
La microbiologiste Sara Mitri étudie les microbes et leurs interactions. Elle a d’ailleurs reçu un soutien du FNS pour travailler sur leur coexistence.
Informatique et biologie en symbiose, c’est l’alliance gagnante de Sara Mitri. Au fil de ses recherches, cette professeure associée en Faculté de biologie et de médecine de l’Unil a mêlé communication et évolution pour mieux comprendre le vivant.
Née au Caire, Sara Mitri rêvait pourtant à la «propreté des maths» et ne s’est tournée vers l’informatique que sur les conseils de ses parents. «Je n’étais pas passionnée d’ordinateurs et je n’étais pas attirée non plus par la biologie, que je trouvais un peu ennuyeuse», reconnaît-elle. Durant son bachelor, elle programme, avec deux autres personnes, des algorithmes pour jouer à un jeu de stratégie, issu de l’Égypte ancienne. «Ces machines ont évolué et ont fini par battre des humains», se souvient-elle.
Sara Mitri quitte l’Égypte à 23 ans pour poursuivre ses études dans la robotique avec une thèse et un post-doc. D’Édimbourg à l’EPFL, de Harvard à Oxford, la chercheuse voyage, puis pose ses valises à l’Unil en 2015 au Département de microbiologie fondamentale. «Les robots étaient intéressants, mais il y avait des limites à ce que l’on pouvait faire.»
Elle se tourne alors vers les bactéries. «Dans ma tête, je les voyais comme de petits robots. J’étais un peu naïve à l’époque. J’ai sous-estimé leur complexité, sourit la microbiologiste. Pour autant, il y a beaucoup d’avantages à travailler avec elles. On peut créer des mondes en parallèle, étudier des microcosmes sur de nombreuses générations.»
Et ces micro-organismes ont plus d’un tour dans leur sac. «Ils sont très utiles pour les humains. Ils peuvent notamment transformer des polluants en eau, stocker du CO2, décomposer des cadavres ou produire des vitamines.» Durant près de dix ans, Sara Mitri a d’ailleurs travaillé à l’Unil sur la dégradation de déchets industriels par des bactéries.
Communautés bactériennes
Depuis, elle a obtenu un financement du Fonds national suisse pour 2025-2029, pour étudier la coexistence de communautés bactériennes, afin de mieux établir ou casser des écosystèmes stables. «Puis-je ajouter un nutriment favorisant la croissance d’une espèce ou un élément diminuant au contraire sa population? Une bactérie en compétition avec une autre poussera-t-elle plus vite? Le but est de comprendre les différents mécanismes qui mènent à cette stabilité», explique la scientifique. Désormais, Sara Mitri a deux nouveaux axes de recherche: la fixation du carbone et la production de pigments. «Imaginez des panneaux solaires contenant des cyanobactéries pouvant capter le CO2! Et des pigments naturels ayant une utilité non seulement industrielle, mais médicale», s’enthousiasme-t-elle.
Le Graal dans sa carrière? «Con-naître l’information minimale sur une bactérie ou une communauté pour pouvoir la contrôler, sur le plan écologique et évolutionnaire.» Et ne croyez pas que les mathématiques et l’informatique sont la panacée pour modéliser le vivant. «Il ne se laisse pas totalement appréhender. Cela reste un défi», reconnaît-elle.
Une ville de goût
Le Caire, parce qu’elle s’y sent comme chez elle.
Un invité à sa table
Une microbiologiste du début du XXesiècle.
Un goût de l’enfance
Les feuilles d’artichaut mangées sur la plage d’Alexandrie.
