Quels seront les impacts environnementaux du changement climatique dans les fjords du sud du Groenland ?

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Un projet de recherche interdisciplinaire sera initié en été 2022

Laine Chanteloup, Institut de géographie et durabilité
Samuel Jaccard, Institut des sciences de la Terre

Dans le cadre du projet financé par le Swiss Polar Institute, Greenlandic Fjord ecosystems in a changing climate: Socio-cultural and environmental interactions, Laine Chanteloup (Institut de géographie et durabilité) et Samuel Jaccard (Institut des sciences de la Terre) feront partie d’une équipe interdisciplinaire de scientifiques, qui auront pour objectif de comprendre l’écosystème des fjords du Groenland dans le contexte du changement climatique.

© Biserko | Dreamstime.com

Quel est l’objectif de ce projet ? 

L’objectif du projet est de mieux comprendre l’écosystème des fjords du sud-ouest du Groenland et de son évolution possible dans le contexte du changement climatique. Il s’agira également d’établir des modèles capables de prédire l’évolution de cet écosystème et de son climat, et d’en dessiner les conséquences pour les communautés locales. De multiples analyses seront effectuées au niveau de la cryosphère, de l’océan, de l’atmosphère, des sols et de la biosphère. La population locale sera également impliquée et des entretiens seront menés afin d’évaluer sa relation et sa dépendance à l’écosystème des fjords. Ces nouvelles connaissances visent à proposer une vision systémique des conséquences de la fonte des glaciers sur la biodiversité, en analysant les enjeux que différentes transformations de l’écosystème peuvent avoir sur les communautés locales qui vivent en partie de la pêche et de l’agriculture tout en développant une meilleure modélisation des transferts de carbone entre les différents réservoirs naturels.

Comment est né ce projet ? 

Cette démarche a été initiée suite à l’appel à projet du Swiss Polar Institute SPI Flagship Initiatives, destiné à financer des projets de grande envergure et de nature interdisciplinaire. Cet appel a inspiré plusieurs chercheuses et chercheurs ayant déjà travaillé ensemble lors d’expéditions en régions polaires. Une fois la thématique et le lieu de recherche identifiés l’équipe s’est constituée au fur et à mesure de l’élaboration du projet. L’éventail disciplinaire couvert par les membres de l’équipe permettra une approche systémique et interdisciplinaire. 

Pourquoi le sud du Groenland en particulier ?

Le choix du projet s’est porté sur le sud Groenland pour diverses raisons : i) il s’agit d’une région où le réchauffement climatique est plus marqué que dans d’autres régions (en moyenne 2.5 à 3°C contre 1.1°C sur l’ensemble de la planète) et où ses conséquences sont particulièrement visibles; ii) le nord du Groenland a déjà fait l’objet de plusieurs études contrairement à la partie sud; iii) les fjords représentent des interfaces intéressantes entre milieux terrestres et océaniques, tout en étant soumises à l’influence de la fonte des glaciers ; iv) la présence de zones habitées permet d’intégrer une dimension supplémentaire à cette recherche et d’évaluer l’impact du changement climatique sur le mode de vie des sociétés locales et de leur perception de ce changement sur leur environnement. 

Quels seront vos rôles respectifs dans l’équipe ?

Laine Chanteloup : Je travaille depuis plusieurs années avec les peuples autochtones de l’arctique canadien sur l’évolution des relations socio-culturelles à l’environnement. Mon rôle dans ce projet sera dans un premier temps de mieux appréhender les manières de penser les relations entre les Groenlandais et l’environnement des fjords, puis nous nous intéresserons à leurs perceptions de l’évolution des paysages en contexte de changement climatique et comment ils vivent ces transformations. Un défi considérable dans cette démarche sera de pouvoir dialoguer avec les habitants puisque les deux langues les plus parlées au Groenland sont le Kalaallisut et le danois. 

Samuel Jaccard : J’animerai la partie « océan » et en particulier la documentation du cycle du carbone dans les fjords : ce cycle dépend de nombreux facteurs dont la présence de micro-algues de surface qui captent le CO2 présent dans l’air.  Lorsque les glaciers fondent de la matière organique et des nutriments supplémentaires sont potentiellement transférés dans la mer. La question est de savoir comment cet afflux d’eau douce influence la circulation océanique des fjords et dans quelle mesure l’apport de nutriments affecte la captation du CO2. Sera-t-elle en augmentation avec l’augmentation des algues de surface ou au contraire en diminution ? Deux expéditions de 2 à 3 semaines sur un bateau de recherche sont prévues en 2023 et 2024. Lors de ces expéditions des mesures sur des facteurs océaniques et atmosphériques seront effectuées. Le navire étant un brise-glace, il sera possible de pénétrer assez loin dans les fjords et de se rapprocher des glaciers.

