Compte-rendu de l’Assemblée participative du 3 février 2020

Dans cet article retrouvez les éléments clés des interventions de Mathieu Arnoux et de Bernard Stiegler, ainsi que la retranscription synthétique de l’Assemblée participative

Par Gabriel Salerno,

PRÉSENTATION DE MATHIEU ARNOUX

La notion de ressource

Ce qui nous attend vis-à-vis des problèmes environnementaux et sociétaux globaux, ce sont des transitions en ce qui concerne les ressources. C’est pourquoi il convient de revenir sur cette notion.

Le mot ressource n’a pas toujours eu la même signification au fil des siècles. Au Moyen-Âge, ce terme était synonyme de résurrection. Il signifiait aussi un moyen miraculeux d’échapper à une situation de détresse (associée au mot étroitesse) et était également utilisé pour illustrer le vol des oiseaux ou des avions. Soit absolument rien à voir avec ce que nous nommons aujourd’hui ressource.

Dans les sociétés industrielles, ce terme est devenu central et a acquis une autre signification. Il est associé à l’idée que notre monde est un grand magasin dans lequel on se sert et, partant, que tout est là pour être utilisé. On considère à tort que les ressources sont inépuisables et de facto qu’elles n’ont pas de prix. Elles sont ainsi sorties de la réflexion économique, dans le sens où leur finitude n’était pas prise en compte. De nos jours, elles y sont re-entrées, mais selon Arnoux de manière catastrophique.

La notion de ressource renvoie à un monde structuré autour de stocks, préexistants et conçus comme inépuisables, donc gratuits.

Si on n’a pas le concept et le mot de ressource dans la pensée ancienne jusqu’au milieu 18e siècle, qu’avait-on à la place ? Les textes parlaient de besoin. On ne se posait la question non pas qu’est-ce qu’il y a pour faire quelque chose, mais de quoi a-t-on besoin et surtout de quoi a-t-on légitimement besoin.

La notion fondamentale en contexte préindustriel, et la seule utilisable dans la perspective du renouvelable, est celle des besoins.

Dans les sociétés anciennes, la réflexion sur l’allocation des biens essentiels (les subsistances) se construit en termes de légitimité des besoins.

Cette évolution du mot d’un sens à l’autre, c’est-à-dire de besoin à ressource, a eu lieu avec l’apparition des combustibles fossiles. Les ressources par définition étaient le charbon.

Par conséquent, lorsque dans les textes on n’a pas la notion de ressources, c’est qu’on est en renouvelable.

L’économie politique avec des ressources renouvelables n’est pas du tout la même qu’avec des ressources considérées comme infinies. Dans la première, on est face à des goulets, des étroitesses, et par conséquent se pose la question de quoi va-t-on se servir et qui a effectivement besoin des choses à notre disposition.

La mise en œuvre des ressources renouvelables requiert un encadrement institutionnel et politique qui assure la satisfaction des besoins légitimes avant de se poser la question des ressources solvables.

Toute la question franciscaine de la pauvreté, qui engendra une bonne partie de la pensée politique et économique, est une question de ressources. C’est « l’usage pauvre » qui doit définir les fidèles, soit utiliser exactement ce dont on a besoin et rien d’autre ; sachant que cela n’est pas la même chose pour tout le monde et cela n’est pas la même chose au même moment de l’année.

Par conséquent, lorsque l’on est dans un régime d’étroitesse, c’est-à-dire dans un régime de ressources renouvelables limitées, la question politique par excellence va être d’assurer l’ordre, ou plus précisément d’assurer les ordres.

Les trois ordres politiques du Moyen-Âge

Benoit de Sainte-Maure a fait un poème sur les trois ordres : les chevaliers, les clercs et les vilains (soit les laboureurs).

Le texte de Maure est très important, car il donne la définition des trois ordres ou des trois états. Il s’agit en somme d’une théorie d’allocation des ressources. Un des ordres travaille (les vilains), les deux autres ne font rien (prient et font la guerre) et vont avoir droit à la consommation de luxe. Le premier a le droit à une consommation qui lui permet de survivre décemment et constamment.

La société était considérée comme un tabouret (l’image la plus parfaite d’un équilibre statique). Les trois ordres sont ce qui fait tenir la société ensemble. Le trône repose sur ces trois pieds. Si l’un venait à flancher, la stabilité du monarque serait compromise, voire tomberait.

