Emilia Gianola

Parcourant festivals, permanence du Flon et espaces de consommation sécurisés, Emilia Gianola a dédié sa thèse à la mise en place d’analyses rapides de drogues. Ses nombreuses collaborations et son travail en laboratoire et sur le terrain lui ont valu le Prix de la Ville de Lausanne, qui lui sera décerné lors du Dies academicus.

emilia gianola

Crédit photo : © Félix Imhof, Unil

Par Marion de Vevey

Lorsque Emilia Gianola débute sa thèse à la Faculté de droit, des sciences criminelles et d’administration publique de l’Unil fin 2020, le Canton de Vaud discute de la possibilité de mettre en place des techniques rapides d’analyse de stupéfiants, permettant aux consommateurs et consommatrices de savoir rapidement ce que contiennent les produits stupéfiants qu’ils s’apprêtent à ingérer. En effet, depuis les années 1980, la Suisse a adopté une politique en matière de consommation basée sur quatre piliers : la répression (principalement menée par la police), la prévention, la thérapie (proposant une prise en charge de personnes souffrant d’addiction) et, finalement, la réduction des risques (encourageant une consommation plus responsable). Dans le cadre de ce dernier pilier, le Canton accepte en 2021 le développement de l’analyse rapide de stupéfiants, et la doctorante voit son travail s’accélérer. Pour mettre en place un tel dispositif, il faut créer un sac d’intervention, mais aussi évaluer sa faisabilité technique et son acceptabilité. 

Un travail scientifique directement sur le terrain

Emilia Gianola se concentre rapidement sur la technique NIRLab, puisque celle-ci a été directement développée à l’Université de Lausanne. Un petit appareil portable permet de scanner un stupéfiant afin d’en déterminer la composition et d’obtenir un résultat rapide et satisfaisant dans plus de 80% des cas. Dès mai 2022, le nouveau sac d’intervention sur l’épaule, la doctorante parcourt les festivals afin d’offrir la possibilité aux consommateurs et consommatrices de savoir exactement ce qu’ils et elles ingèrent. Grâce à ce dispositif, ils ont accès à une information sur le produit et reçoivent des messages de réduction des risques, ce qui a un impact sur le nombre d’overdoses, d’hospitalisations et d’addictions, et avec eux des données sur tous les coûts humains et financiers qui y sont liés. 

Des collaborations enrichissantes

Mais pas question que la doctorante parte seule sur le terrain : elle collabore avec Addiction Suisse, la fondation ABS, la Fondation du Levant et la Fondation vaudoise contre l’alcoolisme. Des travailleurs sociaux et psychologues de ces associations complètent en effet l’analyse chimique des drogues avec des « entretiens motivationnels », des discussions visant à aider les individus à redéfinir leurs habitudes de consommation et les amener à prendre des décisions concernant celles-ci en toute autonomie. « Cette proximité avec les travailleurs sociaux et les psychologues des fondations m’a beaucoup appris, explique Emilia Gianola. Ces collaborations m’ont amenée à voir au-delà de l’aspect scientifique. »

Trouver un terrain d’entente

En travaillant constamment avec ces acteurs et actrices de différents milieux, qu’il s’agisse de psychologues, mais aussi de la police ou des consommateurs et consommatrices, elle a dû rapidement adapter son langage scientifique aux différents cercles et besoins, raconte-t-elle : « Il fallait que les personnes se rencontrent sur un même terrain. J’ai dû changer ma manière de présenter mes analyses, mais également comprendre les objectifs des autres. »

« C’est ma thèse, mais ce n’est pas que mon travail »

Pour elle, recevoir le Prix de la Ville de Lausanne était certes inattendu, mais constitue surtout une reconnaissance du travail mené au laboratoire, sur le terrain et au travers de ses collaborations. « Il y a beaucoup de personnes qui ont travaillé sur ce projet. C’est ma thèse, mais ce n’est pas que mon travail », explique-t-elle. Aujourd’hui diplômée, la docteure en sciences forensiques continue de s’investir dans le projet, mais au-delà du canton de Vaud : « J’ai laissé une partie ici pour aller aider également les autres cantons. Je donne des formations à Genève et à Neuchâtel, où ils souhaitent aussi lancer des analyses rapides de stupéfiants », précise-t-elle.