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Le blog scientifique vulgarisé de la Faculté des géosciences et de l'environnement

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  • De gaz et de particules

    De gaz et de particules

    Ethnographie de la construction sociale et politique de deux problèmes publics environnementaux dans la haute Vallée de l’Arve : des changements climatiques à la pollution de l’air

    Thèse soutenue par Alexandre Savioz, le 23 septembre 2021, Institut de géographie et durabilité (IGD)

    La Vallée de l’Arve est un territoire qui s’étend des hauteurs de la Vallée de Chamonix à la ville de Genève, et se situe dans le département de la Haute-Savoie (74). Séparée en différents secteurs, mon enquête s’est focalisée sur la haute Vallée de l’Arve, composée de deux collectivités territoriales, la Communauté de Communes du Pays du Mont-Blanc, et la Communauté de Communes de la Vallée de Chamonix-Mont-Blanc.

    Suivant une approche socio-anthropologique, les premiers pas de cette recherche ambitionnaient d’interroger l’appréhension des habitants d’un territoire touristique de montagne confronté aux changements climatiques. Cependant, cette enquête a ensuite été réorientée par l’épreuve du terrain vers des questionnements intégrant la thématique de la qualité de l’air.

    Cette thèse propose ainsi de s’intéresser à la manière dont deux enjeux environnementaux sont appréhendés dans la région en tant que problème de société, les changements climatiques et la pollution de l’air. Son objectif est de rendre compte de la complexité de ces thématiques à travers l’expérience des populations locales en suivant leur itinéraire respectif et leur appropriation ou non par des mouvements sociaux.

    Bien que les controverses liées aux changements climatiques soient omniprésentes à l’échelle nationale et internationale, le phénomène demeure difficile à appréhender à l’échelle locale, même lorsqu’il renvoie à des réalités pourtant bien tangibles, comme c’est le cas dans la région étudiée avec notamment le recul des glaciers. En effet, les sensibilités environnementales se polarisent davantage autour des problématiques liées à qualité de l’air, qui constituent un enjeu majeur de santé publique et qui relèvent d’un ancrage historique de plusieurs décennies de luttes collectives, préexistant aux débats liés aux enjeux climatiques dans la région. Les nombreux liens, amalgames, rapprochements, glissements et confusions rencontrés au cours de l’enquête entre ces deux thématiques témoignent d’une compréhension des enjeux climatiques à partir de référentiels connus, qui s’inscrivent dans l’histoire collective des acteurs investis.

    Afin d’aborder ces enjeux, cette recherche emprunte à la perspective sociologique constructiviste des « problèmes publics », qui postule que ceux-ci sont construits à travers un processus de problématisation de la réalité. Dans ce processus, les mobilisations citoyennes jouent un rôle fondamental. De fait, cette recherche se focalise sur la genèse et sur les motivations de mouvements sociaux qui sont apparus dès la fin des années 1980 dans la haute Vallée de l’Arve, reformulant leurs revendications à travers différentes formes argumentatives et différentes stratégies.

  • Entretien avec Céline Rozenblat à propos du livre du Handbook of Cities and Networks

    Entretien avec Céline Rozenblat à propos du livre du Handbook of Cities and Networks

    Céline Rozenblat, Institut de géographie et durabilité (IGD)

    Céline Rozenblat (Institut de géographie et durabilité, FGSE, Université de Lausanne) et Zachary Neal (Michigan State University) ont édité le Handbook of Cities and Networks publié en juillet 2021.

    Ce manuel offre un large aperçu de la recherche contemporaine sur la façon dont les réseaux économiques, sociaux et de transport affectent les processus de transformation des villes.

    Quel est l’origine de ce guide ? Quel est son apport scientifique ?

    Suite à la coordination il y a dix ans d’un numéro spécial de la revue scientifique Urban Studies consacrée aux villes et aux réseaux, l’éditeur EE m’a proposé de faire un manuel des recherches en cours sur le thème des villes et réseaux qui les structurent. J’ai tenu à associer Zachary Neal de la Michigan State University, que je connaissais pour ses réseaux scientifiques vers les sociologues et les psychologues. Durant environ quatre ans, avec lui, nous avons contacté des chercheuses et chercheurs de multiples disciplines menant des projets dans cette thématique. De nombreuses contributions ont pu être recueillies couvrant la plus grande partie des domaines concernés sur la majeure partie du monde (seul gap en Amérique du Sud). Notre grande satisfaction est que la plupart des contributions ont été effectuées par des personnes de référence dans leur domaine.

    L’objectif de ce livre est de donner un aperçu aussi exhaustif que possible du vaste éventail de la communauté de recherche actuelle se consacrant à l’étude des villes et aux interconnexions se développant en leur sein ou entre elles. Ces études se situent dans des domaines aussi divers que la physique des réseaux et des systèmes complexes (issue de la cristallographie) ou la sociologie en passant par l’économie, l’histoire ou la psychologie. Cette multidisciplinarité est encore augmentée par le fait que dans chaque domaine, différents niveaux d’études (granularité des éléments de base) peuvent être appliqués et ceci dans des dimensions/espaces plus ou moins vastes (échelles). En guise d’introduction, dans le premier chapitre nous avons dressé une grille de lecture des différentes approches et méthodes illustrées dans ce Handbook en fonction de leur niveau d’étude et de l’échelle considérée.

    Quel est le public cible de ce Handbook ?

    Ce guide est plutôt destiné aux chercheuses et chercheurs avancés ou aux étudiant·e·s de 3e cycle car les études présentées font appel à des notions transversales et pointues pour lesquelles les étudiant·e·s de Bachelor ou de Master ne disposent pas des concepts et des outils d’analyse nécessaires.

    Quels peuvent être les réseaux étudiés au sein d’une ville ? 

    Les réseaux se définissent en fonction des unités considérées (nœuds) et des relations qui s’établissent entre ces nœuds. La distribution de ces relations définit la structure du réseau qui est analysée à l’aide des concepts et méthodes des systèmes complexes. Les nœuds peuvent correspondre à des parties de villes (quartiers ou rues pour des réseaux de transports p.ex.), à des éléments spécifiques d’une ville (ports maritimes pour les réseaux d’échange commerciaux) ou à des villes entières (réseaux interurbains). Ils peuvent également être considérés au niveau d’un individu ou groupe d’individu (réseaux sociaux p.ex.). Les relations peuvent être étudiées dans le contexte d’un espace physique (distances géographiques, voies de communications) mais aussi dans des espaces invisibles comme le tissu économique ou les réseaux sociaux qu’ils soient mis en œuvre en présentiel (il y a là une tradition de plus d’un siècle de recherche notamment par l’Ecole de Chicago) ou par les réseaux de communication.

    Les avancées technologiques/informatiques ont elles permis de faire avancer ces recherches (évolution du potentiel d’analyse des données, méthodes liées au Big Data) ? Les méthodes utilisées sont-elles analogues avec d’autres méthodes d’études de réseaux ?

    Il y a clairement eu une évolution des méthodologies et des approches des études des réseaux et des villes avec la possibilité d’analyser et interpréter de nombreuses données simultanément. Les méthodes utilisées notamment en sciences sociales et en sciences de la communication pour l’études des réseaux sociaux ont pu être reprises et adaptées à partir de l’études d’autres types de réseaux. Les études réalisées dans le domaine de la physique sont par exemple transposables dans le contexte des villes : deux physiciens de renom au sein des systèmes complexes ont contribué à cet ouvrage, Luis Bettencourt et Marc Barthélémy.

