La préhistoire comme une invention de la pensée moderne.
La préhistoire est une invention du XIXe siècle. Durant ce siècle fameux pour ses hardiesses techniques et ses cadences accélérées, trois récits majeurs de la pensée occidentale s’engagent l’un après l’autre dans un passé jusqu’alors insoupçonné: l’âge de la Terre, l’âge de l’homme et l’âge de l’art. Dans cet essai, Maria Stavrinaki (Section d’histoire de l’art, Centre des sciences historiques de la culture) s’interroge sur le lien indissociable entre ces conceptions de la temporalité et les forces disruptives de la modernité.
Que serait donc une histoire de la modernité envisagée depuis ces trois inventions du temps long, consécutives et imbriquées? Une histoire plus complexe que cette quête arrogante du progrès dont nous payerions aujourd’hui le prix fort, affirme l’autrice. La modernité s’est posée au-dessus d’un abîme qui a suscité la stupeur. Réinventant sans cesse la préhistoire, elle s’y invente constamment elle-même: elle projette son angoisse de la fin et son espoir de l’avenir dans les formes de cette origine introuvable.
Parce que la préhistoire a semé le trouble dans la classification des savoirs, ce livre traverse des formes et des discours multiples: œuvres d’artistes majeurs de la modernité, images scientifiques et caricatures, littérature, philosophie et sciences humaines. Soixante ans après les premières explosions atomiques qui ont inauguré le terme de «posthistoire», le rapport à la Terre et à la technique est bousculé par cet ouvrage.
Maria Stavrinaki, Atrapados por la prehistoria: Investigacion sobre el arte y los tiempos, Madrid, Sans Soleil Ediciones, 2026.

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