On a choisi, de manière quasi désespérée et avec un effort de cohésion sociale, d’établir les laboureurs comme le troisième pilier. Ils ne sont donc pas des esclaves, mais bien des hommes libres et chrétiens. Par conséquent, sur eux autant que sur les deux autres repose la stabilité du monarque.

Ce schéma de paix social est contemporain d’une période de croissance économique et démographique importante en Europe (entre le XIe et XIIIe siècles). Or, selon Arnoux, ce sont les moments les plus dangereux pour une société lorsque, d’un seul coup, les choses se mettent à abonder et que va se poser le problème de l’accumulation et de l’allocation des ressources. On a affaire, à ce moment-là, à des moments terribles pour la paix sociale. Les trois ordres sont une manière de théoriser cette paix. Une paix néanmoins armée, car les deux ordres supérieurs (l’Eglise et les chevaliers) sont terrorisés par le risque d’un soulèvement de la paysannerie. Cette structure des trois ordres est donc une structure de négociation avec les travailleurs (les laboureurs).

Le Roman de Renart

Ce texte nous permet d’une certaine manière de vérifier par la satire et le détournement cette idée selon laquelle les trois ordres sont l’une des manières possibles de présenter la situation.

L’auteur, Pierre de Saint-Cloud, est très proche de Benoit de Sainte-Maure et il écrit son Roman de Renart en même temps que Benoit de Sainte-Maure écrit sa poésie sur les trois ordres.

Une première strate du roman dit que la haine entre le loup Ysengrin et le goupil Renart est assimilable à ce qui a déclenché la guerre de Troie. Une seconde strate dit que le viol de la louve Hersent par Renart serait le décalque du roman Tristan et Iseut.

Dans le Roman de Renart, l’Eglise n’y est pas présente, c’est-à-dire qu’il n’y a pas l’ordre des clercs. En revanche, les animaux sont les chevaliers et les humains sont les vilains. L’histoire conte ainsi la guerre entre les chevaliers et les laboureurs. Tout le reste est tourné en dérision.

Le Roman de Renart est donc l’histoire d’une société double qui est constituée de deux des trois pieds du tabouret du roi.

Cette société est une société extrêmement bizarre dans laquelle les chevaliers meurent de faim et les humains sont riches.

Le Roman de Renart est l’un des plus beaux documentaires sur ce qu’est la croissance agraire.

Il présente par ailleurs un double système de consommation. Les animaux sont en régime de flux (ils courent derrière des animaux en liberté, ce qui est très fatigant). Les paysans sont en régime de stock. Renart, toutefois, a compris que le stock est beaucoup plus intéressant ; en l’occurrence dans le roman un poulailler qui constitue un stock de poules dans lequel Renart cherche à se servir.

Les paysans sont présentés comme opérateurs de la mise en stock d’un monde où les flux de ressources sont intermittents et d’accès difficile.

Il ne s’agit pas seulement d’une interprétation. Tentateur universel, Renart est celui qui guide chacun vers le stock de biens qui paraît le plus approprié à son désir.

Le Roman de Renart est une vraie théorie. Il présente quel est le regard de la classe dominante sur la paysannerie et la société en général. Les paysans sont en train de construire des stocks et il n’est pas question que ces stocks ne profitent pas à Renart et ses amis (donc à la classe dominante).

Le romain illustre ce qu’est une société en économie renouvelable. Il y a un flux d’énergie qui fait fleurir et grandir les fruits et rythme la vie des animaux. C’est un flux dans lequel les prédateurs peuvent vivre, mais difficilement. Et si on commence à réduire l’espace de chasse des prédateurs (au profit des surfaces agricoles donc), ces derniers vont devoir se tourner vers le stock et essayer de s’en emparer.

Il s’agit d’une véritable description de la société seigneuriale et de son choix écologique parfaitement rationnel de s’emparer du stock ; ceci même si c’est radicalement opposé à tout le thème de la paix sociale vue précédemment.

