ai vu déposer un serpent dans le nid. La femelle s’est levée et a pris son cadeau. J’étais euphorique!» Les analyses qu’il effectue ensuite avec son équipe démontrent que son régime alimentaire comprend 83% de vipères aspics. «Cela signifie que les parents doivent chasser plus souvent ici qu’en France, où deux grandes couleuvres par jour pour le petit suffisent. En moyenne, le jeune, toujours fille ou fils unique, recevait en Valais cinq vipères par jour. Sur une saison de reproduction (de mars à octobre), la famille de trois individus a ainsi englouti entre 1500 et 2000 serpents. Il semblerait donc que le réchauffement climatique ait aussi permis aux vipères de prospérer. Une excellente nouvelle pour l’ornithologie helvétique!» D’autres circaètes Jean-le-Blanc ont suivi leurs traces et une quinzaine de couples nichent aujourd’hui sur le sol helvétique: sept en Valais, sept au Tessin et un dans le Chablais vaudois.

À noter que Lionel Maumary a découvert cinq nouveaux oiseaux nicheurs en Suisse à ce jour, le circaète étant le troisième: la fauvette à lunettes (Curruca conspicillata) et l’alouette calandrelle (Calandrella brachy-dactyla) en 1989, le pouillot verdâtre en 2015 et cette année, la cigogne noire.

Article principal: Qui sont les nouveaux oiseaux nicheurs de Suisse?

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