Fabien Ohl

Longtemps marginalisé, le sport s’est imposé comme un champ de recherche à part entière à l’Université de Lausanne. En honorant le sociologue Fabien Ohl, la Direction distingue un acteur clé de cette transformation et l’architecte d’un pôle aujourd’hui reconnu à l’international.

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Crédit photo : © Félix Imhof, Unil

Par Sylvie Ulmann

Fabien Ohl, professeur ordinaire à l’Institut des sciences du sport SSP (ISSUL), ne s’attendait pas à se voir remettre le Prix de l’Université de Lausanne, qui récompense une personnalité ayant contribué au rayonnement de l’Unil. En revanche, il reconnaît avoir largement contribué à faire de l’institution un pôle incontournable dans le domaine de la formation et de la recherche sur le sport. « Lausanne étant la capitale olympique, il s’agissait d’une erreur stratégique de ne pas avoir développé ce secteur plus tôt, alors que d’autres pays, notamment anglo-saxons, se positionnaient », relève-t-il. 

Choisi en 2005 pour prendre les commandes de l’ISSUL, ce Français n’oubliera jamais son arrivée sur le campus au début de l’année suivante. La décision d’universitariser les instituts de formation des maîtres de sport est encore toute fraîche. « Je n’avais même pas de bureau », se rappelle-t-il. À ses côtés, deux maîtres d’enseignement et de recherche et quelques assistants pour chapeauter 400 étudiantes et étudiants. Par la force des choses, le nouveau venu assume de multiples fonctions administratives, dont la direction de l’institut. Une omniprésence qui lui vaut quelques froncements de sourcils. Il n’en fait pas cas, préférant privilégier la coopération. « Je n’ai pas eu la tâche facile au début, car je donnais le sentiment de m’imposer sur tous les fronts et de vouloir tout changer », concède-t-il. À l’époque, l’institut était encore très marqué par la formation des maîtres de sport et peu de personnes imaginaient ce domaine comme un terrain de recherche fécond.

Fabien Ohl voit les choses d’un œil différent. Lycéen et sportif de haut niveau, il rédigeait déjà des articles dénonçant les usages politiques de la Coupe du monde de football de 1978 par la dictature argentine. Ce regard critique le conduira ensuite à étudier le sport sous le prisme de la sociologie.

Sous sa houlette, l’ISSUL prend son essor. Entre 2008 et 2010, une collaboration avec Genève est même entamée. Le projet de développement des sciences du sport supposait une mise en commun des moyens. C’est logiquement à Lausanne que les forces sont regroupées, avec le soutien de la Confédération, qui a déboursé 4 millions de francs à cet effet. De quoi créer trois postes de professeur. Dans la foulée, l’ISSUL s’installe à Géopolis. Puis, entre 2012 et 2015, Fabien Ohl devient doyen de la Faculté des SSP. Il semble inarrêtable. « J’ai un petit côté entrepreneur, j’aime bien m’engager pour faire aboutir des projets », concède-t-il. Avant de soupirer, reconnaissant que parfois cela se fait au détriment de ses propres recherches.

Pour sa dernière année d’activité, il compte bien en finaliser certaines en cours. Il a l’embarras du choix, mais ce qui sous-tend l’ensemble de son travail tient peut-être en une question : comment rendre la culture sportive durable, inclusive, respectueuse de la diversité et favorable au bien-être et à la santé ?

« Mon plus grand mérite est probablement d’avoir réussi à collaborer avec les différents acteurs de l’Université, les décanats et les directions en particulier, et d’avoir su leur faire comprendre l’intérêt de cette filière », souligne-t-il. Donner la priorité à la coopération est sans doute l’un des ingrédients qui ont permis à l’ISSUL de s’imposer à l’international, malgré sa taille modeste. Il compte aujourd’hui 700 étudiantes et étudiants et une douzaine de professeurs.