Présentation

Le programme STRIVE

STRIVE est un programme de recherche interdisciplinaire en sciences humaines et sociales – promouvant également la transdisciplinarité – financé par la Direction de l’Unil et coordonné par le Centre de compétences en durabilité (CCD). Il vise à soutenir des recherches portant sur les processus et dynamiques  de changement sociétal vers une société plus durable, identifier les obstacles qui se situent sur le chemin de la transformation, ainsi que les leviers permettant de les dépasser. Il s’intéresse en particulier aux processus pouvant mener la Suisse de la situation actuelle à une Suisse dont l’impact en 2050 se situera au sein d’un espace « sûr et juste » (i.e. une société qui respecte les limites planétaires et les besoins humains fondamentaux), en d’autres termes permettant une transformation ambitieuse et rapide de notre système socio-économique.  

En 2024, le programme a sélectionné trois grands projets de recherche portés par au minimum trois PI’s issus de champs disciplinaires différents, et a ainsi permis de financer l’engagement d’une dizaine de doctorant·es et de post-doctorant·es pour une période de quatre ans, intégrés dans ces équipes interdisciplinaires.  

Le programme gère également une ligne de seed-funding, permettant de distribuer des bourses d’environ CHF 20’000.- visant à soutenir l’élaboration, l’écriture et la soumission auprès du FNS, ou d’autres organismes de financement, de projets de recherche cohérents avec les lignes directrices du programme.  

Enfin, le programme STRIVE construit et anime une communauté de recherche interdisciplinaire dynamique autour de l’étude de la transformation écologique et sociale. A ce titre, STRIVE organise et anime des workshops deux fois par année pour les chercheuses et chercheurs de ses trois grands projets de recherche. Le programme organise également, en partenariat avec les équipes des projets, un colloque scientifique annuel portant sur un thème spécifique, ouvert à toute la communauté académique UNIL et au-delà. Enfin, STRIVE organise, environ deux fois par année, des conférences de vulgarisation à visée grand public.  

Le cadre conceptuel et normatif

La complexité, l’incertitude et l’imprévisibilité qui caractérisent les enjeux de non-durabilité requièrent d’utiliser une perspective systémique, c’est-à-dire de s’intéresser aux interrelations entre les différents éléments qui composent le système, ainsi que de placer les défis contemporains dans leur contexte historique et en relation avec leurs futurs potentiels. Le cadre conceptuel du programme STRIVE permet de donner créer une grille de lecture commune aux trois projets de recherche, ainsi qu’aux projets recevant une bourse de seed-funding et de mettre en lien les différents savoirs acquis. Les lignes directrices complètes sont accessibles ici.

Le diagnostic de non-durabilité du fonctionnement actuel de nos sociétés s’appuie sur l’état actuel des connaissances scientifiques, qui ont atteint un consensus suffisant pour également être reprises dans de nombreuses déclarations d’intention politiques est largement documenté. De même, l’objectif à atteindre pour sortir de cette situation est connu, dans les grandes lignes au moins : la direction à suivre est claire. Le but normatif assumé étant d’éviter que les activités humaines n’engendrent des perturbations de l’environnement naturel qui dépassent certains seuils critiques, au-delà desquels la stabilité et le bon fonctionnement des différents (eco)systèmes composant le « système terre » ne sont plus assurés. A cet objectif environnemental visant à rester dans une zone sûre, incarné notamment par le modèle des limites planétaires (Steffen et al. 2015 ; Röckstrom et al. 2009 ), s’ajoute dans une perspective de justice sociale la nécessité d’assurer les besoins fondamentaux et le bien-être de toutes et tous (Doyal & Gough, 1991 ; Max-Neef, 1991 ; Sen, 1999 ; Nussbaum, 2013), afin de rester dans un espace juste. Il s’agit donc de s’assurer du respect d’un socle social constitué des besoins fondamentaux et des déterminants minimaux du bien-être qui devraient permettre à toutes et tous de mener une vie digne. Les limites planétaires et le fondement social définissent la zone sûre et juste, espace sont souvent représenté par la forme du Donut (Raworth 2012 ; Recordon et al. 2025). 