    Quels aspects émergent actuellement dans ce domaine d’études ?

    La plupart du temps les réseaux sont étudiés dans une dimension « horizontale » entre des individus ou entre des territoires. Il y a encore peu d’études des réseaux impliquant des relations avec l’environnement impliquant une approche « verticale ». La mise en place de pratiques liées au développement durable est révélée par les nouvelles approches en réseau (modifications de la mobilité dans les villes comme développée par l’Observatoire universitaire du vélo et des mobilités actives de mes collègues Patrick Rérat et Bengt Kayser de l’UNIL, ou des achats favorisation le commerce de proximité etc). Les réseaux sociaux ont tendance à augmenter les écarts entre des groupes fermés de personnes, en créant des barrières/frontières entre différents courant de pensées. L’entre-soi des gens/groupes qui partagent les mêmes opinions est également un sujet qui émerge actuellement. Les impacts du COVID sont également un sujet émergent, même s’ils apparaissent plutôt comme un accélérateur de processus qui existaient déjà (comme le télétravail, les effets de la globalisation économique, les fermetures des réseaux sociaux…) que la cause de nouvelles situations.

    Dans quelle mesure ce livre concerne plus largement la FGSE ?

    Le sujet des villes est central dans le développement durable puisqu’on peut voir les formes d’urbanisation comme la cause, mais également comme la solution possible au réchauffement climatique. L’étude des villes est fortement ancrée à l’IGD avec au moins huit enseignant·e·s – chercheur·euse·s directement impliqué·e·s, mais elle est présente également de manière indirecte au sein de la Faculté des géosciences ainsi que dans les autres facultés de l’UNIL. Un projet de recensement des chercheuses et chercheurs qui travaillent sur des aspects urbains au sein de l’UNIL est en préparation avec la collaboration du Centre de compétences en durabilité. Plusieurs chercheuses et chercheurs de l’IGD contribuent à construire ce réseau de recherche transversal émergeant, ainsi que des personnes des facultés de SSP, HEC, FBM ou de l’EPFL. L’annonce de la constitution de ce réseau de recherche sur les villes sera faite à l’automne.

    Au niveau individuel ce serait une ville qui réponde aux aspirations de chacune et chacun. Chaque personne se crée « sa ville » avec les usages qu’elle fait des éléments à disposition et des relations dont elle s’entoure.

    Quelle serait une ville « idéale » ? 

    Au niveau d’une communauté, une ville idéale devrait permettre d’avoir un maximum d’échanges et de mélange de toute sorte (cultures, niveaux sociaux, générationnels) afin de ne pas créer des sous-ensembles qui n’ont quasiment plus de connexions entre eux. Par exemple, la densification des villes augmente les prix des loyers, diminuant l’accès des centres aux populations les plus défavorisées. Les économies se transforment pour être plus vertes et les villes en manque d’innovation et de personnes très qualifiées en pâtissent. C’est surtout à mon sens ces processus de fracture dans et entre les villes qui sont à l’œuvre actuellement et contre lesquels il faut trouver des régulations adaptées à chaque société. Il est évidemment souhaitable d’aller vers des villes plus écologiques mais sans renforcer les ségrégations sociales qui n’ont jamais autant cru à différentes échelles.

  • Imagerie des structures intra-crustales en combinant gravimétrie, sismologie passive et propriétés physique des roches : le Corps d’Ivrée et le Tunnel de Base du Saint-Gothard

    Imagerie des structures intra-crustales en combinant gravimétrie, sismologie passive et propriétés physique des roches : le Corps d’Ivrée et le Tunnel de Base du Saint-Gothard

    Thèse soutenue par Matteo Scarponi, le 2 septembre 2021, Institut des sciences de la Terre (ISTE)

    La chaîne des montagnes alpine présente une structure très complexe à de nombreuses échelles spatiales : des morceaux de roches étudiés en laboratoire aux grandes structures régionales situées sous la surface de la Terre. Une longue histoire d’enquêtes géophysiques et géologiques a fourni de plus en plus d’informations pour mieux comprendre la structure crustale des Alpes ; cependant, une lacune de résolution persiste entre les différents domaines.

    Dans le cadre de cette thèse, j’ai récolté de nouvelles données gravimétriques et de sismologie passive dans deux régions d’intérêt : le Corps d’Ivrée dans la région du Piémont en Italie, et le long du Tunnel de Base du Saint-Gothard en Suisse. Dans les deux régions, j’ai traité ces données et je les ai combinées avec des observations géologiques à la surface et des analyses de laboratoire d’échantillons de roches pour imager la structure du sous-sol.

    Pour ces études, j’ai développé de nouveaux outils pour le traitement des données gravimétriques et sismologiques. Ceux-ci m’ont permis d’effectuer une meilleure approximation des anomalies de gravité en 3D et en 2D, une meilleure exploration des modèles possibles ainsi que de leurs propriétés physiques, et d’expliquer plusieurs types de données de manière simultanée. Autour du Corps d’Ivrée j’ai mesuré 207 nouveaux points gravimétriques et j’ai installé 10 stations sismologiques pour plus de 2 ans. La modélisation gravimétrique 3D confirme que le Corps d’Ivrée, composé de roches typiquement proche de la limite croûte–manteau (environs 30-35 km de profondeur), se situe à une faible profondeur (1-3 km sous la surface) sur une zone étendue.

    L’étude conjointe gravimétrique-sismologique en 2D le long du Val Sesia confirme ces résultats, et montre qu’ils sont compatibles avec des observations géologiques faites à la surface en terme de densités et de vitesses sismiques. Pour l’étude centrée sur le Tunnel de Base du Saint-Gothard j’ai mesuré 80 nouveaux points gravimétriques et j’ai bénéficié de 77 points mesurés dans le tunnel.

    Ces données, et la prise en compte des variations 3D dans un modèle 2D aussi bien que possible, ont permis de montrer que le profil géologique établi lors de la construction du tunnel est raisonnable en terme de densité de roches mesurés sur place. L’ensemble de mes résultats de thèse indiquent que les informations géologiques locales sont très utiles pour l’imagerie et la modélisation des enquêtes géophysiques passives, qui, à leurs tour, permettent de mieux contraindre la structure de la Terre à l’échelle kilométrique, ainsi réduisant la lacune de résolution.

  • Partir, méditer sur le soi, et se transformer? Ethnographie d’un tourisme de retraite bouddhiste dans l’Himalaya indien

    Partir, méditer sur le soi, et se transformer? Ethnographie d’un tourisme de retraite bouddhiste dans l’Himalaya indien

    Thèse soutenue par Ellina Mourtazina, le 30 août 2021, Institut de géographie et durabilité (IGD)

    Cette thèse doctorale explore le phénomène du tourisme de retraites dites spirituelles qui a vu une expansion considérable depuis les années 1980. À travers une anthropologie inspirée de la pensée phénoménologique, elle se base sur une étude ethnographique des pratiques de retraites bouddhistes dans l’Himalaya indien. 

