
Nicole Chuard © Unil
«J’adore les maths, depuis tout petit, sourit-il. Je pense que ça doit venir de mon père.» Calcul mental, problèmes, jeux de mathématiques et logiques, cet univers, père et fils ont toujours aimé le partager. C’était leur truc à eux. «Aussi loin que je me rappelle, il m’a toujours soumis des problèmes à résoudre sous forme de jeu, confie Juraj Bodik. Aux alentours de mes 8 ans, je me souviens d’exercices de rapidité en calcul, puis de sudokus et d’énigmes de logique. En grandissant, les problèmes sont devenus de plus en plus complexes. Puis j’ai eu envie de participer à des compétitions de mathématiques et de logique et à des camps de maths.»
Après un bachelor, puis un master en mathématiques (logique!) à Prague, le Slovaque d’origine se spécialise en statistiques. En 2021, il pose ses valises en Suisse pour se lancer dans une thèse de doctorat en business analytics à la Faculté des Hautes études commerciales de l’Unil (HEC). Un matheux à l’est du campus de Dorigny? Si le tableau peut sembler surprenant, Juraj Bodik explique que l’opportunité de rejoindre le groupe de la professeure Valérie Chavez, spécialiste en statistiques au sein du Département des opérations (DO), s’est présentée et qu’il a choisi de la saisir.
Pédagogue, le fils de prof – côté paternel, à nouveau – sait trouver des mots simples pour vulgariser son travail. «En gros, ma thèse c’est cent pages en anglais, contre trois cents pages en symboles mathématiques», sourit-il amusé. Plus concrètement, le scientifique s’intéresse aux inférences causales. «On me donne des données et mon travail consiste à créer, ou parfois à vérifier, des méthodes de calcul pour comprendre comment les éléments sont liés entre eux. Est-ce que l’un influence l’autre? Par exemple, je peux regarder s’il existe un lien entre le fait de manger des glaces et celui de mourir attaqué par un requin. Si oui, est-ce une vraie relation de cause à effet ou une simple coïncidence liée à un facteur commun, comme l’été», choisit-il comme exemple.
Créer des méthodes de calcul, soit. Mais dans quels domaines seront-elles utilisées ensuite? «Il y a une expression qui dit statisticians work in every research field», répond-il. De la finance à l’environnement, une pluralité de données traverse ainsi quotidiennement le filtre des neurones du féru de chiffres.
Champ très cérébral
Le champ de recherche de Juraj Bodik est très cérébral, et parfois malheureusement aussi un peu solitaire. «Il y a peu de mathématiciens et de statisticiens à l’Unil», regrette-t-il. «Avec mes collègues directs, nos méthodes sont si différentes que nous peinons à échanger sur nos recherches. Or, les idées naissent souvent de discussions entre pairs. C’est dommage d’avoir si peu de vis-à-vis.» Pour pallier ce manque, le jeune homme a donc beaucoup voyagé durant son doctorat. Japon, États-Unis, Espagne, Angleterre, de quoi créer quelques occasions d’échange avec des collègues internationaux.
Sa thèse aujourd’hui à bout touchant, Juraj Bodik s’apprête à rejoindre l’Université de Stanford en Californie, qui possède un département de statistiques réputé, pour un poste de chercheur indépendant.
