Agroécologie du développement maraîcher au Burkina Faso: Réorganisations spatiales, transformations socioéconomiques et enjeux de développement

Thèse soutenue par Basile Gross, le 13 juin 2018, Institut de géographie et durabilité (IGD)

Cette étude porte sur les transformations d’ordre socioéconomique et écologique entrainées par le développement du maraichage au Burkina Faso. Elle mobilise une perspective agroécologique, ce qui signifie qu’elle s’intéresse au système agroalimentaire, et plus précisément aux rapports entre un environnement naturel (les terroirs maraichers des zones de Réo et de Ouagadougou), une population (les maraichers), et les activités qui les relient (entre autres, le maraichage).

L’étude n’envisage donc pas l’activité maraichère indépendamment du reste du secteur agricole, et vise au contraire à l’analyser en lien avec l’économie familiale et avec l’environnement naturel. Elle aborde également l’agroécologie à travers les pratiques d’agriculture naturelle ainsi que les projets de promotion du maraichage agroécologique.

Le maraichage de saison sèche est une pratique ancienne dans les bas-fonds du Burkina Faso. Il gagne en importance à la suite des crises alimentaires des années 1970-1980. La nécessité de sécuriser les ressources hydriques et de développer les cultures de contre-saison mène en effet à la construction de près de 2’000 petits barrages. Cette évolution s’inscrit aussi dans des changements plus profonds de l’habitat et des modes de vie. L’habitat rural se métamorphose, et on assiste à un mouvement rapide d’urbanisation. Le maraichage assure dès lors un rôle économique capital pour les exploitations familiales, ce qui se traduit par une place grandissante des jardins dans le paysage.

Le maraichage devient la principale activité génératrice de revenus pour les paysans qui entreprennent cette activité. Il est rentable et permet de satisfaire les besoins monétaires de la famille, bien qu’il existe des disparités importantes entre les exploitations. Surtout, le maraichage ne se substitue que partiellement aux autres activités paysannes. L’économie monétaire et marchande ne remplace pas totalement l’économie de subsistance traditionnelle. Les exploitants conservent une certaine autonomie alimentaire grâce aux cultures pluviales vivrières, ils pratiquent un petit élevage qui fait office d’assurance et d’épargne, et certains entreprennent des activités extra-agricoles comme le petit commerce ou la mécanique.

La situation des exploitations familiales maraichères est donc avant tout caractérisée par une grande diversité. L’évolution du maraichage, au-delà des aménagements hydroagricoles, n’est que très peu dépendante de l’aide au développement. Quelques maraichers bénéficient de l’appui de projets, mais ce sont tous des exploitants relativement aisés. Les projets agroécologiques ne réussissent d’ailleurs pas mieux à toucher les populations les plus démunies.

Les deux principales réponses apportées aujourd’hui aux enjeux du développement maraicher, le système goutte-à-goutte et le maraichage agroécologique, sont très techniques et correspondent mal aux véritables besoins des exploitants. Ces solutions purement techniques sont trop simplistes compte tenu des liens complexes existant entre l’activité maraichère et son environnement social et naturel. Même si l’agroécologie s’oppose à l’agriculture moderne, les projets de promotion du maraichage agroécologique sont opérés suivant un schéma de développement similaire à celui de la diffusion du système goutte-à-goutte. Ils sont pilotés et financés par des structures du Nord plutôt que de provenir des paysans burkinabès.

Le virage agroécologique, s’il constitue une voie prometteuse répondant en partie aux enjeux du secteur maraicher, nécessite d’être entrepris de manière plus locale et plus en phase avec les réalités paysannes. La critique idéologique portée par l’agroécologie doit se prolonger sur le plan des pratiques de développement pour fournir des alternatives menant à un système agroalimentaire durable.

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