    L’échantillon est composé de personnes rencontrées initialement lors de retraites bouddhistes dans le Centre de méditation Tushita, situé dans la station touristique de Dharamsala et faisant partie du réseau international La Fondation pour la préservation de la tradition du Mahayana (FPMT). Il s’agit d’une ethnographie des huis clos des retraites, d’une analyse fine des impressions vécues, d’entretiens auprès de 65 participants, puis du suivi sur un plus long terme et de la collecte des récits de vie de cinq personnes qui permettent d’approfondir l’analyse au-delà des périodes de retraites. En suivant les trajectoires de ces cinq participants, l’enquête a été menée en Inde durant leurs voyages touristiques et dans leurs quotidiens une fois de retour dans un chez soi, en France, Espagne, Suisse.

    À l’intersection de l’anthropologie du tourisme et du religieux, l’étude interroge les discours de transformation de soi, les quêtes de sens et les logiques d’isolement qui animent ces participants inscrits dans des modes de vie globalisés. Ce travail montre comment ces dimensions sont vécues, appropriées et négociées à travers une expérience sensible et incorporée aussi bien pendant qu’après le voyage. 

    L’observation participante et l’examen des récits de vie recueillis témoignent de trajectoires multiples, dépendantes de pendants biographiques, mais qui s’inscrivent tout de même dans des quêtes dont il est possible de dresser de grandes typologies. Cette diversité de vécus est rendue possible grâce aux cadres sociaux et moraux prescrits par les centres bouddhistes et grâce aux différentes couches d’interprétations avec lesquelles le Bouddhisme moderne et ses pratiques, l’imaginaire sur l’Himalaya et le Tibet ont été investis.

    L’analyse a permis de dégager trois grandes logiques d’actions qui orientent ces vécus.

    Logiques entrepreneuriales

    Dans ces trajectoires, l’individu prend le rôle d’entrepreneur de soi et les acquis des retraites deviennent des outils pour optimiser les différentes sphères de son existence. Ici, la pratique d’une méditation largement rationalisée prend le pas sur l’intérêt pour la liturgie bouddhiste.

    Logiques religieuses

    Ce qui est recherché dans ce type de parcours est de renouer avec un sentiment de sacralité et la volonté d’insuffler un sens englobant à son existence. Pour se transformer et modeler les contours de soi, les participants ne font pas l’impasse des pratiques religieuses, mais y puisent au contraire leurs ressources.

    Logiques morales

    Enfin, pour certains, les vécus extraordinaires des retraites deviennent des moments d’élaboration éthique durant lesquels les retraitants (re)négocient leurs propres conceptions d’être une bonne personne.

  • Relating Afro-Diasporic Identities in Germany: Lifestories of Millenial Women

    Relating Afro-Diasporic Identities in Germany: Lifestories of Millenial Women

    Thèse soutenue par Silvia Wojczewski, le 30 août 2021, Institut de géographie et durabilité (IGD)

    Ce travail explore la construction d’identités diasporiques africaines des femmes issues de classe moyenne, nées et socialisées à Francfort, en Allemagne. Il aborde ce thème en considérant les pratiques de voyage, de soins, d’activisme et de narration et en explorant différentes échelles spatiales : locale (Francfort), nationale (Allemagne) et mondiale.

    Avec des méthodes ethnographiques d’observation participante, d’analyse des récits de vie et d’ethnographie de famille, employées lors d’un travail de terrain réalisé en 2017 et 2018, l’étude interroge la vie de cinq femmes afrodescendantes, faisant partie de la deuxième génération d’enfants né d’un parent migrant. L’auteure, élevée dans les mêmes quartiers de Francfort que ses participantes, présente une connaissance intime des contextes d’étude et un accès privilégié aux interlocutrices de l’étude. La formation d’identifications diasporiques est étudiée par le biais de la parenté à deux niveaux:

    1. la formation individuelle et intime de l’identité diasporique en s’engageant dans une vie et une histoire familiale transnationale, y compris les voyages vers les « origines »,
    2. la création collective de la diaspora et de la « famille choisie » par le biais de coalitions dans les communautés politiques (féministes) noires. 

    L’étude est structurée en trois dimensions.

    La première s’appuie sur des données bibliographiques et une analyse historique qui situent l’étude de cas dans le contexte plus général, depuis le début du vingtième siècle, de la diaspora africaine en Allemagne et à Francfort.

    La deuxième, qui s’appuie sur des récits de vie  et des observations participantes, explore les relations entre habiter et voyage. Elle analyse les expériences ainsi que les stratégies et les pratiques appliquées, sur une période de plus de 30 ans, par les femmes pour former une identité Afrodiasporique. Il s’agit de la recherche d’une identification dans la production culturelle noire américaine lors de l’adolescence à Francfort, de l’engagement actif dans l’activisme antiraciste, de l’éducation et la littérature antiracistes pour elles-mêmes et leurs enfants ainsi que de l’effort de construire une relation positive avec les lieux d’origine ancestrale en tant que femmes adultes.

    La troisième dimension concerne le voyage comme pratique de construction d’identité afrodiasporique. L’expérience vécue de la mobilité est particulièrement importante pour la construction de relations de parenté transnationales et de communautés diasporiques.

    Ces voyages vont d’un séjour de trois semaines pour rencontrer des membres de la famille (inconnus jusqu’alors) à une année de stage à l’étranger. Ces voyages diasporiques diffèrent à la fois du tourisme de racines et de visites familiales transnationales. La création de liens de parenté n’est qu’une des nombreuses motivations qui animent les femmes. La possibilité d’apprendre et de mettre en pratique certaines dimensions de leur vie, d’incarner l’identité afrodiasporique dans des lieux qu’elles considèrent comme des origines, ainsi que le souhait de se connecter à des communautés (politiques) noires transnationales motivent également ces mobilités. Le voyage change les perspectives sur les récits identitaires et permet aux sujets de construire de nouvelles formes de relations, de réseaux et d’actions. Enfin, l’étude analyse les récits de passage à l’âge adulte et les récits de voyage en tant que récits de soi. 

    Par ses résultats, l’étude contribue à des discussions théoriques plus larges sur les relations entre pratique diasporique et conscience générationnelle; entre la classe, le genre et les expériences de racisme/racialisation en Allemagne ; et entre la pratique du voyage et la renégociation de la parenté.

  • Dynamiques de l’azote et efficacité de fertilisation chez Vitis vinifera : arrière-effets de la limitation du rendement

    Dynamiques de l’azote et efficacité de fertilisation chez Vitis vinifera : arrière-effets de la limitation du rendement

    Thèse soutenue par Thibaut Verdenal, le 26 août 2021, Institut des sciences de la Terre (ISTE)

    En tant qu’élément essentiel au développement des plantes, l’azote a été utilisé de manière intensive au cours du XXe siècle, afin d’augmenter la production agricole. Cependant, les cultures n’utilisent que 30 à 40% de l’engrais, le reste étant généralement perdu dans l’environnement. Il est donc essentiel d’améliorer l’efficacité de l’utilisation de l’azote par la plante pour minimiser notre empreinte écologique.

    Dans le cadre de la production de vin, l’azote du raisin intervient dans le déroulement de la fermentation alcoolique et dans le développement des arômes du vin. Pour prévenir la carence en azote du raisin, une fertilisation est généralement réalisée au début de la maturation des fruits sous la forme d’urée foliaire. Le cycle de l’azote dans la plante est fondamentalement affecté par les conditions environnementales et par nos pratiques culturales, telles que le choix de la variété cultivée, l’entretien du sol, la taille, la gestion du feuillage ou la fertilisation. Comprendre l’impact de ces facteurs d’influence sur le métabolisme de l’azote dans la plante permettrait d’optimiser nos choix techniques dans un objectif de qualité et de durabilité. 

