Architecture: des images et des mots pour la dire

Les périodiques d’architecture et de construction se sont développés dans plusieurs pays d’Europe au tournant du XIXe siècle. La Suisse ne fut pas en reste. Dans un gros ouvrage tiré de sa thèse, Gilles Prod’hom interroge la spécificité de la production helvétique. Des publications passablement hétéroclites dans leur forme comme dans leur contenu.

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Cette planche photographique de la nouvelle flèche de la cathédrale de Lausanne accompagne un article signé Viollet-le-Duc dans le Bulletin de la Société vaudoise des ingénieurs et des architectes.
© BSVIA, 2/1876/4, Bibliothèque de l’EPFL

Une somme! Riche et complexe. Le prolongement d’une thèse de doctorat soutenue en mai 2022 à l’Unil. Dans cet ouvrage de quelque 640 pages, Gilles Prod’hom, aujourd’hui maître assistant, propose une étude inédite et fouillée des journaux, revues, albums et magazines d’architecture suisses publiés tant en allemand qu’en français entre 1830 et 1914. Ces outils de diffusion, d’information, voire de formation, furent un vecteur essentiel dans la transmission d’un savoir en train de se constituer. Ils jouèrent notamment un rôle clé dans la professionnalisation d’une pratique aux contours encore flous.

Albums professionnels

C’est au tournant du XIXe siècle qu’apparaissent en Europe les périodiques d’architecture et de construction. Après s’être intéressé à ce contexte plus large, Gilles Prod’hom se penche sur la spécificité de la production helvétique, une création  passablement hétéroclite dans sa forme comme dans son contenu où il va distinguer quatre générations successives de modèles éditoriaux. Et tout d’abord la «revue polytechnique» qui, dans les années 1830, s’adresse clairement à des spécialistes. Conçue comme un journal savant produit par un cercle restreint qui fait autorité, cette publication se focalise aussi bien sur l’architecture que sur le génie civil. Elle propose une approche pratique de la construction, met l’accent sur l’expérience et l’observation scientifiques, sans pour autant négliger les questions d’ordre artistique.

Dix ans plus tard, c’est l’image qui l’emporte. Privilégiés par la SIA  (la Société suisse des ingénieurs et architectes), ces «albums professionnels», où le texte fait avant tout fonction de légende, s’inscrivent dans  la lignée des recueils de planches gravées. Dès les années 1870, on voit ensuite se multiplier les hebdomadaires légers liés avant tout à la construction et tournés vers les progrès de l’industrie. Enfin, après 1900, le magazine d’architecture s’impose. S’éloignant du modèle polytechnique, il privilégie la dimension artistique et accorde une place centrale à l’illustration qui désormais s’inscrit dans une ligne graphique claire et cohérente.

Critique bridée

Et la critique? A-t-elle eu sa place dans les périodiques d’architecture de l’époque? À vrai dire pas vraiment. Elle apparaît souvent bridée au nom de considérations corporatives et passe de fait avant tout par  le choix des œuvres et des architectes publiés. Il faudra attendre la sortie de la Première Guerre mondiale pour que le débat sur l’architecture se développe, dans un contexte économique et social radicalement différent.

Notice sur Labelettres

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Périodiques d’architectes. Professionnalisation de l’architecture en Suisse (1830-1914). Par Gilles Prod’hom. EPFL Press (2025), 640 p.

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