Une chercheuse d’espérance

cafe 93 1
Ruth Ebach. La théologienne au restaurant Beirut House (Lausanne). © Pierre-Antoine Grisoni/Strates

La philologue et théologienne chrétienne Ruth Ebach étudie l’Ancien Testament. Ou quand Dieu et l’espoir s’invitent à la table.

De la chimie à la théologie. De l’infiniment petit à l’infiniment grand, tel est le cheminement de Ruth Ebach. Spécialiste de la Bible hébraïque, qui correspond à l’Ancien Testament chez les réformés, cette professeure d’exégèse historico-philologique étudie notamment l’espérance et les prophéties dans ce corpus de textes vieux de trois millénaires. Hébreu ancien, latin, grec ancien, araméen ou accadien, autant de langues mortes que maîtrise la chercheuse de la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Unil.

«Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’espoir biblique n’est pas passif. Il suppose une attente active et une responsabilité mutuelle entre Dieu et les Hommes», indique cette Allemande d’origine. Des humains en quête de nouvelles terres, de cieux plus cléments, de paix durable, qui en appellent au divin… Cette espérance n’est pas simplement «l’opium du peuple». «Très concrète, elle peut devenir une motivation à agir», souligne Ruth Ebach, qui a publié un récent article sur le sujet. L’espérance comme acte de résistance.

Bannir la simplification

Cette théologienne chrétienne ne travaille pas sur les manuscrits eux-mêmes, mais avec une édition critique de l’Ancien Testament. «J’analyse les tensions entre les textes, les différences entre les versions, les expressions qui changent, les événements historiques à l’arrière-plan.»

Car la perspective évolue selon le contexte géopolitique et la conjoncture. Des parallèles, elle en tire d’ailleurs entre la situation sociale des Israélites de l’époque et la situation actuelle, malgré les siècles écoulés. «Dans des circonstances plus belliqueuses ou moins stables, il y a un basculement. Je l’étudie sans jugement, afin de comprendre dans quel cadre ces textes-là ont été rédigés. Cette distance temporelle entre eux et nous permet d’identifier des mécanismes sociologiques. Même pour les idées théologiques, il est important de comprendre leur contexte historique. Il n’y a pas de réponse toute faite. Il faut se méfier de la simplification», relève la directrice de l’Institut romand des sciences bibliques.

La foi en héritage

Croyante, Ruth Ebach n’est pas tombée dans la religion par hasard. Un père lui-même professeur de théologie aujourd’hui à la retraite, une mère théologienne, la chercheuse a baigné dans la foi. Si elle se rêvait chimiste «pour mieux comprendre le fonctionnement du monde», elle chausse désormais d’autres lunettes. «Ce domaine soulève tant de questions universelles, comme la vie, la mort ou la guerre», considère celle qui enseigne aussi à l’EPFL. 

Dans ce cadre, elle a d’ailleurs été récompensée en 2025, avec d’autres collègues, par le Prix du meilleur cours de SSP. L’interdisciplinarité, Ruth Ebach la connaît donc bien, elle qui l’a vécue dès son école doctorale, où elle était la seule à travailler sur l’Ancien Testament. Après six ans, elle quittera l’Unil en début 2027 pour rejoindre l’Université allemande de Heidelberg.

Une ville de goût 

Jérusalem, où goûts et odeurs se mélangent.

Un invité à sa table

Son arrière-grand-père Karl, disparu dans d’étranges circonstances.

Un goût de l’enfance

La «Currywurst-Pommes» de sa région natale.

Laisser un commentaire