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Critique littéraire

Le Voyage du sous-marin de la diversité

Le Voyage du Nautiscaphe et de sa cheminée dans la fosse des nouvelles Hébrides est un roman à l’atmosphère « steam-punk ». Marilou Rytz, Alice Bottarelli et Stephanie Cadoret emmènent un lectorat moderne à bord du Nautiscaphe, un sous-marin du XIXᵉ. Doté d’une énorme cheminée, il explore le fond marin et y trouve une ville utopique. Composé de divers documents de bord supposément retrouvés et édités près de 200 ans après les faits, ce roman conte les expériences de l’équipage du vaisseau à travers les entrées de trois voyageurs : le registre d’observation d’un scientifique anglais transgenre, le journal intime d’un·e explorateur·ice non-binaire et le carnet de bord du médecin qui – plot twist – est originaire de la civilisation sous-marine découverte. Les personnages du roman représentent la diversité du monde moderne. Malgré les apparences du XIXᵉ, cette narration embarque le·a lecteur·ice à bord d’un sous-marin tout à fait moderne. Le roman discute ainsi de manière subtile et astucieuse la colonisation – thématique essentielle du XIXᵉ siècle – autant à travers le médecin de bord qu’à travers l’arrivée du vaisseau dans cette ville sous-marine. La voix du médecin permet son exploration par le biais du point de vue colonisé et non colonisateur. La narration se sert également du scientifique et de l’explorateur·ice pour discuter le genre de manière implicite : la thématique n’est pas au centre de l’histoire, mais un simple détail qui fait de ces deux personnages des protagonistes complexes. Rendant hommage au genre du roman voyage et à Jules Vernes, Le Voyage du Nautiscaphe, est un roman addictif : la structure brève et fragmentaire des documents ainsi que les intrigues secondaires font de ce livre un véritable « page-turner ». Il est également doté d’illustrations multicolores réalisées par Cadoret qui le rendent attractif.


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Critique littéraire

Méditations subaquatiques

« Je suis dans une cité. Une cité au cœur de l’océan, une cité dans laquelle je peux pourtant respirer, courir, sauter et retomber. Une cité illuminée par des milliers de minuscules étoiles qui flottent autour de nous. »

Voici l’univers présenté par le Voyage du Nautiscaphe et de sa cheminée dans la fosse des Nouvelles-Hébrides, paru chez Presses Inverses en 2024. Récit d’aventure à forme hybride ambitieuse, alternant entre art visuel et littéraire, ce livre est le résultat d’une collaboration entre trois jeunes autrices franco-suisses : Alice Bottarelli, Marilou Rytz et Stéphanie Cadoret, qui signe également les aquarelles. Évasion dans un monde imaginaire, il se tourne vers des questionnements résolument palpables tels que l’écologie, ou l’avenir de l’humanité.

L’ombre des récits de voyage du 19e siècle est évidente, mais le livre dépasse le simple clin d’œil. Le périple est conté à travers des carnets de bords tenus par trois membres de l’équipage. Leurs motivations à embarquer et leur manière d’écrire sont différentes ; des sensibilités se développent, en écho. Chaque contribution tisse alors le récit du voyage.

Les personnages brillent suite à leur confrontation avec les habitants de la cité sous-marine. Certains gardent leur distance et se concentrent sur leurs observations, d’autres se mêlent aux individus de cette ville mystérieuse, soulignant à nouveau la polyphonie de voix présentes dans le récit. Les thématiques environnementales et spirituelles ressortent clairement : une tension s’installe entre l’harmonie du peuple de la cité et le côté artificiel du lieu, rejoignant d’autres utopies en nous invitant, lecteurs, à réfléchir à nos rapports avec ce qui nous entoure. Le résultat laisse libre de s’impliquer dans les thématiques du conte, tout à la fois fait d’évasion et de contemplation.