    Cette thèse se concentre sur une pratique courante en viticulture : la limitation du rendement. Elle consiste à enlever des raisins avant la véraison pour favoriser la maturation des fruits restants. Nous avons évalué l’impact de cette pratique sur la distribution de l’azote dans la vigne et sur l’efficacité de la fertilisation. L’utilisation de la méthode du marquage isotopique a permis de suivre les mouvements de l’azote dans la plante en fonction du rendement pendant deux années consécutives.

    La relation étroite entre les fruits et les racines a été mise en évidence. Quelle que soit la quantité de fruit sur la vigne, la concentration en azote des fruits est restée inchangée au détriment de la croissance et de la teneur en azote des racines. La composition en éléments azotés du moût a, quant à elle, changé, avec de potentielles conséquences sur les arômes des fruits et du vin.

    L’efficacité de la fertilisation a été réduite par la limitation du rendement, avec des taux d’assimilation moins élevés dans des conditions de bas rendement. Une quantité importante d’azote a été libérée par la plante dans le sol avant le repos hivernal, puis assimilée à nouveau l’année suivante. La distribution de l’azote a varié en fonction de son espèce et de son origine, soit des réserves pérennes (principalement acides aminés), soit de l’assimilation saisonnière (principalement nitrate et ammonium).

    Ces résultats démontrent l’impact de l’équilibre des plantes sur l’efficacité de la fertilisation et contribueront à l’amélioration des pratiques agronomiques dans les cultures pérennes. 

  • Comment les étudiants de la FGSE perçoivent-ils le changement climatique dans les réseaux sociaux ?

    Comment les étudiants de la FGSE perçoivent-ils le changement climatique dans les réseaux sociaux ?

    Un postulat de ce travail de Bachelor réalisé en 2021 par Anastasia Conrad sous la conduite de la Prof. Marie-Elodie Perga : une communication efficace sur le changement climatique, notamment sur les réseaux sociaux, est indispensable pour inciter tout un chacun à l’action puisque le changement climatique est un des défis majeurs du 21e siècle et que l’engagement individuel pour y faire face semble primordial à son auteure dans la mitigation de ce problème. 

    Un miroir tendu par un travail de Bachelor

    Une enquête, sous la forme d’un questionnaire avec QCM et questions ouvertes sur la perception de cette question et le rôle de quelques réseaux sociaux choisis, a été envoyée aux étudiants de la Faculté des géosciences et de l’environnement (FGSE).

    Parmi les personnes interrogées et les quelques 74 réponses obtenues, 92% affirment utiliser les réseaux sociaux et 63% disent être déjà passé à l’action suite à un message sur les réseaux sociaux. Pour l’auteure, ces résultats soulignent l’importance des réseaux sociaux dans la communication du changement climatique. Des résultats multiples issus de l’enquête, il ressort pour l’essentiel que les messages sur les réseaux sociaux concernant le réchauffement climatique sont avant tout relayés, d’après les étudiants interrogés, par des groupes activistes et qu’ils sont plutôt de l’ordre de la sensibilisation que de l‘incitation à l’action directe. Les informations en provenance de scientifiques, qu’ils soient du domaine concerné ou non, sont rares sur les réseaux sociaux d’après les répondants. Les résultats reposent sur une solide analyse statistique pour la population étudiée.

    L’étude vient démontrer, quant aux réseaux sociaux les plus utilisés et au format dominant, que les étudiants de FGSE se montrent particulièrement attachés à Instagram et à son format de message principal « photo + texte ». En effet, ce réseau diffuse un grand nombre de messages sur le changement climatique pour 75% des étudiants interrogés, et le format qui y correspond revient dans près de la moitié des réponses. Au vu du taux d’utilisation très élevé de ce réseau par les jeunes en Suisse, et du lien prononcé entre le réseau social et le format du message, on ne peut cependant pas tirer de généralités de ces deux résultats comme caractéristiques du discours sur le changement climatique.

    La seule caractéristique des messages pour laquelle une corrélation avec l’incitation à l’action a été trouvée est l’abonnement à des chaînes ou pages communiquant sur le changement climatique. On ne connait cependant pas la nature de ce lien : il serait pertinent d’étudier les fondements de ce rapport plus en profondeur, à savoir établir l’existence ou non d’un lien de causalité entre ces deux variables. 

    Finalement, une comparaison entre les individus qui utilisent les réseaux sociaux et ceux ne les utilisent pas pourrait être réalisée pour compléter cette étude : cela permettrait de tester l’efficacité du type de communication en question.

    D’après l’auteure de l’étude, un autre constat intéressant est que, si l’on met en relation le fait que la population ciblée par le questionnaire est constituée d’étudiants universitaires en environnement et géosciences et le constat que les informations proprement scientifiques restent rares sur les réseaux sociaux d’après les étudiants interrogés (elles sont mentionnées dans 7% des réponses seulement), on peut supposer que les individus ne faisant pas partie de ces cercles sociaux sont encore moins exposés aux messages directs de scientifiques. Si l’on s’appuie sur cette conjecture, la création d’un dialogue entre les scientifiques et la population paraît compliquée. Or c’est un élément important dans l’amélioration de la confiance en la science, qui est une étape clé de la communication autour du changement climatique. L’auteure conclut qu’afin d’améliorer la portée des messages provenant de scientifiques, une collaboration plus étroite avec des groupes activistes pourrait être envisagée. Ainsi, pour l’auteure, les informations et résultats relevés au cours de ce travail de Bachelor permettent de se faire une idée de la communication sur le changement climatique sur les réseaux sociaux, mais aussi d’imaginer de nouveaux questionnements et perspectives sur ce sujet.

    Un article rédigé par Anastasia Conrad

  • Muer : un comportement contant la longue histoire des arthropodes

    Muer : un comportement contant la longue histoire des arthropodes

    « Une étude interdisciplinaire de la mue des arthropodes », tel est le projet Sinergia qui voit le jour, grâce à une collaboration entre Allison Daley , spécialiste à l’Institut des sciences de la Terre des fossiles et de l’évolution animale au Cambrien, Marc Robinson-Rechavi et Robert Waterhouse (Département d’écologie et évolution de l’UNIL) ainsi qu’Ariel Chipman (Université hébraïque de Jérusalem).

    Comment ce projet est-il né ? Comment une équipe qui réunit des spécialistes en paléontologie, génomique évolutive, bioinformatique, évolution et développement va-t-elle fonctionner ?

    La Prof. Allison Daley nous le raconte, et nous explique ce que ce projet signifie pour elle.

    Découvrons un peu plus en quoi consiste ce projet.

    Les arthropodes, un succès planétaire

    Comment expliquer le succès évolutif des arthropodes ? Aucun groupe animal ne présente autant d’espèces sur Terre (6,8 millions !) ou une telle diversité de formes. Ils sont présents dans virtuellement tous les environnements terrestres et dans toutes les fonctions d’un écosystème, et cela depuis leur origine, il y a 500 millions d’années !

