Le briquet remplace les allumettes

Par Jonas Guyot

Une critique du spectacle :
La Petite Fille aux allumettes / d’après Hans Christian Andersen / création Pan ! (La Compagnie) / mise en scène Julie Annen / Petit Théâtre de Lausanne / du 29 janvier au 16 février 2014

© Pénélope Henriod

Dans une version très contemporaine de La Petite Fille aux allumettes, Julie Annen se penche sur une histoire qui marque les enfants depuis de nombreuses générations. Cette réécriture pleine de fantaisie et de références au monde contemporain a su préserver l’esprit du texte original. Si la question de la misère matérielle reste la préoccupation majeure de l’histoire, Julie Annen n’aborde pas cette thématique comme une fatalité.

Deux lampadaires diffusent une pâle lumière sur la scène. Sous ces deux faisceaux lumineux apparaissent quatre personnages. De leurs poches, ils sortent des flocons de neige. Une fine pellicule blanche recouvre peu à peu le sol. La lumière et la neige sont là, il ne manque plus que la petite fille et ses allumettes.

La petite fille, nous ne la verrons pas, seule sa voix marquera sa présence. L’absence physique du personnage renforce efficacement le sentiment d’indifférence des habitants du village à son égard. Tout le monde ignore cette enfant ; la grosse dame est bien trop occupée à cuisiner une appétissante dinde derrière sa fenêtre, le maire – pourtant un ami de ses parents – ne fait rien pour l’aider à trouver les fameuses allumettes qui permettraient de réchauffer sa mère. Le seul qui lui apporte un peu de réconfort, c’est Diego, une « racaille » qui se cache dans les bois avec sa bande de brigands. Avec ce voleur au cœur tendre, Julie Annen insuffle un peu de solidarité dans l’histoire.

A défaut d’allumettes, Diego offre un briquet à la petite fille. Cette réécriture veut signifier que, aujourd’hui, la misère n’a pas encore disparu : elle a seulement changé de forme. Julie Annen, en s’inspirant notamment d’un épisode de sa propre vie, adapte l’histoire à notre époque. Elle transforme ainsi le miteux appartement sous les toits du récit d’Andersen en une vieille caravane pleine de trous. La petite fille n’est pas née pauvre, elle l’est devenue à la suite de la faillite de son père. Ce conte trouve donc un écho dans une période d’incertitude financière où la crise et la hausse du chômage peuvent briser des familles.

La pièce que propose Julie Annen présente des personnages hauts en couleur et des chansons amusantes formant une ambiance légère et lumineuse. La fin tragique du conte ne diffère pourtant pas de celle d’Andersen. Cependant, si cette fin demeure dramatique, elle n’a pas pour but d’accabler et de culpabiliser le public. A la fin du spectacle, à travers quelques extraits sonores, Julie Annen donne la parole aux enfants afin qu’ils proposent des solutions pour transformer le funeste destin de la petite fille en une fin heureuse. Le public ressortira de ce spectacle en étant conscient que la misère frappe encore des familles, tout en restant confiant en l’avenir.

 

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