Le projet de protection de la nature au défi de la ville. Perspectives et implications des solutions proposées par le WWF, l’UICN et le Programme MAB de l’UNESCO

Thèse soutenue par Gwenaëlle Ramelet le 24 février 2020, Institut de géographie et durabilité (IGD)

Ces dernières décennies, sous le double effet de l’urbanisation mondiale et de l’émergence de problématiques environnementales propres aux villes, des organisations internationales dédiées à la protection de la nature se sont mises à élaborer des programmes spécifiquement dédiés aux villes. Quelles ont été les effets de cette intégration de la ville sur les représentations de la nature à défendre qui sont véhiculées par ces organisations, et qui au-delà des seuls programmes et discours qu’elles produisent, imprègnent plus largement les conceptions de nature qui irriguent le projet international de protection ?

L’ambition de cette thèse consiste à apporter des éléments de réponse à cette question. Son originalité tient dans le fait qu’elle n’aborde pas les enjeux environnementaux associés aux villes par l’analyse d’acteurs urbains traditionnels, mais par celle de trois organisations internationales dont la mission initiale se situait très loin de la ville : l’UICN, le WWF et le programme MAB de l’UNESCO. Ce manuscrit est divisé en quatre parties.

Dans la première, nous proposons une problématisation de la relation entre la ville et la nature dans la perspective de sa protection. En rendant compte de la diversité des acceptations de ces notions et des approches scientifiques qui ont été développées pour traiter la relation ville-nature, nous montrons à quel point leur « réconciliation » est cruciale mais aussi compliquée. En nous appuyant ensuite sur les approches constructivistes de l’idée de nature, nous montrons que le sens de la nature à protéger est un enjeu de lutte, parfois indépendante de ses matérialités et dans laquelle les discours tiennent une place centrale. Cette partie se conclut par notre cadrage méthodologique pour analyser les discours et les représentations des trois organisations. Les deuxième et troisième parties sont consacrées à ces organisations.

Dans la deuxième partie, nous retraçons leur histoire, depuis leur création au milieu du vingtième siècle jusqu’à la période contemporaine. Nous rappelons les conditions matérielles de leur apparition, les débats d’idées qui les ont traversées, mais aussi l’évolution de leur organisation interne et de leur fonctionnement. Nous replaçons cette évolution dans l’histoire, plus englobante, de l’institutionnalisation du projet international de protection de la nature que ces organisations ont contribué à façonner tout en étant orientées par celui-ci. Nous concluons cette partie en décortiquant le positionnement politique contemporain des organisations par l’analyse de leurs stratégies d’actions générales.

Dans la troisième partie, nous nous concentrons plus spécifiquement sur les stratégies urbaines des organisations, et sur les représentations de la ville et de la nature qui y sont véhiculées. Nous montrons que, malgré leurs différences de taille, d’ancienneté, et d’échelles d’action, ces trois organisations sont pourtant confrontées aux mêmes difficultés pour saisir la ville. L’analyse montre que malgré une prolifération de rapports, de rencontres et d’initiatives, la ville reste un objet peu spécifié et souvent discuté de façon très abstraite.

Dans la quatrième et dernière partie consacrée à la discussion des résultats obtenus, nous nous demandons si ce constat est le signe d’une tendance plus générale à dépolitiser les questions environnementales liées aux villes, en les déconnectant des enjeux matériels. Nous suggérons qu’un discours, au sens d’un régime de vérité, serait en train de se former sur la ville, construit sur des représentations génériques et imprécises, et qui limiterait les possibilités d’émergence de discours alternatifs.

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