    Ce fossile immortalise un trilobite Acidaspis coronata en pleine mue. Trouvée au Royaume-Uni, il a été étudiée par la professeure Allison Daley. On peut voir en haut de l’image les deux parties latérales du céphalon (les joues libres à gauche et à droite) se séparer de la tête. Photo : Harriet Drage. Spécimen OUMNH C.17494

    Pour comprendre l’évolution de la vie sur Terre, vouloir élucider ce qui a fait le succès de ce groupe animal constitue donc un excellent point de départ. Le corps segmenté des arthropodes, qui leur offre une « modularité », serait-il à l’origine de leur grande diversification ? Ce corps est en effet protégé par un exosquelette segmenté qui impose à l’individu de le remplacer périodiquement pour grandir.

    C’est à cet aspect de la vie des arthropodes que ce projet s’attaque : la mue. En plus d’être une étape clé pour chaque arthropode, la mue est un des seuls comportements animaux dont on peut retracer l’histoire depuis l’origine. C’est donc une porte d’entrée passionnante sur l’évolution des animaux. Une occasion rare de suivre un comportement complexe au fil du temps.

    Étudier les mues chez des espèces éteintes : une mission impossible ?

    Allison Daley rêve de voyager dans une machine à remonter le temps pour aller observer les arthropodes du passé – même si certains scorpions marins de plus de 2 mètres devaient être assez terrifiants. Comment procéder, quand on est cantonnée à étudier les traces fossiles ? 

    Une cigale moderne du genre Magicicada en train de muer : un spectacle toujours saisissant. Photo : Dan Keck (licence CC0 1.0)

    Un arthropode mue plusieurs fois au cours de sa vie, mais il ne meurt qu’une fois. Si tout est préservé, on retrouve donc plusieurs mues de tailles croissantes au fur et à mesure que l’animal grandit, et une carcasse unique à la fin. Dans les sites fossiles où les tissus mous sont préservés, c’est un jeu d’enfant : si des organes internes mous sont présents, on a affaire à une carcasse, sinon, on peut être sûr que c’est une mue.

    Hélas, 99% des sites fossiles ne préservent pas les tissus mous. On doit alors chercher des preuves que l’exosquelette s’est ouvert et que l’animal en est sorti. Mais parfois des équipes décrivent des fossiles qu’ils pensent être des mues selon une liste de critères, en considérant le contexte du dépôt, alors que d’autres équipes le contestent. Cela donne lieu à de nombreux débats !

    Que nous apprennent les arthropodes disparus sur le monde d’aujourd’hui ?

    Pour comprendre la diversité qui est sous nos yeux, nous devons nous tourner vers le passé. Il y a plus de 300 millions d’années, les trilobites possédaient par exemple une mue étonnante : une même espèce pouvait muer de plusieurs façons différentes, selon la situation ! Aujourd’hui, les arthropodes ont un seul mode de mue. S’il échoue, l’individu meurt. Il n’y a pas de plan B. Le comportement de mue est donc devenu plus spécifique, moins flexible. Pourquoi cette spécialisation ? Quels avantages et quelles pressions ont poussé l’évolution dans ce sens ? Peut-on aller jusqu’à dire que certains groupes – comme les trilobites – se sont éteints à cause de leur mode de mue ? 

    Allison Daley et ses collègues espèrent pouvoir répondre à certaines de ces questions. Et ainsi lever en partie le voile sur l’impressionnante diversification des arthropodes modernes, mais aussi sur la sensibilité de certains groupes à l’extinction.

    Sortir des eaux : différentes voies pour un même objectif

    La terrestrialisation constitue un événement majeur de l’évolution, le moment où la vie végétale et animale (la vie macroscopique) a conquis la terre ferme. Tous les grands groupes d’arthropodes (crustacés, insectes, chélicérates et myriapodes) ont connu des adaptations au mode de vie terrestre. Cette conquête du milieu terrestre s’est-elle produite plusieurs fois ? Était-ce quatre fois (soit, une fois dans chaque lignée) ? Ou bien certaines lignées ont-elles fait des allers-retours entre formes terrestres et aquatiques ? Autant de questions qui restent ouvertes.

    Une chose est cependant certaine : pour passer de l’eau à l’air libre, les arthropodes ont dû transformer leur façon de muer. Mais la manière dont un comportement si complexe se modifie de façon aussi drastique (et cela sans doute à plusieurs reprises dans l’histoire des arthropodes !) demeure, elle aussi, énigmatique. L’équipe interdisciplinaire mise en place dans le cadre de ce projet réunit des spécialistes des fossiles, mais aussi des gènes et de leur expression, et des bioinformaticiens. Cela devrait permettre des avancées majeures dans la compréhension de ces bouleversements.

    Pour aller plus loin 
    • ANOM Lab, le site du groupe de recherche d’Allison Daley

    Des publications d’Allison Daley sur le sujet

  • Une bourse Mobi.Doc pour l’Arizona State University

    Une bourse Mobi.Doc pour l’Arizona State University




    Medhi Bida, doctorant à l’Institut de géographie et durabilité, fait partie de la toute première volée de récipiendaires de Mobi.Doc. Découvrez son projet ! Il partira à Arizona State University pour approfondir la dynamique économique des villes.

    « Attention au gap » – L’écart en termes de richesse économique se creuse entre les grandes et les petites villes. Quels sont les facteurs qui expliquent cette croissance des inégalités ?

    Quelles seront les grandes implications de votre projet scientifique ?

    Mehdi Bida : Depuis les années 1980, certaines villes américaines, mais aussi européennes, concentrent de plus en plus les richesses et les profils créateurs de richesse économique (généralement, les personnes à haut niveau d’éducation). Elles deviennent dans le même temps de moins en moins vivables pour les personnes actives dans les secteurs à faible valeur économique ajoutée. Grâce à une approche systémique, je voudrais comprendre le rôle de la dynamique micro des différents profils de compétence dans cette croissance macro des inégalités entre les villes. L’objectif est de mieux comprendre l’impact de certains facteurs, notamment l’automatisation de la production industrielle, sur l’évolution de la performance économique des villes en fonction des profils de compétence professionnelle (tels que les financiers, les informaticiens, les ouvriers spécialisés, etc.) qui s’y trouvent.

    Que va vous apporter cette mobilité ?

    MB : Au niveau scientifique, cette mobilité me permettra de collaborer (avec tous les apports qui en découlent) avec des spécialistes des économies urbaines américaines et de leur modélisation, qui sont les deux aspects centraux de ma thèse. À côté de cela, cette mobilité sera aussi pour moi l’occasion de faire de nouvelles connaissances, d’étendre mon réseau professionnel, mais aussi d’enrichir ma vision de mon domaine de recherche. Je travaillerai en effet avec des chercheurs dont les approches et spécialisations diffèrent quelque peu de ceux des chercheur·e·s du domaine à l’IGD.

    Pourquoi l’Arizona State University ?

    MB : L’idée de collaborer avec le Dr. Shade Shutters, qui supervisera mon travail à ASU, a émergé récemment. Cette idée est devenue plus concrète lorsque j’ai eu l’opportunité d’interagir avec la Prof. Céline Rozenblat et lui concernant ma thèse, mais aussi lorsque j’ai collaboré avec lui sur un projet concernant la résilience économique des villes russes, aux côtés d’autres membres de notre groupe de recherche. Au vu des connaissances et de l’expérience de l’approche systémique des économies urbaines américaines de Shade Shutters, nous avons directement vu l’intérêt de collaborer avec lui sur l’un des articles qui sera dans le corps de ma thèse.

