Un Steinlen exceptionnel !

Jean Richepin, La chanson des gueux
Edition intégrale décorée de 252 compositions originales de Steinlen
Paris : Edouard Pelletan, 1910

USC 2570

Un des trois exemplaires de tête réimposé sur papier Whatman, avec une suite sur japon et une suite sur chine, deux prospectus et un carton d’invitation pour l’exposition des dessins de Steinlen (n° 1, imprimé Adolphe pour Bordes), relié en 4 volumes par Marius Michel en plein maroquin havane, plats intérieurs en maroquin tête de nègre, gardes de tissu ocre, tranches dorées sur témoins.
Cet exemplaire comporte 234 grandes compositions originales ayant servi à l’illustration, 29 dessins des bandeaux et lettrines du « glossaire argotique » et de la table des matières (une des lettres ornées manque), l’encadrement de la justification du tirage où figurent les portraits de Steinlen­, Richepin et Pelletan, un grand portrait de Richepin et 9 dessins non utilisés, soit en tout 272 compositions originales (mine de plomb, fusain, encre noire, gouache blanche et crayon bleu), la plupart à la dimension du livre réimposé (36 x 26 cm), parfois plus grandes, sur des feuillets repliés.



Un rare album de vues aquarellées

Constant Bourgeois, Views in Switzerland
London : printed and published by N. Chater & Co, 1822

OBLC 111

Album entièrement lithographié et aquarellé formé d’un titre illustré et de 40 planches, en bonne partie des vues et des monuments vaudois.

Colonrel de métier, Constant Bourgeois quitte l’armée pour la peinture. Formé par David, il devient un peintre d’histoire et de paysages recherché.
« Ses lavis sont précis et lumineux, il les traite directement au pinceau, sans contour au trait ; ses paysages d’Italie, de France et de Suisse sont particulièrement appréciés. » (Dictionnaire Napoléon, 1989, p. 278).

Le Léman au temps des albums-souvenirs

Souvenirs de la Suisse : vues de Lausanne et ses environs, lac de Genève
Lausanne : J. Jouvet éd., [vers 1860?]

OBLA 2426

9 vues dessinées par L. Targe et C. Simon, lithogr. par Deroy, Tirpenne et A. Cuvillier: Genève, Lausanne (Hôtel Gibbon, place Saint-François), Lausanne et le Jura, Lausanne et le fond du lac, L’Eglise anglaise et la Villa (sous Lausanne), Le lac Léman et le Mont-Blanc vus depuis Morges, Vevey, Chillon, Vevey.

Le sport « belle époque » magnifié par William Nicholson

William Nicholson, Almanach de douze sports 1898
Avec une étude sur William Nicholson et son art par Octave Uzanne
Paris: Société française d’éditions d’art, 1898

NEDC 348

Comprend 12 bois gravés en couleurs (décrits parfois comme « lithographies d’après les bois gravés originaux »)
Un des 50 ex. sur Japon impérial (n° 24).

Un champion du monde de Ju-jitsu vaudois

Armand Cherpillod, Je me défends toute seule : quelques coups du Jiu-jitsu japonais à l’usage des dames
Neuchâtel : Attinger frères, 1906
NEDA 19026

Né en 1876 à La Vraconnaz, près de Sainte-Croix, Armand Cherpillod, aîné d’une fratrie de 9 enfants. Lutteur émérite, il s’établit à Londres en 1900 pour y enseigner la lutte libre. Il rencontre l’année suivante deux jeunes Ju-Jitsuka, Yukio Tani et Sadakazu Uyenishi, qui lui apprennent leur art. Il sera sacré champion d’Europe et champion du monde de lutte libre puis de Ju-jitsu à plusieurs reprises entre 1900 et 1926.

Un portrait inédit d’Anatole France par Steinlen

Anatole France, Joseph Clément, scène de la révolution à Paris en 1794
Paris : L’art brut, 1948
NEDA 18509

Un des 10 exemplaires de tête sur papier de Hollande (n° I), enrichi d’un portrait original de l’auteur à la plume par Steinlen ainsi que d’une lettre adressée à Raoul Simonson par Alfred(?) Dupont.
Reliure en maroquin doublé signée Huser ornée de bonnets phrygiens ; ex-libris sur étiquette en cuir doré de Charles Hayoit.