Pour donner une idée des ordres de grandeur de la réduction nécessaire pour atteindre l’objectif d’une Suisse qui respecte les limites planétaires, on peut se référer à une étude de 2022 mandatée par l’administration fédérale : « En partant des limites planétaires, nous recommandons une réduction de 74 % de l’empreinte sur la biodiversité et de 48 % de l’empreinte relative à l’eutrophisation (…). Au vu des objectifs existants pour le pays (stratégie climatique à long terme 2050 et stratégie de développement durable 2030), nous recommandons au moins une réduction de 89 % de l’empreinte des gaz à effet de serre d’ici 2040. Concernant l’impact environnemental total, nous estimons le besoin de réduction à 67 %, en nous basant sur les objectifs environnementaux et les valeurs limites légales de la Suisse. » (EBP/OFEV, 2022, p. 7).

Les stratégies d’efficience matérielle et énergétique et les améliorations ponctuelles sont insuffisantes, à elles seules, pour atteindre ces objectifs. Selon les estimations d’une étude de 2013, de « simples mesures » visant à optimiser l’usage des ressources, même extrêmement drastiques, pourraient au mieux conduire à une réduction de 40 % (cf. Kissling-Näf et al. 2013, p. IV). Les changements sociétaux à poursuivre devront être importants et même radicaux, au sens étymologique du terme. Il s’agit de dépasser le simple traitement des symptômes (problèmes environnementaux et sociaux) en s’intéressant à identifier leurs causes profondes et à imaginer des alternatives. Faire rentrer l’impact des activités socio-économiques de la Suisse dans ces limites planétaires requiert ainsi une réduction drastique des flux de matière et d’énergie en termes absolus, impliquant notamment la mise en œuvre de stratégies de sobriété.

L’atteinte de tels objectifs demandera une transformation fondamentale et coordonnée de la société suisse et de ses différents secteurs (logement, mobilité, alimentation, énergie, économie, etc.), justifiant ainsi pleinement l’emploi de la notion de transformation. L’impératif d’une décroissance rapide des flux de matière et d’énergie constitue ainsi un élément structurant dans l’étude des processus et dynamiques de changement au sein du programme STRIVE.

Les lignes directrices du programme invitent en particulier à se pencher sur trois axes transversaux prioritaires – identifiées à l’occasion du colloque « Quelle recherche sur la transformation écologique et sociale ? » organisé à l’Unil en février 2023 :

  • Gouvernance du changement et leadership ;
  • Justice sociale et équité dans la transformation (ou transformation juste) ;
  • Communication, récits et « storytelling ».

Pour représenter de manière systémique les enjeux de la transformation, tout en essayant de dépasser l’approche classique par secteur ou discipline, STRIVE s’intéressera principalement aux interactions entre les trois principales sphères d’actions représentées ci-dessous. Ce sont en effet les influences mutuelles de ses sphères qui constituent des obstacles et leviers potentiels sur le chemin de la transformation et définissent en grande partie les dynamiques de changement. Ces sphères permettent également de caractériser et questionner les visions du monde, positionnements, valeurs et actions des différents parties prenantes qui s’y situent et d’interroger leur contribution, positive ou négative, à la transformation écologique et sociale.

Ces sphères d’action ne doivent pas être vues comme des catégories monolithiques ou imperméables, mais visent simplement à situer les différents thèmes et questionnements abordés par STRIVE dans cadre conceptuel plus large.

  • Économie et entreprises (macroéconomie, finance, modèles d’affaires, etc.)
  • Individus et société civile (comportement, normes sociales, etc.)
  • Institutions et secteur public (démocratie, droit, politiques publiques, etc.)
Les sphères d’action et leurs interactions
Les sphères d’action et leurs interactions

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Le programme STRIVE est coordonné par