Quels seront les défis de ce travail interdisciplinaire ? 

Dans un premier temps, il sera nécessaire que les membres de l’équipe apprennent à bien comprendre les diverses approches disciplinaires de chacune et chacun.

Les aspects logistiques seront également très importants. L’environnement du sud du Groenland est un environnement isolé où les conditions climatiques peuvent s’avérer changeantes pour la mise en œuvre de recherches de terrain ce qui appelle à une organisation minutieuse afin de garantir leur bonne marche. Comme beaucoup de personnes seront impliquées, il faudra bien planifier la gestion du matériel et la coordination des différentes activités sur place. 

Une des premières actions à mener sur le terrain cet été sera de pouvoir bien informer et obtenir des retours de la population locale sur le contenu et les objectifs du projet. Le Groenland fait l’objet de diverses recherches dont certaines en lien avec les ressources minières et pétrolières du pays. Celles-ci ne sont pas toujours bien perçues par les habitants et créent parfois de la défiance envers les équipes de scientifiques. Des contacts ont déjà été établis avec les autorités groenlandaises afin d’expliquer le projet et d’obtenir les différents permis de recherche, mais ce travail d’explicitation des actions de recherche est nécessaire à différentes échelles des gestionnaires aux habitants.

Finalement il sera également nécessaire de veiller à maintenir un équilibre entre le nombre de personnes sur place et la population locale. Il sera opportun que plusieurs membres de l’équipe se retrouvent sur le terrain pour partager leurs expériences et mener des actions communes, tout en essayant de créer des relations de confiance avec les habitants. 

Les activités devraient se concentrer en juillet et août pour la plus grande partie des membres : à cette période, les conditions météo sont les plus favorables pour les expéditions en mer ou dans les fjords. C’est également à ce moment que la fonte des glaces est la plus importante et que l’on peut en mesurer les effets. Pour les études en lien avec la population locale il est parfois préférable de s’y rendre durant l’année, en dehors de la période estivale où les personnes sont très occupées et n’ont pas forcément beaucoup de temps à accorder aux chercheurs. 

Cette première année de terrain va être très importante pour installer le projet, identifier les zones d’études intéressante, ainsi que pour entrer en contact avec les habitants et dialoguer autour de notre démarche.

Quel est votre état d’esprit quelques mois avant la première étape sur le terrain ? 

Laine Chanteloup : Je suis enthousiaste de pouvoir commencer à travailler avec les Groenlandais, la découverte de cette île et des communautés qui y vivent. C’est toujours plaisant de découvrir de nouvelles personnes et de dialoguer avec une société inuit différente des partenaires Nunavimmiut (habitant du Nunavik, région nord de la province de Québec) avec qui j’ai l’habitude de travailler. L’autre défi sera de s’intégrer dans une équipe avec de nouveaux collègues suisses en sciences environnementales et en sciences du climat qui travaillent sur des domaines assez éloignés de ma communauté de recherche. C’est un challenge motivant et je me réjouis de vivre cette expérience.

Samuel Jaccard : Je me réjouis beaucoup de cette nouvelle expérience. J’ai déjà participé à plusieurs expéditions en régions polaires et c’est toujours un privilège de pouvoir participer à de telles recherches. Le sud du Groenland est encore relativement peu étudié ce qui confère un aspect de découverte à ce projet. De plus nous serons une équipe regroupant des compétences dans des disciplines variées, ce qui nous permettra de mener une recherche très complète de tous les aspects du changement climatique dans un environnement donné. Le fait que deux membres de la FGSE représentant deux instituts différents y participent est un bel exemple de collaboration et cette expérience sera peut-être inspirante pour les étudiant·e·s ou jeunes chercheuses et chercheurs.

Le projet SPI Flagship Initiatives Greenlandic Fjord ecosystems in a changing climate: Socio-cultural and environmental interactions démarrera le 4 avril 2022 avec une première rencontre de tous les membres de l’équipe. Un programme de communication est prévu sur la durée du projet avec la présence de journalistes sur place et des compte-rendu réguliers des chercheuses et chercheurs sur un site web dédié.

Swiss Polar Institute

Le Swiss Polar Institute est une fondation reconnue par la Confédération. Son objectif est de faciliter les recherches dans les milieux polaires et de haute altitude (Andes, Himalaya, Alpes) afin d’observer et comprendre les mécanismes et effets du changement climatique dans ces zones sensibles. Divers financements sont régulièrement mis au concours pour soutenir principalement les aspects logistiques des projets ; une bourse est également spécifiquement dédiée aux étudiants en master ou en doctorat. 

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