Une édition pirate lausannoise de 1672

Journal des exploits des armées royales de Sa Majesté Très-Chrestienne contre les Hollandois
Jouxte les copies imprimées à Francfort, 1672
NEDA 18241

Ce pamphlet, dont l’auteur n’a pas été dévoilé, a été imprimée à Lausanne par David Gentil, identifiable à son matériel typographique.

Un stratège vaudois au service de Napoléon

Antoine-Henri Jomini, Atlas pour servir à l’intelligence de l’Histoire critique et militaire des guerres de la Révolution
Bruxelles : chez J.-B. Petit, 1840
AC 546

Important atlas documentant les guerres du 1er Empire Son auteur, Antoine-Henri Jomini, né à Payerne en 1779, a été appelé par Napoléon à rejoindre l’Etat major de la Grande armée. Son Précis de l’art de la guerre, en particulier, fut considéré au XIXe siècle comme le guide le plus méthodique et le plus complet sur les mécanismes des opérations militaires. Il a été enseigné dans les écoles militaires de Russie, d’Angleterre, d’Allemagne, de France, de Belgique et des États-Unis.

Contient 38 cartes lithographiées, dont 2 imprimées sur un même feuillet, certaines avec des replis ou des superpositions, rehaussées à l’aquarelle pour certaines.

Une précieuse édition illustrée d’Orlando furioso de la bibliothèque d’Edward Gibbon

Lodovico Ariosto, Orlando Furioso
In Venezia : presso Antonio Zatta, 1772, 4 tomes
AB 2638

Edition établie par Leonardo Marcellotto, revue par Antonio Cilis, illustrée de 56 planches et 51 figures gravés par Baratti, Daniotto, Fambrini, J. Leonardis, Malosso, Zuliani, etc. d’après les dessins de Novelli, Passega et Zaise, ainsi que de 51 vignettes et culs-de-lampe signés G. Zampini.

Ex-Libris armorié gravé d’Edward Gibbon.

Une somptueuse flore d’Europe

Flore des serres et des jardins de l’Europe, ou, Descriptions des plantes les plus rares et les plus méritantes nouvellement introduites sur le Continent ou en Angleterre, rédigée par M. Ch. Lemaire, M. Scheidweiler, M. L. Van Houtte [et al.] A Gand : chez Louis van Houtte, 1845-1880, 23 tomes
AB 2642

Cet ouvrage comprend plus de 2000 planches lithographiées en couleurs (pleine page ou double page) par Severeyns, Stroobant, De Pannemaker et d’autres d’après les dessins des auteurs, ainsi que des illustrations dans le texte en noir et blanc (don de M. Reda Saba, Vevey).

Une collection lausannoise de pamphlets du Grand Siècle

Robert Netz, bien connu des Vaudois pour sa carrière journalistique à la rédaction de la Feuille d’avis de Lausanne, puis 24 Heures, a patiemment réuni une riche collection de brûlots et pamphlets politiques publiés dans la seconde moitié du XVIIe siècle et au début du siècle suivant, pour la plus part imprimés et diffusés sous le manteau.

Une rare suite de dessins de Gustave Brion pour les Misérables

Victor Hugo, Les Misérables
A Lausanne : Albert Larpin, 1862, 10 tomes en 5 vol.
AZ 8960

Exemplaire incomplet du 1er vol. (t. 1-2), enrichi d’une suite de 14 illustrations photographiques (tirage sur papier albuminé) attribuable à Gustave Brion.

« Victor Hugo souhaitait que la première édition de ses œuvres ne soit pas illustrée. Aussi, en 1862, devant le succès des Misérables, Gustave Brion eut l’idée de réaliser une illustration indépendante. Il produisit ainsi vingt-cinq dessins, entre avril et juillet, qu’il fit reproduire en photographies, s’associant avec Faucheur et Danelle. Vendues à la pièce ou en album, elles furent tirées et montées sur carton, en trois formats différents, dont les deux plus petits correspondaient à ceux des éditions belges et françaises [et suisses!] permettant aux amateurs de les faire relier dans leurs volumes. S’arrachant à des milliers d’exemplaires, leur succès suscita la convoitise de l’éditeur du roman qui obtint un intéressement à l’affaire sous menace de la faire interdire. De son côté, Victor Hugo loua la qualité et la justesse des dessins de Brion (à l’exception des portraits de Fantine et de Javert). Cette première illustration créa véritablement les types visuels des personnages qui furent très souvent et durablement repris par la suite. » (réf.)