En conclusion, nous nous apercevons à travers ces textes qu’au Moyen-Âge prévaut d’un côté une vision d’un monde qui prétend par le schéma des trois ordres être en équilibre, et de l’autre côté, dans les rêves et les récits satiriques, une vision d’un monde en déséquilibre total, du fait qu’il soit très difficile d’organiser une bonne allocation des ressources quand on est en régime renouvelable. Quand on est en régime de stock, ce qui règle les conflits c’est le marché. Et quand on est en régime de flux et du renouvelable, ce qui règle les conflits c’est la loi et par conséquent la présence d’institutions très puissantes. Le Roman de Renart est la description par l’absurde de cette vérité.

PRÉSENTATION DE BERNARD STIEGLER

Le début de l’hominisation (l’apparition de l’être humain) est le début de l’apparition des objets techniques. L’hominisation commence par l’augmentation du corps. L’évolution de l’être humain (préhistoire, protohistoire et histoire) est l’histoire de cette évolution des objets techniques.

La philosophie, à partir de Socrate et Platon, neutralise totalement cette dimension-ci. Elle pose en principe qu’elle est triviale et qu’elle ne présente aucun intérêt. Elle considère que la vérité est dans la contemplation. Le travail (manuel) et les artefacts sont réservés aux esclaves. Ou bien les artefacts sont l’objet des sophistes qui sont des menteurs et des vendeurs d’illusions qui utilisent les techniques pour tromper les gens. La technique étant pour la philosophie le domaine de l’illusion. Il convient de rappeler que, pour la philosophie, il faut que l’humanité dépasse l’illusion pour accéder à l’être, c’est-à-dire à ce qui est vrai ; tout cela se faisant après l’expérience des objets mathématiques, de la géométrie, des nombres qui se développent avant la philosophie et qui la prépare.

Il va y avoir un changement au 18e siècle. Il y a Johann Gottfried Herder qui imagine que la position debout est liée à l’utilisation d’outils.

L’idée de Herder sera reprise quelque temps plus tard par Marx et Engels dans leur ouvrage Idéologie allemande. Ils vont poser que l’être humain est avant tout producteur de ses organes.

Alfred Lotka a travaillé sur des modèles issus de la théorie de l’entropie – étant la théorie de la dissipation de l’énergie formalisée par Ludwig Boltzmann. Il va essayer de la mobiliser dans la théorie de la génétique des populations. Il va ainsi la transposer dans le champ de la biologie. Il est le père de l’équation dite équation de prédation de Lotka-Volterra qui calcule les rapports proie-prédateur dans les populations.

Ce travail va le mener à réfléchir sur les organes des êtres humains. Il va arriver à la conclusion que l’être humain a des organes, mais des organes qui ne sont pas biologiques, mais artificiels.

Il pose, suite aux deux Guerres mondiales et aux bouleversements qu’elles ont causés, que l’homme est un être vivant, mais que les modèles biologiques classiques ne permettent pas de penser l’homme, car ce dernier évolue beaucoup plus vite que les autres êtres vivants et accélère énormément la différenciation organologique (soit organique soit exosomatique). Lotka montre ainsi que l’être humain a des organes, mais que ce sont les organes artificiels qui comptent le plus. On peut avoir des organes biologiques totalement « débiles » au sens premier du terme – par exemple Stephen Hawkins a vécu pendant des décennies dans un corps qui ne fonctionnait pas et avec des organes artificiels. Ce qui importe, pour les êtres humains, c’est d’avoir des savoirs, de développer des organes artificiels. Car les organes naturels des plantes et des animaux sont spontanément orientés vers la production de « néguentropie ».

La néguentropie provient des travaux d’Erwin Schrödinger qui explique que le vivant est une réalité que l’on ne peut pas expliquer avec les lois de la physique, car le vivant a une capacité – différente selon les êtres vivants – de différer la loi de l’entropie. Cette dernière s’applique en principe dans l’univers d’une manière mécanique. C’est la dispersion de l’énergie. La matière étant elle-même de l’énergie, la dissipation au niveau de la matière est donc l’érosion de la matière. Schrödinger montre que les êtres vivants ont la capacité de retenir de l’énergie, de la transformer et de produire, à travers cette transformation de l’énergie et à travers des populations qui constituent des espèces, une évolution endosomatique.