    Un conseil pour les futurs candidats à des projets de mobilité ?

    MB : L’élaboration du dossier de candidature peut être rebutante, mais il ne faut pas se décourager. Rédiger la demande de projet s’est révélée être très formateur pour moi. Cela m’a aussi permis de mettre au clair certains points relatifs à mes connaissances scientifiques. Bien sûr, la constitution de la candidature nécessitait de maîtriser les aspects scientifiques, la motivation, la vision, etc. Ma maîtrise de ces aspects a aussi progressé grâce à l’élaboration du projet. 

    De ce fait, j’aurais donc deux conseils : premièrement, il ne faut pas hésiter à se lancer, même s’il y a des points qui ne sont pas encore clairs ! Deuxièmement, lors de la phase d’élaboration, il faut être prêt à questionner les points qui semblaient d’emblée être clairs, mais qui se révèlent être des défaillances dans l’argumentation et de la cohérence du projet.

    Pour aller plus loin

  • A Novel Approach for Quantifying Rockfall and Rock Mass Failure : Point Cloud Analysis of Pluri-Decennial Rockfall Activity and Characterization of Thermally Induced Rock Deformation

    A Novel Approach for Quantifying Rockfall and Rock Mass Failure : Point Cloud Analysis of Pluri-Decennial Rockfall Activity and Characterization of Thermally Induced Rock Deformation

    Thèse soutenue par Antoine Guérin, le 24 juin 2021, Institut des sciences de la Terre (ISTE)

    L’évolution naturelle des versants rocheux engendre des chutes de blocs et des éboulements qui menacent directement les communautés montagnardes et leurs réseaux de transports. Pour évaluer le risque représenté par ces phénomènes, il est nécessaire de connaître leur fréquence.

    Bien que des inventaires historiques existent, la fréquence des chutes de blocs n’est pas aussi bien connue que celle des séismes ou des inondations, pour lesquels les spécialistes définissent couramment, par exemple, une crue décennale. Cela est dû au fait que de nombreux évènements ne sont pas observés et que les éboulements ne sont pas répertoriés aussi systématiquement que les autres risques naturels. L’analyse des inventaires historiques révèle que de nombreux évènements se produisent en été, lors de périodes ensoleillés et aux heures les plus chaudes de la journée. Ainsi, au même titre que les précipitations ou les cycles gel-dégel, on peut penser que les effets thermiques (température/ensoleillement) sont impliqués dans le déclenchement des éboulements.

    Afin de surmonter les limites associées aux inventaires historiques et étudier l’impact des effets thermiques sur le comportement de la roche, une approche innovante combinant différentes techniques de mesures instrumentales et in-situ a été développée au cours de ce travail de doctorat. Son objectif principal est de quantifier l’activité pluri-décennale des éboulements et de caractériser la déformation rocheuse induite par les effets thermiques. Pour l’atteindre, plusieurs parois granitiques ont été investiguées dans le massif du Mont-Blanc (France) et dans la vallée du Yosemite (U.S.A.) à l’aide du scanner laser terrestre, de la photogrammétrie et de l’imagerie thermique infrarouge.

    La première partie de cette étude présente un inventaire unique de plus de 500 chutes de blocs détectées entre 1976 et 2017. Les 11 années de surveillance réalisées dans le massif du Mont-Blanc ont permis de caractériser très précisément l’activité érosive d’une paroi rocheuse affectée par un éboulement majeur de près de 300’000 m³ en juin 2005.

    La reconstruction 3-D d’anciennes topographies à l’aide d’images d’archive a permis de « remonter dans le temps » et de quantifier 40 années d’activité de chutes de blocs dans deux falaises de la vallée du Yosemite. Cette recherche nous a donné la possibilité de relier plus précisément les activités passées et récentes des chutes de blocs, de détecter les cicatrices d’éboulements encore actives et de déterminer les zones de faiblesse des falaises étudiées. Un système d’érosion impliquant des volumes de plus en plus importants et une progression de l’instabilité vers le haut a notamment été identifié à deux reprises. Ces résultats fournissent de nouvelles connaissances sur les fréquences de chutes de blocs et les taux d’érosion qui façonnent les parois rocheuses granitiques de moyenne et haute altitudes.

    La deuxième partie de cette thèse est consacrée à la caractérisation thermique des écailles rocheuses partiellement détachées. Intégralement réalisé au Yosemite, ce travail a permis d’imager 24 heures de dilatation rocheuse induite par les effets thermiques. Ainsi, pour la première fois, des images 3-D de déformations millimétriques ont pu être comparées aux images 2-D des températures de surface du rocher. Nos analyses montrent que la portion de l’écaille qui se déforme le plus correspond non seulement avec la zone où l’ouverture de la fracture est la plus grande, mais également avec celle où les variations de température du rocher sont les plus importantes. De plus, les images thermiques révèlent que les écailles partiellement détachées présentent des températures nocturnes plus froides que la roche environnante non fracturée. Cette découverte inédite, indépendante de la dimension des écailles, apporte une nouvelle méthode de détection à distance des compartiments partiellement détachées, et donc, potentiellement instables.

    La recherche menée dans le cadre de cette thèse de doctorat démontre que la reconstruction topographique, dérivée de l’imagerie d’archives, permet de réévaluer le volume des grands éboulements survenus au XXe siècle. Combinée à une surveillance actuelle, cette approche permet de corriger et de compléter les inventaires historiques, et de déterminer des fréquences de chutes de blocs plus représentatives. La détection à distance des écailles rocheuses partiellement détachées par imagerie thermique représente une avancée significative; elle ouvre de nouvelles perspectives pour améliorer les analyses de susceptibilité aux éboulements et les études de risque dans les territoires montagneux.

  • On Spatio-Temporal Data Modelling and Uncertainty Quantification using Machine Learning and Information Theory

    On Spatio-Temporal Data Modelling and Uncertainty Quantification using Machine Learning and Information Theory

    Thèse soutenue par Fabian Guignard, le 21 juin 2021, Institut des dynamiques de la surface terrestre (IDYST)

    Les observations référencées dans l’espace et le temps surviennent dans de nombreux domaines. Malgré l’intérêt croissant pour ce type de données, la boîte à outils permettant leur exploration, leur compréhension et leur modélisation est incomplète. Traitant des dépendances non-linéaire, les algorithmes d’apprentissage automatique (Machine Learning, ML) sont bien adaptés pour prédire des phénomènes complexes. Cependant, l’interpolation d’observations spatio-temporelles avec du ML est encore peu étudiée. De plus, la quantification de l’incertitude, qui permet d’évaluer la confiance de chacune des prédictions de l’algorithme, est souvent insatisfaisante, voir même inexistante.

    Ce travail porte sur l’exploration et l’interpolation de telles données. Il propose un cadre aux algorithmes de ML afin de les modéliser, ainsi que des méthodes de quantification de l’incertitude pour un type particulier de réseaux de neurones. De plus, il propose également l’utilisation de mesures provenant de la théorie de l’information comme outils d’investigation.