Quand Marseille se prenait pour Lausanne…

Tableau historique de Marseille et de ses dépendances
A Lausanne ; et à Marseille : chez Joseph Roustan, 1789
AZ 8934

L’adresse de « Lausanne » est fictive : le volume a de toute évidence été imprimé à Marseille.

Reliure en plein maroquin carmin aux armes et au chiffre du comte Godefroy de Montgrand poussés à l’or.

Un erotica lausannois au siècle des Lumières

La belle allemande : ou les galanteries de Thérèse
A Paris : au dépens de la Compagnie, 1774
AZ 8933

Cette édition pseudo-parisienne tardive d’un erotica attribué tantôt à Antoine Bret tantôt à Claude Villaret, dont l’originale parut en 1745, constitue un des rares témoins de la production des imprimeurs lausannois dans le genre. Elle sort des presses de Jean-Pierre Heubach, identifiable à son matériel typographique.

La Géographie de Strabon annotée annoté par un des premiers professeurs de l’Académie

Strabōnos Peri tēs geōgraphias biblia iz’ = Strabonis De situ orbis libri XVII : grece & latine simul iam, in eorum qui pariter & geographiae et utriusq[ue] linguae studiosi sunt
Basileae : per Henrichum Petri, 1546
AB 2618

Précieux exemplaire comportant de nombreuses annotations manuscrites, probablement de la main de Quintin Le Boiteux (Claudus), professeur à la chaire des Arts à l’Académie de Lausanne de 1549 à 1552, dont l’ex-libris manuscrit figure sur le titre « Quintinus Claudus ».
Il a appartenu par le suite et Antoine Léger (1596-1661), pasteur dans les vallées vaudoises du Piémont.

Petit traité de la construction et du gréement des modèles de bateaux

Jules de Catus, Petit traité de la construction et du gréement des modèles de bateaux. Deuxième édition augmentée, Vevey : Imprimerie et librairie Loertscher & fils, 1889
NEDA 18146

Illustré de 4 planches dépliantes gravées.

Le baron Jules de Catus (1838-1910) a été le principal constructeur de bateaux actif sur l’arc lémanique à l’aube de la navigation de plaisance.

Monuments romains et gothiques de Vienne

Monuments romains et gothiques de Vienne en France. Dessinés et publiés par Etienne Rey, peintre ; suivis d’un texte historique et analytique par E. Vietty. Paris : F. Didot frères, 1821-1831
AC 542

Album in-plano regroupant de 70 superbes planches gravées, certaines en coloris.

Antiquités de Crimée

Duncan McPherson, Antiquities of Kertch and researches in the Cimmerian Bosphorus : with remarks on the ethnological and physical history of the Crimea, London : Smith, Elder & Co., 1857
AC 544

Ouvrage fondateur des études archéologique relative à la Crimée.

Les lithographies illustrant le volumes (dont la planche dépliante et les planches I à IX en couleurs), ont été imprimée par W. West d’après les dessins et les pierres originales de C.F. Kell.

La richesse des nations

Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Yverdon : [F.-B. de Félice], 1781, 6 tomes
AZ 8708

Contrefaçon yverdonnoise de l’édition originale de la traduction française de cet ouvrage fondateur du père des sciences économiques modernes, parue à La Haye de 1779 à 1779.

Fleurs de rêve

Alice Chavannes, Fleurs de rêve, Lausanne : Imprimé pour Thékla Stilling, 1900
UPA 86605

Couverture illustrée signée du monogramme TS, pour Thékla Stilling (née Thékla Dor, fille d’un opticien veveysan), épouse du professeur Henri Stilling (Cassel 1853, Lausanne 1911), chirurgien et anatomiste de premier plan et bibliophile raffiné. Le style du dessin n’est pas sans évoquer le décor des livres de Marguerite Burnat-Provins, légèrement postérieurs.

Edition privée limitée à 40 exemplaires.