Dans le cas des êtres humains, sa différence avec les autres non humains sont ses organes artificiels qu’il produit et qui sont vitaux pour lui. En effet, l’être humain est un être néoténique, soit inachevé quand il naît. Il doit tout apprendre. Le savoir chez l’être humain est absolument fondamental. Par conséquent, selon Alfred Lotka, l’être humain évolue d’une manière orthogénétique. Il considère que ce qui va guider son évolution ce n’est pas la lutte pour la vie, mais un processus de sélection qui est fait par des organisations sociales, elles-mêmes basées sur des savoirs. Sans cela, l’humanité n’est pas possible. Cela a conduit Bernard Stiegler à dire que nous ne sommes pas des organismes au sens de Jean-Baptiste de Lamarck, mais des exorganismes.

Alfred Lotka s’interroge sur l’accélération technologique, en l’occurrence celle produite par les deux Guerres mondiales. Il affirme que les techniques s’accélèrent à une vitesse folle et que nous ne prenons plus le temps de produire les savoirs sans lesquels ces organes artificiels ne vont plus produire de la lutte contre l’entropie, mais au contraire augmenter l’entropie, telle que le changement climatique, la consommation tous azimuts de l’énergie, etc.

Nicholas Georgescu-Roegen connaissait bien Alfred Lotka et travaillait avec Joseph Schumpeter, pour lequel il mettait en équation les modèles schumpeteriens. Cependant, il va se rebeller un peu vis-à-vis des travaux de Schumpeter, auxquels il reprochait de ne pas s’appliquer à l’Univers que Schumpeter considérait comme universellement identique à lui-même.

Edwin Hubble dans un premier temps, puis Albert Einstein vont montrer que l’Univers est en mouvement, qu’il s’agit d’un processus qui est en expansion et qui se transforme en permanence, c’est-à-dire qui n’est pas stable. C’est ce qui va conduire Einstein à dire que la loi de l’entropie est la plus universelle de l’Univers. Ce qui est vraiment universel, c’est la dissipation de l’énergie.

Erwin Schrödinger va dire plus tard que le vivant a une capacité, non pas d’échapper à la loi de l’entropie, mais de la différer localement dans l’espace et dans le temps.

Alfred North Whitehead aussi dira plus tard que dans un monde en expansion travaillé par l’entropie où l’homme est doté d’organes exosomatiques, la raison a une fonction qui consiste à lutter contre l’augmentation de l’entropie. Bernarg Stiegler substitue ici anthropie à entropie. Il veut dire par là que l’homme force la nature – les forçages anthropiques tels que les émissions de CO2, etc. – et par conséquent produit de l’entropie. Bernard Stiegler en conclut qu’Alfred North Whitehead appelle à la production de néguentropie, où le savoir est mis au service de la lutte contre l’entropie. Dans cette optique, la technique dès lors n’est plus périphérique au savoir, mais en est le cœur.

En conclusion, Bernard Stiegler considère que pour lutter contre l’Anthropocène, il faut entrer dans ce qu’il appelle le Néguanthropocène, c’est-à-dire une économie de la lutte contre l’entropie. C’est ce qu’il expérimente sur certains territoires actuellement, sous le nom d’économie de la contribution.

DIALOGUE ENTRE LES TROIS INTERVENANTS

Question de Dominique Bourg à Mathieu Arnoux

Lynn White a montré comment l’imaginaire, inspiré par le monde paysan décrit par Arnoux, fait advenir dans la pensée médiévale l’idée que le monde lui-même est un stock de ressources. Comment Mathieu Arnoux se situe-t-il par rapport à cette affirmation ?

L’économie politique de Thomas Hobbes, John Locke, etc. sort de cette idée, mais pas directement. Elle a fait complètement disparaître l’usage pauvre et la nécessité d’une solidarité, pour arriver à imposer un modèle de la concurrence. Lynn White a raison de dire que les instruments intellectuels de la domination de l’homme sur la nature ont été forgés par la doctrine scolastique. Mais la doctrine scolastique a aussi fourni le mode d’emploi.

Dans un de ses textes, Pierre de Jean Olivi affirme qu’on ne doit utiliser que ce dont on a besoin. Il se demande alors qu’est-ce que c’est avoir besoin ? Par exemple, nous avons besoin de nos vêtements tous les jours, mais nous n’avons pas besoin de changer de vêtements tous les jours. Il faut donc faire entrer le cycle de vie du vêtement dans le raisonnement.