    Les contributions méthodologiques de cette thèse peuvent trouver une vaste quantité d’applications dans plusieurs domaines de recherche où l’exploration, la compréhension, l’interpolation et la prévision de phénomènes spatio-temporels complexes sont de la plus haute importance. Dans ce travail, elles sont appliquées à diverses données environnementales telles que la vitesse du vent, la température et la pollution urbaine, ceci à diverses échelles spatiales (de l’échelle urbaine à l’échelle mondiale) et fréquence temporelles (de 1Hz à une fréquence journalière).

    Une attention particulière est portée à la vitesse du vent en Suisse. L’interpolation est effectuée avec plusieurs type de réseaux neuronaux à l’aide de variables explicatives tirées de la topographie du terrain, fournissant pour chaque heure sur dix ans une carte de vitesse du vent à une résolution spatiale de 250 mètres. Ce type de modélisation est crucial pour procéder à des estimations de potentiels d’énergies renouvelables, ainsi que des évaluations des risques et des dangers naturels. La connaissance de son incertitude à chaque point de l’espace et du temps nous permet de quantifier la précision de l’estimation, ce qui est indispensable pour fournir des outils pertinents d’aide à la décision.

  • L’Allemagne est assise sur une énorme réserve de lithium

    L’Allemagne est assise sur une énorme réserve de lithium

    Sébastien Pilet, Institut des sciences de la Terre

    Essentiel pour la fabrication de batteries, le lithium doit faciliter la transition énergétique et permettre de tenir les objectifs climatiques des grands États. L’Allemagne veut exploiter l’un des plus grands gisements de lithium au monde, situé dans la vallée du Rhin.

    Une interview de Sébastien Pilet, professeur titulaire à l’Institut des sciences de la Terre

  • De nouvelles mesures de la diffusion du Titane dans le quartz: une nouvelle chronologie du magma

    De nouvelles mesures de la diffusion du Titane dans le quartz: une nouvelle chronologie du magma

    Dans une publication récente, Michael Jollands, Elias Bloch et Othmar Müntener présentent de nouvelles mesures de la diffusivité du Ti dans le quartz. Ces mesures, qui diffèrent de résultats précédents de plus de deux ordres de grandeur, permettent de réévaluer la chronologie et ont contribué à l’attribution du Prix EGU 2021 à son premier auteur.

    Réécrire l’histoire d’une éruption géante

    L’impressionnante formation géologique de Bishop Tuff en Californie résulte d’une éruption silicique colossale, il y a environ 800’000 ans. La coulée résultante s’étale sur plus de 1000 km2 et 150 m d’épaisseur.

    Comprendre de telles éruptions volcaniques siliciques, leur origine, leur impact potentiel sur la société et l’environnement n’est pas aisée. Et pour cause : de telles éruptions ont rarement été observées à l’époque moderne. Les dépôts des éruptions préservés dans les archives géologiques sont donc nos meilleurs alliés pour décrire le passé et prévenir l’avenir. Le Bishop Tuff sert ainsi de terrain d’essai privilégié en la matière.

    Michael C. Jollands,  Elias Bloch, Othmar Müntener
    New Ti-in-quartz diffusivities reconcile natural Ti zoning with time scales and temperatures of upper crustal magma reservoirs
    Geology (2020) 48 (7): 654–657

    C’est par l’étude du quartz, ce minéral qui se forme généralement dans les systèmes magmatiques siliciques et alimente ces éruptions, que les géologues tentent de retracer l’histoire de la dynamique de notre Terre. Le quartz contient l’enregistrement des processus allant de leur cristallisation initiale, en passant par leur croissance, jusqu’à leur refroidissement final à la surface terrestre. Il a la capacité de nous dévoiler l’évolution thermique, chimique et temporelle des systèmes magmatiques.

    Calibrer au mieux cet outil est donc essentiel, et c’est en cela que cette nouvelle étude constitue un maillon fondamental.

    Le titane : moins rapide que prévu !

    Le titane (Ti) est l’un des nombreux éléments traces – en quantité infime – qui se substituent au silicium dans le quartz. La capacité de diffusion dans le minéral, qui dépend fortement de la température, est ainsi utilisée par les géologues comme un géochronomètre

    Les profils de concentration de Ti, généralement interprétés comme résultant partiellement de la cristallisation et partiellement de la diffusion, sont maintenant couramment analysés pour comprendre un large éventail de phénomènes géologiques. Cette technique a permis par exemple d’estimer le temps nécessaire à la formation de gisements de minerais porphyriques (qui offrent entre autres les « marbres antiques ») et de dater des événements métamorphiques. Elle permet aussi de déterminer pendant combien de temps et à quelles températures le quartz a cristallisé avant une éruption volcanique, lors de son séjour dans le magma de la croûte terrestre peu profonde.

    Les résultats de cette nouvelle étude de Jollands et de ses collègues sont saisissants : la diffusion du Ti serait de deux à trois fois plus lente que celle déterminée dans des travaux antérieurs. Ces nouvelles mesures du Ti-in-quartz peuvent paraitre étonnantes, mais elles réconcilient de fait les échelles de temps déduites de la diffusion du Ti avec celles déterminées à l’aide des radio-isotopes et des autres chronomètres de diffusion. En revisitant cette technique, les auteurs ont ainsi aidé à établir une théorie conforme à toutes les études existantes.

    Un travail primé qui dessine notre échelle du temps

    Cette étude novatrice a fait l’objet de vifs débats (Comment et Reply) et a valu à son premier auteur, Michael Jollands, le Prix EGU 2021 Outstanding Early Career Scientist de la division Geochemistry, Mineralogy, Petrology and Volcanology.

    Au côté d’autres études de M. Jollands, cette dernière fournit en effet à la communauté un arsenal d’outils pour délimiter l’échelle de temps des processus géologiques : de la convection et la fusion du manteau à la migration et au refroidissement du magma, en passant par les réactions métamorphiques et l’orogenèse. Ce travail a une incidence directe sur le décodage de l’histoire thermique des magmas riches en quartz, en particulier l’histoire prééruptive des éruptions siliciques explosives majeures.

    Après son séjour à l’ISTE dans l’équipe d’Othmar Müntener, c’est à l’Université de Columbia (New-York) que Michael Jollands poursuit aujourd’hui ses travaux sur la chimie et la physique des cristaux et leur application à notre compréhension des échelles du temps, soutenu par une bourse du Fonds national Suisse pour la recherche (FNS).

  • Mélange des solutés en milieux confinés et hétérogènes

    Mélange des solutés en milieux confinés et hétérogènes

    Thèse soutenue par Mayumi Hamada, le 21 mai 2021, Institut des sciences de la Terre (ISTE)

    Le mélange contrôle de multiples phénomènes naturels et industriels. De manière directe, lors du transport intracellulaire ou des échanges de gaz dans les poumons, ou indirectement, dans des processus entraînés par la rencontre de différentes entités : par exemple, les microbes et leurs nutriments ou les espèces impliquées dans une réaction chimique. Lorsque le mélange se produit dans des environnements confinés tel que les systèmes poreux (p. ex les sols, les tissus vivants ou les roches) l’organisation spatiale des espèces diffère de celle observée pour des systèmes non confinés.

    En effet ces milieux sont caractérisés par la présence de barrières solides et imperméables : les grains, l’espace entre les grains dans lesquels se déroule les processus de transport et de mélange est appelé les pores.

    Cette thèse vise à étudier l’impact du confinement sur le mécanisme du mélange : pour les systèmes poreux, le mélange est contrôlé par l’action combinée de i) l’advection, qui déplace les solutés, et ii) la diffusion moléculaire, qui lisse les gradients de concentration par transfert de masse. Nous allons démontrer que le confinement a un impact sur ces deux processus.

