Il fallait que tout change pour que rien ne change, ou presque. La forme du magazine Allez savoir! que vous tenez dans les mains a évolué, mais le projet reste le même. C’est juste une mise à jour pour continuer à parler de sciences dans une langue la plus accessible possible. Le pluriel n’est pas un détail, à une époque où l’on entend de plus en plus ce slogan aussi singulier que définitif qui proclame: «LA Science dit que…» Dans la vraie vie, les vérités scientifiques sont très rarement pures et jamais simples, comme le rappelle un célèbre aphorisme d’Oscar Wilde.
Dans ce monde complexe, les magazines scientifiques ont un rôle à jouer. C’est la mission Allez savoir! depuis une trentaine d’années, et il y a visiblement un public pour cela. En témoignent le nombre de nos abonnés, qui ne cesse d’augmenter, et la fidélité de nos lectrices comme de nos lecteurs, dont certains sont là depuis le début de ce magazine. Un grand merci pour cela.
Parler de sciences, c’est important et c’est difficile. C’est important dans un monde où la technologie est omniprésente, et où des savoirs de plus en plus nombreux occupent une place de plus en plus importante dans nos vies. C’est aussi important parce que des études scientifiques sont régulièrement appelées en renfort pour arbitrer des débats de société et des polémiques politiques. Et c’est difficile, parce que nous devons régulièrement faire le tri entre de la «bonne science» et des travaux moins définitifs, mais qui peuvent être très bien présentés par des communicants efficaces.
Une précision, à ce stade: LA Science ne dit pas tout. Parfois, elle murmure, et parfois elle se tait. Vous trouverez un bon exemple de cette problématique dans ce numéro. C’est un article sur les pouvoirs largement sous-estimés des placebos. Des chercheuses de l’Unil travaillent à démontrer qu’il n’est pas nécessaire de croire aux effets d’un «faux» médicament pour qu’il produise des effets bien réels. Des études suggèrent que le placebo fonctionne également sur des volontaires parfaitement informés qu’ils avalent une pastille dont la seule caractéristique est d’avoir un goût de clou de girofle (c’est ici). Et pas seulement sur des gens qui ne savent pas s’ils ont avalé un véritable médicament ou un Smarties.
Le premier intérêt de ces travaux, c’est qu’ils viennent expliquer un ressenti très largement répandu. Celui qui consiste à se sentir mieux dès qu’on arrive dans la salle d’attente de son médecin ou de sa doctoresse. C’est encore une piste pour limiter les coûts de la santé. Et ça nous rappelle une limitation importante dans les démarches scientifiques. On ne trouve que ce qu’on cherche. Et il y a des domaines où on ne cherche pas, parce qu’il n’y a rien à gagner pour les sponsors habituels de ces recherches, ici l’industrie pharmaceutique. Heureusement qu’il reste des hôpitaux et les universités pour prendre le relais, et leurs magazines pour en parler. Comme ça, c’est dit. Bonne lecture.
