Une nouvelle étude conduite par Dominic Rohner, professeur à HEC Lausanne (Unil), et ses coauteurs*, publiée dans Science, montre que les régions africaines qui ont le plus bénéficié de l’aide américaine ont enregistré une hausse considérable de la violence par rapport aux non-bénéficiaires après la fermeture de l’USAID l’année dernière.
Lorsque Donald Trump a décidé de fermer l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), démantelant ainsi l’un des plus vastes programmes d’aide au monde, de nombreux experts ont averti des conséquences pour les pays bénéficiaires les plus vulnérables, tandis que ses partisans en minimisaient l’impact. Alors que le débat se poursuit sur le rôle de l’aide — facteur de stabilisation ou de conflit — les effets concrets d’un retrait soudain et massif restaient jusqu’ici largement inconnus.
Plus d’une année après la fermeture de l’USAID, une nouvelle étude réalisée par un groupe de chercheuses et chercheurs internationaux*, et publiée jeudi 14 mai dans la revue Science, aborde cette question. Dominic Rohner et ses coauteurs ont réalisé une étude empirique de l’impact du retrait de l’aide sur les conflits infranationaux à travers l’Afrique — l’une des principales régions bénéficiaires — en testant si le démantèlement soudain de l’USAID avait entraîné une hausse des conflits dans cette région.
Ce que les données révèlent
En utilisant des données géocodées sur les versements d’aide américaine, croisées avec des registres détaillés des incidents violents issus de l’ACLED (Armed Conflict Location and Event Data), les chercheurs et chercheuses ont comparé les issues des conflits sur un échantillon de 870 régions africaines infranationales, de mars 2024 à novembre 2025 (soit 10 mois avant et après la fermeture de l’USAID), ainsi que dans des régions aux niveaux d’exposition historiques variables à l’aide américaine (versements effectués entre 2017 et 2020).
Ils ont constaté que les régions ayant reçu davantage d’aide américaine par habitant ont connu une hausse des conflits à la suite du démantèlement de l’USAID. Dans les régions parmi les 25% qui ont reçu le plus d’aide américaine (plus de 251 dollars pour 1000 habitants), la suspension de l’aide était associée à un risque accru de conflits : la probabilité de manifestations et d’émeutes a enregistré une hausse de 10% par rapport aux régions non bénéficiaires; le nombre de conflits a augmenté de 10,6%, celui des combats de 6,9% et celui des victimes de 9,3 %, en comparaison avec les régions ne recevant pas d’aide américaine.
L’analyse en étude d’événements n’a révélé aucune différence préexistante dans les tendances des conflits entre les régions fortement et faiblement exposées à l’aide américaine avant la fermeture de l’USAID. Les manifestations et émeutes ont rapidement éclaté en réaction aux coupes d’aide, mais les affrontements et les violences visant les civils se sont progressivement intensifiés. L’une des principales raisons est que le coût de la violence diminue plus rapidement que la valeur des biens pour lesquels les groupes pourraient se battre ; les populations ont donc moins à perdre en recourant à la violence.
« Nous avons constaté que les effets du démantèlement de l’USAID étaient considérablement atténués dans les pays dotés de systèmes politiques plus solides et plus ouverts. Cela met en évidence la vulnérabilité des régions à faible niveau de gouvernance face aux chocs humanitaires et économiques. Nos conclusions soulignent la nécessité de concevoir et d’articuler avec soin les changements de l’aide internationale », déclare le professeur Rohner.
*Les auteurs:
Dominic Rohner, HEC Lausanne (University of Lausanne), Geneva Graduate Institute and CEPR
Uwe Sunde, University of Munich, CEPR
Oliver Vanden Eynde, CEPR, Paris School of Economics, CNRS
Austin L. Wright, The University of Chicago
Jing-Rong Zeng, Paris School of Economics
Référence: Rohner, D., Sunde, U., Vanden Eynde, O., Wright, A.L. and Zeng, J.-R., Aiding Peace or Conflict? The impact of USAID cuts on violence