Des îles du Pacifique bannissent les crèmes solaires

Récemment, la presse s’est fait l’écho de la décision prise par les îles Palaos dans le Pacifique, d’interdire l’usage des crèmes solaires dès 2020. Hawaï suivra en 2021. Cette interdiction vise surtout à protéger les récifs coralliens des éléments toxiques présents dans certaines crèmes ou huiles de protection solaire. Les avis croisés de nos chercheurs sur la question.


La réaction de la Dr Nathalie Chèvre,
chercheuse à l’Institut des dynamiques de la surface terrestre et spécialiste des micropolluants

Les îles Palaos vont interdire l’usage de crèmes solaires dès 2020. Et Hawaï dès 2021. Cette décision est-elle une application inconsidérée du principe de précaution ? Ou y a-t-il des raisons valables d’être inquiets et les crèmes devraient être interdites partout ?

D’abord disons que l’interdiction décrétée par ces îles du Pacifique l’a été principalement en regard des effets nocifs pour les coraux.

C’est en 2001 qu’une doctorante italienne, Mme Corinaldesi, s’intéresse pour la première fois aux effets des crèmes solaires sur les récifs coraliens. Elle montre ainsi que les substances inclues dans ces produits peuvent conduire au blanchissement des coraux en augmentant les infections virales. Depuis, différents chercheurs se sont penchés sur la question et semblent corroborer ses résultats.

En 2018, l’International Coral Reef Initiative (ICRI), en collaboration avec le Ministère de l’énergie et de l’environnement de Suède, ayant fait un tour d’horizon de la littérature, concluent que, considérant tous les stresseurs auxquels les récifs coralines doivent faire face, et parmi eux les composants des crèmes solaires, une apporche proactive et basée sur le principe de précaution devrait être aplliquée. En conséquence, la quantité de crème solaire atteignant les récifs coraliens devrait être limitée.

L’interdiction décrétée par les îles Palaos et Hawaï semble donc bien justifiée. Mais nous, nous sommes bien loin du Pacifique. A part comme touriste, serions-nous aussi concernés ?

Il suffit de rejoindre une plage ou une piscine en fin de journée pour se dire que « peut-être ». En effet, si l’on observe bien la surface de l’eau… on y voit une pellicule grasse, restes de nos protections solaires. Comme l’expliquent bien les fabricants, il faut impérativement remettre de la crème après un bain, celle-ci étant partie dans l’eau… ou elle reste.

Mais est-ce dangereux ?

On a déjà vu que les récifs coralliens pourraient être impactés. On peut donc imaginé que d’autres espèces pourrait l’être aussi. Mais les études manquent sur le sujet.

D’autre part, certains composés des crèmes solaires, tels les filtres UV chimiques ou les conservateurs, sont loin d’être inoffensifs pour la santé. Baigner dedans n’est peut-être pas idéal.

Enfin, il semble que les crèmes solaires ne soient pas aussi efficaces que prévu contre les mélanomes. Gageons donc que, dans quelques années, le chapeau et le t-shirt comme protection solaire seront revenus à la mode dans le monde.

Références

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