Contexte historique

L’importance de la Chine dans la presse libérale romande au XXe siècle

Au début du XXe siècle, la Chine voit se succéder trois régimes : l’Empire, la République de Chine et la République Populaire de Chine (RPC). La période est emplie de troubles civils. De nombreuses révoltes éclatent au début du siècle notamment entre 1899 et 1901 avec la révolte des Boxers puis en 1911. La RPC, elle, est le résultat d’un conflit débuté en 1927 entre les nationalistes et communistes qui se solde par la proclamation de la RPC fin 1949 par Mao Tsé-Tung, figure de proue du Parti Communiste Chinois (PCC) puis dirigeant de la RPC jusqu’à sa mort en 1976.

La RPC est fermée – comme le témoignent les Documents Diplomatiques Suisses : on peut attendre jusqu’à deux ans pour obtenir un visa d’entrée[1]. Ses habitants sont victimes de la collectivisation forcée, de la famine. On retient le Grand Bond en avant et la Révolution culturelle : deux événements qui respectivement visaient à l’industrialisation sur un modèle stalinien et à restaurer le pouvoir de Mao au sein du PCC. Avec le décès de Mao en 1976, Deng Xiaoping lui succède jusqu’en 1992 et libéralise l’économie. Les manifestations de la place Tian’anmen se produisent sous son mandat. Il s’agit des premières manifestations d’envergure (plus d’un million de Pékinois y participèrent) réprimées dans le sang par l’armée.

Du point de vue des relations sino-suisses, des comptoirs notamment sous protectorat français ont existé à partir de la moitié du XIXe siècle. Avant, ce sont des jésuites horlogers qui travaillaient pour l’empereur. Durant cette période, la Chine a surtout une importance économique pour la Confédération. Un contact officiel est établi en 1906, une maison de commerce ouvre en 1912 à Shanghaï et les deux pays signent[2] un traité d’amitié où la Confédération est désignée comme nation la plus favorisée[3]. La Suisse y reçoit des droits d’extraterritorialité similaires aux traités inégaux imposés à la Chine au XIXe siècle par les puissances coloniales.

En 1949, la Suisse est l’un des premiers pays d’Occident à reconnaître la RPC. Elle était préoccupée par cette question[4]. Cela découlait de l’échec de la reconnaissance tardive de l’URSS et parce que le calendrier était important à cause de la neutralité. Être les premiers aurait pu être considéré comme opportuniste.

Nul ne peut prétendre embrasser l’imbroglio chinois en quelques semaines
Henri de Torrenté

Toutefois, la Suisse est très anticommuniste[5]. Cette décision est prise alors que la situation en Chine est floue. Henri de Torrenté – à la tête de la légation suisse en 1946 – dit «?Nul ne peut prétendre embrasser l’imbroglio chinois en quelques semaines?»[6]. Max Petitpierre – conseiller fédéral aux affaires étrangères de 1945 à 1961 – va convaincre le Conseil fédéral de mettre en œuvre cette reconnaissance. L’aspect économique permet en partie d’expliquer pourquoi la Suisse a privilégié un régime communiste[7] alors qu’habituellement, elle participe aux mouvements qui limitent l’expansion du communisme dans le monde. Cette reconnaissance offre une opportunité à la RPC de se réaffirmer, notamment lors de la conférence sur l’Indochine en 1954 à Genève[8]. La Chine réclame également la révocation des traités inégaux suite à la fin de la guerre.

La Suisse, qui offre ses bons offices[9] durant la guerre de Corée, est amenée à communiquer avec la Chine pour le compte d’autres pays, notamment via Clemente Rezzonico, représentant suisse en RPC en 1950. La RPC a une de ses plus importantes représentations d’Occident [occidentales ?] en Suisse. Elle va s’en servir durant la Révolution culturelle comme d’une plateforme de diffusion de propagande vers d’autres pays au prix de l’agacement de ses hôtes.

Malgré la précocité et la richesse en accords économiques, des frictions parsèment les relations sino-helvétiques. Le « sentiment d’humiliation nationale »[10] – un des préceptes idéologiques de Mao pousse les diplomates chinois en Suisse à adopter des discours extrêmes, menaçant les relations entre les deux pays[11]. Dans une Suisse très anticommuniste, cette activité mène les autorités à surveiller tous les restaurants chinois[12].

Avec la révolte tibétaine en 1959, la Suisse autorise l’accueil de réfugiés tibétains en 1963 et des visites du Dalaï-Lama[13]. Cela soulève la colère des autorités chinoises notamment en 1999 lors d’une visite officielle par le président chinois en Suisse. Il est sifflé par des manifestants pro-tibétains et son agacement est tel que sa réponse va dépasser le protocole diplomatique.