    Dans la première partie de cette thèse, nous utilisons la solution analytique de l’équation de diffusion unidimensionnelle afin de quantifier l’impact du confinement sur plusieurs mesures de mélange. Nous montrons que la solution pour un domaine confiné, modélisé ici par un flux de mass nul à l’interface des pores, définit une nouvelle échelle de temps caractéristique du mélange qui est nettement réduite par rapport à l’échelle de temps caractéristique dans un domaine non confiné. Ces observations montrent que le mécanisme d’homogénéisation par diffusion est renforcé par la présence de barrières imperméables et, par conséquent, le mélange se produit beaucoup plus rapidement en milieu confiné.

    Dans la seconde partie de la thèse, nous proposons une nouvelle méthode de mesure du coefficient de diffusion d’un traceur (sous forme de colloïdes en suspension ou de substances dissoutes), basée sur l’évolution spatio-temporelle du champ de concentration c(x, t) du traceur considéré. La mesure consiste à ajuster la solution analytique de c(x, t) (dérivée en supposant le transport fickien et la conservation de la masse) au profil mesuré, en utilisant D comme la variable d’ajustement. La méthode proposée fournit une estimation pour D avec une intervalle de confiance de 3%. Finalement, nous avons utilisé la réplique d’un milieux poreux, construit sous la forme d’une puce micro-fluidique, pour étudier le taux et la dynamique du mélange d’un soluté transporté par un écoulement laminaire dans l’espace confiné des pores.

    Au sein de la puce micro-fluidique, les grains du milieu poreux sont représentés par des cylindres verticaux, disposés à la manière de colonnes. Les distances qui les séparent, représentant les pores, suivent une distribution prescrite, qui contrôle l’hétérogénéité du flux. Nous avons ensuite utilisé un traceur fluorescent pour visualiser le déplacement d’un soluté dans notre milieu poreux. Nos observations montrent que les modèles récents développés pour décrire le mélange d’un soluté transporté par des champs d’écoulement hétérogènes ne permettent pas de prédire le mélange à l’échelle du pore car ils ne tiennent pas compte du confinement.

    Ce résultat démontre la nécessité de développer un modèle de mélange à l’échelle du pore qui tiennent compte à la fois des barrières solides et imperméables (les grains) et des valeurs locales d’étirement. Pour étudier cela, nous combinons nos expériences à des simulations numériques de l’écoulement (solution de Stokes), du suivi des particules (intégrant des équations de mouvement) et de la conservation de la masse (résolution de l’équation de diffusion par advection).

  • Contraintes liées à la genèse des volcans de type petit-spot : études numériques sur le processus de subduction des plaques océaniques et sur la migration des magmas

    Contraintes liées à la genèse des volcans de type petit-spot : études numériques sur le processus de subduction des plaques océaniques et sur la migration des magmas

    Thèse soutenue par Annelore Bessat, le 25 mai 2021, Institut des sciences de la Terre (ISTE)

    La découverte par des chercheurs japonais en 1997 de petits volcans sur le plancher océanique de la plaque pacifique a été une grande surprise scientifique. En effet, la présence de volcans au front de la zone de subduction, région où aucun plume mantellique profond n’est connu, remet en question l’hypothèse de formation du volcanisme intra-plaque. L’hypothèse proposée pour la formation de ces volcans, dits de type petit-spot, est que la lithosphère océanique (c.-à-d., le plancher océanique couplé au manteau lithosphérique), va subir une flexion lors de la subduction, produisant une extension à sa base, permettant l’extraction de petites quantités de magmas préexistants à la base de la lithosphère. La remontée de ces magmas serait associée au développement de fractures à l’échelle lithosphérique permettant à ces magmas de migrer en surface et de former les volcans sur le plancher océanique. Cette hypothèse de formation ne repose que sur des observations générales et aucun modèle physique n’a été développé pour les tester. 

    Le but de cette thèse est de mieux comprendre la formation de ces volcans en utilisant des modèles numériques. Un premier modèle a été développé pour contraindre mécaniquement la flexure d’une lithosphère océanique dans une zone de subduction. Ce modèle, réalisé en 2D, couple les processus mécaniques et thermiques pour permettre de simuler une zone de subduction. Il permet également d’étudier les contraintes et les déformations d’une lithosphère océanique fléchie, ainsi que d’identifier les paramètres clés qui ont un impact sur la déformation d’une zone de subduction. La comparaison entre la topographie et l’anomalie de gravité de notre modèle avec des données naturelles de bathymétrie et d’anomalie de gravité à l’air libre dans la région de la fosse des Mariannes montrent que les champs de densités choisis et le comportement de la flexure modélisée sont compatibles avec des données naturelles.

    Les résultats de cette étude montrent :

    1. que dans la partie supérieure de la lithosphère, les déformations élastiques et plastiques (cassantes) sont dominantes;
    2. que dans la partie inférieure de la lithosphère, les déformations visqueuses (ductiles) dominent;
    3. La magnitude et la distribution des contraintes déviatoriques, qui illustrent les régions en compression ou en extension, montrent que les valeurs maximales se situent dans la partie supérieure de la lithosphère et dans la région de la flexure.

    En revanche, ces valeurs sont proches de zéro dans la partie inférieure de la lithosphère, ce qui implique qu’il n’y a pas d’extension significative à la base de la lithosphère.  

    Le deuxième modèle numérique est un modèle en 1D qui couple les processus mécaniques hydrologiques, thermiques et chimiques afin de simuler l’extraction de magma à la base de la lithosphère. Le processus de transport du magma se fait grâce aux vagues de porosité « porosity waves ». Ce modèle permet d’étudier d’une part, les mécanismes liés à la percolation et à l’extraction de magmas à la base de la lithosphère dans un milieu où la déformation est visqueuse, et d’autre part, d’investiguer l’interaction physico-chimique entre le solide et le magma. Les résultats montrent que la concentration totale en silice et la température ont un impact important sur la vitesse de migration du magma. Les résultats d’un modèle préliminaire en 2D mettent en évidence que la vitesse des magmas varie entre 1 et quelques centaines de mètres par an, suivant la viscosité du magma et que ces valeurs sont comparables aux vitesses des magmas estimées au niveau des rides médio-océaniques. 

    Les résultats des deux études numériques montrent que la formation des volcans petit-spot est complexe. En particulier, nos études remettent en question le modèle de formation des volcans de type petit-spot lié à la présence de fracture se propageant jusqu’à la base de la lithosphère. En effet nos modèles prédisent que la partie inférieure est dominée par une rhéologie ductile, rendant impossible le développement de telles fractures. Nos observations sont, au contraire, compatibles avec un modèle alternatif proposant une vision dynamique de l’extraction des magmas. Dans ce modèle, des magmas présents initialement à la base de la lithosphère commencent par percoler et interagir avec la base de la lithosphère, processus produisant un enrichissement dit « métasomatique » de cette région. Dans un stade plus avancé, de petites quantités de magmas, après avoir interagi avec la base de la lithosphère métasomatisée, vont pouvoir atteindre la partie cassante de la lithosphère, permettant le développement de fractures jusqu’à la surface et vont ainsi former les volcans de type petit-spot en surface.