Nous vivons une époque marquée par l’imprévisibilité, qu’il s’agisse de l’économie mondiale, du climat ou de la géopolitique. Anticiper les risques est devenu essentiel pour renforcer la résilience future de nos sociétés. Cela suppose de donner du sens à des informations toujours plus complexes, en s’appuyant sur de nouveaux outils. Dans cette série, nous explorons le travail de chercheuses et chercheurs qui œuvrent à améliorer notre capacité à anticiper l’avenir.
Les économies sont des systèmes dynamiques où les relations entre les variables évoluent au fil du temps. Malgré l’incertitude, les gouvernements et les entreprises doivent s’appuyer sur certaines trajectoires économiques pour élaborer des plans pertinents, notamment en matière d’emploi ou d’investissement. C’est pourquoi les travaux de l’Institut CREA en économie appliquée à HEC Lausanne sont si précieux.
Pourquoi les prévisions économiques sont importantes
« Les décideurs et décideuses doivent pouvoir anticiper ce qui va se passer à l’avenir au niveau de la croissance économique, de l’inflation et des taux d’intérêt. C’est pourquoi il est essentiel de disposer de prévisions précises », explique Mathieu Grobéty, économiste et directeur de l’Institut CREA.
Il ajoute : « Or, la situation économique mondiale est de plus en plus imprévisible, en raison notamment de l’administration américaine actuelle. Les tensions géopolitiques, dont celles qui touchent l’Ukraine et l’Europe, ont également un impact majeur sur les prévisions économiques. »
C’est là que les prévisions fondées sur des scénarios prennent tout leur sens. Elles reposent sur différentes hypothèses, positives ou négatives, afin de caractériser l’incertitude. Ces hypothèses sont transparentes, ce qui permet aux économistes et au grand public de comprendre comment les prévisions sont construites, et comment les résultats peuvent évoluer si les conditions économiques devaient s’améliorer ou se détériorer.
Précision dans la volatilité
« Il est également important de calculer la variance ou la volatilité que nous observons dans nos prévisions, car c’est un autre moyen de caractériser les niveaux d’incertitude. C’est là qu’interviennent les prévisions de densité, car elles quantifient l’incertitude et capturent la probabilité qu’une variable évolue dans une certaine fourchette. Les prévisions de densité peuvent être utilisées pour évaluer les risques à court terme », précise M. Grobéty.
La précision demeure un défi constant dans le domaine des prévisions. L’objectif n’est ni de sous-estimer ni de surestimer la moyenne, par exemple lorsqu’il s’agit d’évaluer les taux d’inflation. Un autre défi consiste à interpréter des volumes massifs de données, défi auquel répond l’analyse factorielle. Elle condense de nombreuses variables en quelques facteurs clés, pour faciliter le traitement des données.
« Il est essentiel d’identifier les chocs économiques et d’élaborer des scénarios autour de ceux-ci, qu’ils résultent de perturbations du côté de l’offre ou de changements inattendus dans la politique monétaire. Au-delà de cela, produire des prévisions non biaisées et exploiter efficacement toutes les informations disponibles est toujours une tâche exigeante. Notre objectif est de garantir que nos projections soient aussi précises et solides que possible.», déclare le directeur du CREA.
Modèles de prévision du CREA
Le CREA évalue en permanence les performances de ses modèles de prévision, en les comparant à d’autres références et à celles issues d’un consensus d’experts économiques. Il dispose d’une série d’indicateurs, notamment la prévision de croissance du PIB en Suisse. Il a également conçu un indice du cycle conjoncturel, qui analyse la situation économique de chaque canton.
« L’économie suisse dépend de nombreux facteurs, notamment le marché du travail, la demande des consommateurs, le taux de change effectif, le PIB, la production industrielle et les exportations. Ces facteurs peuvent évoluer simultanément dans plusieurs directions à la fois. Nous essayons d’agréger toutes ces informations dans nos indices », explique-t-il. L’institut publie régulièrement des analyses dans les principaux médias suisses, contribuant ainsi au débat public et affirmant sa position de référence en matière d’analyse et de prévision économiques.
L’Institut CREA développe actuellement une nouvelle méthodologie de prévision, qui sera disponible vers la fin de l’année. Celle-ci pourrait offrir une image encore plus précise de l’économie suisse.
« En tant qu’économiste et universitaire, il est vraiment important de produire des prévisions toujours plus précises, fondées sur des modèles quantitatifs rigoureux et reproductibles, minimisant tout biais. Nous cherchons constamment à améliorer nos méthodes.», conclut M. Grobéty.