Cependant, dès les années 1970, la Suisse et la Chine intensifient leurs relations et signent des accords autour du commerce et de la coopération scientifique[14].

Bibliographie

  • Bergère, Marie-Claire. La Chine de 1949 à nos jours. A. Colin, 2000.
  • Coduri, Michele. « La Reconnaissance de la Chine populaire par la Suisse et l’établissement des relations diplomatiques» Politorbis 25, 2000 : 5-11
  • Coduri, Michele, Alois Riklin, et Antoine Fleury. La Suisse face à la Chine: une continuité impossible ? Bruylant-Academia, 2004.
  • Coduri, Michele. « Protection des intérêts étrangers et bons offices dans l’espace sino-coréen au début des années 1950» Relations internationales 4, 2010 : 51-64
  • Keller, Hans. « Les relations entre la Suisse et la Chine» Bulletin de Sinologie, 1987 : 22-28
  • Knüsel, Ariane. « ‹ Armé de la pensée de Mao Tsé-toung, on peut résoudre tous les problèmes › l’influence de la Révolution culturelle sur les relations entre la Suisse et la République populaire de Chine. » Relations internationales 3, 2015 : 29-46.

[1] Documents Diplomatiques Suisses, http://dodis.ch/8172 et http://dodis.ch/8179, consulté le 20 novembre 2016

[2] Département fédéral des affaires étrangères, https://www.eda.admin.ch/eda/fr/home/laender-reise-information/china/schweiz-china.html, consulté le 20 novembre 2016

[3] Département fédéral des affaires étrangères, https://www.admin.ch/opc/fr/classified-compilation/19180011/index.html, consulté le 20 novembre 2016

[4] Coduri, Michele. « La Reconnaissance de la Chine populaire par la Suisse et l’établissement des relations diplomatiques» Politorbis 25, 2000 : 5

[5] Knüsel, Ariane. « ‹ Armé de la pensée de Mao Tsé-toung, on peut résoudre tous les problèmes › l’influence de la Révolution culturelle sur les relations entre la Suisse et la République populaire de Chine. » Relations internationales 3, 2015 : 31.

[6] Documents Diplomatiques Suisses, http://dodis.ch/2303 consulté le 20 novembre 2016

[7] Documents Diplomatiques Suisses, http://dodis.ch/11574, consulté le 7 décembre 2016, Fernand Bernoulli, ambassadeur de Suisse à Beijing, « Wirtschaftsbeziehungen mit China », 26 juin 1956,

[8] Cable, James. « La conférence de Genève sur l’Indochine ». Histoire, économie et société 13e année, n°1, 1994 : 63

[9] Coduri, Michele, « Protection des intérêts étrangers et bons offices dans l’espace sino-coréen au début des années 1950 » Relations internationales 4, 2010 : 51-64

[10] Knüsel, Ariane. « ‹ Armé de la pensée de Mao Tsé-toung, on peut résoudre tous les problèmes › l’influence de la Révolution culturelle sur les relations entre la Suisse et la République populaire de Chine. » Relations internationales 3, 2015 : 31.

[11] ibid, 38. Note de bas de page 41, citant les documents fédéraux : « dossier « Affaire Tibet », lettre d’Oscar Rossetti, ambassadeur de Suisse à Beijing, au conseiller fédéral Willy Spühler, 16 août 1967 ; AFS, E2200.174#1988/78#53*, dossier « Affaire Tibet », Felix Weber, vice-chancelier, « Protestation de la Chine au sujet des réfugiés tibétains en Suisse », 16 août 1967 ; DDS, www.dodis.ch/33531, « Protokoll der Sitzung der Nationalrätlichen Kommission für auswärtige Angelegenheiten vom 13.9.1967 » ; DDS, www.dodis.ch/30921, tél. de l’ambassade de Suisse à Beijing au DPF, 5 septembre 1966. »

[12] ibid, 43.

[13] Documents Diplomatiques Suisses, http://dodis.ch/37704, consulté le 22 novembre 2016.

[14] https://www.admin.ch/opc/fr/classified-compilation/19740367/197504300000/0.946.292.491.pdf, https://www.admin.ch/opc/fr/classified-compilation/19820345/198301010000/0.632.624.9.pdf, https://www.admin.ch/opc/fr/classified-compilation/19890027/198902240000/0.974.224.9.pdf,
consultés le 20 novembre 2016