Essai sur la secte des illuminés

Jean-Pierre-Louis de Luchet, Essai sur la secte des illuminés, Londres : [s. n.] 1789
AZ 8392

L’adresse de Londres est fictive. Cette édition sort en fait des presses lausannoises d’Abraham-Louis Tarin, identifiable à son matériel typographique, probablement pour le compte du libraire-éditeur François Grasset.

Le Robinson français

[Anonyme], Le Robinson français, ou histoire d’une famille française habitant une île de la mer du sud…
Lausanne : Hignou aîné, 1822, 4 tomes

AZ 8376

L’auteur n’a pas pu être identifié ; l’ouvrage est parfois attribué à J. F. Wyss [sic!], allusion imprécise à l’auteur du Robinson suisse, Johann David Wyss.

L’illustration consiste en 16 planches lithographiés par R. Haag à Berne et 2 cartes dépliantes de l’île Robinson (aux tomes 1 et 3).

Une rarissime édition du traité « Della tirannide » de Vittorio Alfieri

Vittorio Alfieri, Della tirannide, Torino [i. e Paris?] : Della Stamperia filantropica [Giovanni Claudio Molini?], anno IX (1800)
AZ 8369

Ecrivain et philosophe issu de la vieille noblesse piémontaise, Vittorio Alfieri (1749-1803) rédigea le livre Della tirannide à Sienne en 1777 et à Paris en 1787. Publié contre son gré à Paris en 1789, ce livre condamne toute forme de tyrannie, y compris la monarchie parlementaire chère à Montesquieu (et plus largement à toute une frange des Lumières).

Le statut de cette édition, parue de toute évidence sous une adresse fictive, n’est pas établi ; il pourrait s’agir de la contrefaçon réalisée par le libraire Molini sur un exemplaire volé de l’édition originale de 1789, dont la plupart des exemplaires ont été saisis par les sans-culottes lors du sac de l’appartement d’Alfieri en 1792, contrefaçon dénoncée par l’auteur par voie de presse.

Un livre érotique imprimé à Lausanne en 1788

François-Amédée Doppet, Aphrodisiaque externe, ou Traité du fouet et de ses effets sur le physique de l’amour : ouvrage médico-philosophique ; suivi d’une dissertation sur les moyens capables d’exciter aux plaisirs de l’amour, [S. l.] : [s. n.], 1788
AZ 8362

François-Amédée Doppet, fils d’un fabricant de cire de Chambéry est né dans cette ville en 1753. En 1771, il s’enrôle dans un régiment de cavalerie, d’où il passe dans les Gardes-françaises. Il sert trois ans dans l’armée, avant d’entreprendre des études de médecine à Turin, au terme desquelles il est reçu docteur en médecine. De retour à Chambéry, il tente sans succès de s’attirer les bonnes grâces de la Cour de Savoie. Ne parvenant pas à ses fins, il décide de voyager, parcourt la Suisse et s’établit à Paris. C’est probablement durant un séjour à Lausanne que, sous couvert de son statut de médecin, il publia le Traité du fouet, ouvrage où il est question :

  • Du fouet et de ses effets sur le physique de l’amour ;
  • Des causes par lesquelles les flagellations excitent à l’amour ;
  • De quelques erreurs qu’il serait utile de détruire principalement dans les couvents ;
  • De la nécessité de changer les peines qu’on inflige à l’enfance et à la jeunesse.

On y trouve également un catalogue des substances aphrodisiaques.

Edition sortie des presses lausannoises d’Henri Vincent, identifiable à son matériel typographique (Pascal Delvaux, étude en cours). On connaît très peu de livres érotiques imprimés à Lausanne sous l’Ancien régime.

Un mytérieux message codé?

Jean-Philippe de Loys de Cheseaux, Traité de la comète qui a paru en décembre 1743 et en janvier, février et mars 1744 : contenant outre les observations de l’auteur, celles qui ont été faites à Paris par Mr. Cassini et à Genève par Mr. Calandrini, A Lausanne et à Genève : chez Marc-Michel Bousquet & Cie, 1744
AZ 8626

Exemplaire enrichi d’un envoi de Loys de Cheseaux à sa soeur, « Madame de Chandieu Veuillens » [i.e Vulliens?], sous forme d’une lettre reliée à la suite du titre contenant un poème de six vers dont les initiales de chaque mot forment apparemment un message chiffré ; la clé de ce message n’a pas pu être trouvée.