Interrogez-vous quand vous avez trop de tel ou tel produit dans la cave, pourquoi a-t-on besoin de ça et est-ce que cela ne fait pas de nous des usuriers ? Et lorsque nous avons trop de ces choses, ne devrions-nous pas nous précipiter au marché pour les vendre ?

Pierre de Jean Olivi termine son texte en disant qu’il n’est pas possible de spéculer sur la salade, car la salade est primable. Le prix de la salade est donc un juste prix, en raison de l’immédiateté de la transaction. Alors qu’avec d’autres produits, nous devons nous demander si nous en avons vraiment besoin. L’économie circulaire est précisément une réflexion sur cela.

Question de Dominique Bourg à Bernard Stiegler

Est-ce que l’économie de la néguentropie avec en arrière-plan l’idée d’exosomatisation est une nouvelle forme de système économique postérieur au système industriel actuel ou alors une façon de repenser le système industriel ?

Bernard Stiegler a monté un grand projet sur le territoire de Plaine Commune en Seine-Saint-Denis où est mis en application une économie de la néguentropie (ou économie de la contribution). Lien vers le site Internet ici.

Bernard Stiegler cherche à faire émerger une économie de la contribution, car l’automatisation est en train de diminuer l’emploi. La diminution de l’emploi n’engendre pas une diminution du temps de travail, mais une perte d’emploi, car le travail n’est pas partagé équitablement. L’augmentation du chômage de 14% pour les pays de l’OCDE va obliger à redistribuer les gains de productivité, non par l’emploi car il y en a de moins en moins, mais par ce qu’il appelle un revenu contributif qui donne le temps et l’opportunité aux gens de développer des savoirs sur le modèle des intermittents du spectacle en France. C’est-à-dire que les gens touchent un revenu contributif afin de développer des savoirs, mais ce revenu est conditionnel. Pour qu’il soit « rechargé », les gens doivent trouver des emplois intermittents. Dans son projet à Plaine Commune, Bernard Stiegler est justement en train de développer des emplois de ce type, à travers six programmes qui concernent la santé infantile, l’alimentation, la construction, la mécanique, le recyclage et l’agriculture urbaine.

Ces territoires sont appelés des territoires apprenants contributifs. Il s’agit fondamentalement de territoires de recherches contributives. Le but recherché est de diminuer pas uniquement l’entropie thermodynamique (soit note empreinte carbone), mais toutes les entropies, telles que l’entropie biologique (soit la destruction de la biodiversité) ou l’entropie informationnelle (soit la prolétarisation des savants qui sont dépendants des machines dont on sait qu’elles vont se planter).

Le but est de relancer la construction et la production de savoirs, pas uniquement à l’école ou dans le cercle familial, mais par des organisations de territoires apprenants contributifs.

Stiegler est en train de développer un tel programme à l’échelle internationale aussi. Des discussions ont eu lieu, notamment à Genève avec l’ONU, pour créer des territoires apprenants contributifs sur les cinq continents qui seraient en collaboration et auraient des échanges, toujours pour lutter contre l’entropie, afin de produire une économie associative, publique ou de marché. On passe d’une micro-économie de la localité à des changements d’indicateurs macro-économiques.

Compte rendu de la démarche participative :

L’assemblée participative aura vu le public être assigné à une seule table, pendant une quarantaine de minutes. À chaque table, il a été donné la tâche de créer un récit collectif, sous la forme d’un « cadavre exquis », sur les rapports paradoxaux que nous entretenons avec les techniques.

Chaque table a pu choisir, dans une liste préétablie, un objet technique ou une technologie. Il convenait ensuite de lister collectivement sur la nappe une vingtaine de mots qui caractérisent l’objet en question ou notre relation à cet objet ou technologie. Par la suite, chacun des mots a été utilisé pour former autant de phrases qui, collées l’une à l’autre, ont formé le récit collectif. Ce dernier, élaboré à partir d’un personnage donné « Sacha, 18 ans, fait des études à Lausanne, sa mère est anthropologue en Amérique latine et son père infirmier au CHUV », devait nous questionner sur notre rapport à la technique. En fin d’assemblée, chaque table était invitée à narrer son récit collectif.

 

 

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