Un réquisitoire contre la peine de mort

Edizione ultima dell’ anno MDCCLXIX, coll’aggiunta del Commentario alla detta opera del Signor di Voltaire, tradotta da celebre autore, A Lausanna : a richiesta universale, [1769]
AZ 8622

La parution, en 1764 à Livourne sous l’adresse fictive de Lausanne, de l’édition originale italienne du Traité des délits et des peines de Beccaria a connu un très grand retentissement dans l’Europe des lumières. Ce livre, où se trouve développée la toute première argumentation contre la peine de mort, est généralement considéré comme le fondement du droit pénal moderne. On ignore les raisons de l’utilisation, par Beccaria ou son imprimeur Giuseppe Aubert, de l’adresse de « Lausanne », adresse sous laquelle paraîtra également en 1766 la première traduction française de l’ouvrage, due à l’abbé Morellet.

Cette édition de 1769 sort des presses de Giuseppe Aubert à Livourne. Dotée d’un frontispice allégorique non signé dénonçant l’application de la peine de mort, elle contient la traduction italienne du Commentaire sur le Traité des délits et des peines de Voltaire.

Les machines de la Renaissance

Héron d’Alexandrie, Gli artifitiosi et curiosi moti spiritali di Herrone. Tradotti da M. Gio. Battista Aleotti d’Argenta Aggiontovi dal medesimo Quattro theoremi non men belli & curiosi de’ gli altri et il modo con che si fa artificiosamente salir un canale d’acqua viva, o morta, in cima d’ogn’alta torre, In Ferrara : per Vittorio Baldini, 1589
AB 2609

Héron d’Alexandrie imagina toutes sortes de machines hydrauliques et s’intéressa à la vapeur et à l’air comprimé. Principalement connu pour les machineries décrites dans son Traité des pneumatiques (??????????), on lui doit par exemple un projet de machine utilisant la contraction ou la raréfaction de l’air pour ouvrir automatiquement les portes d’un temple ou faire fonctionner une horloge. Sa redécouverte au XVIe siècle est à mettre en relation avec la fascination des savants de la Renaissance pour l’ingénierie, qui trouvera sa pleine expression, par exemple, dans les ouvrages de Jacques Besson – le célèbre ingénieur français, concepteur entre autres du mécanisme de la fontaine de la Palud à Lausanne.

Cette édition imprimée à Ferrare est illustrée de dizaines de gravures sur bois (non signées) représentant autant d’inventions mécaniques.

Un violent pamphlet contre le Mariage de Figaro

Antoine-Joseph Gorsas, L’âne promeneur, ou Critès promené par son âne. Seconde édition revue, corrigée & précédée d’une préface à la mosaïque dans le plus nouveau goût, A Pampelune : chez Démocrite : Falot Momus, 1786
AZ 8716

Contrefaçon de l’édition originale parisienne, imprimée à Lausanne par Henri Vincent, identifiable à son matériel typographique (Pascal Delvaux, étude en cours) ; elle reprend l’adresse de « Pampelune » utilisée par le premier éditeur.

Cette satire assez violente, principalement dirigée contre Beaumarchais et Le Mariage de Figaro, comporte une foule d’allusions et de traits contre les personnalités et les modes de l’époque. Elle sera réimprimée en 1788, sous le titre Le Rabelais moderne.

La lettre sur la comète de Maupertuis

Pierre-Louis Moreau de Maupertuis, Lettre sur la comète, [Paris] : [s.n.], 1742
AZ 8491

Seconde édition, publiée la même année que la première, augmentée d’un frontispice gravé par Dheuffand (Guillaume d’Heuland) d’après Maugein représentant plusieurs orbites de comètes au sein du système solaire.

Pierre-Louis Moreau de Maupertuis (1698-1759), philosophe, géomètre et astronome français, fut également un grand voyageur. Il se lia avec les Bernouilli, à Bâle, ainsi qu’avec La Condamine et Voltaire dont il devait faire un disciple enthousiaste du système de Newton.

«La comète observée le 2 mars 1742 à l’Observatoire de Paris fut pour lui l’occasion d’adresser à une dame une lettre où il rassemblait tout ce qui avait été dit de faux ou de vrai sur ces astres. Mais, loin de rassurer les hommes, il montre les ravages que les comètes pourraient causer dans l’univers par leur rencontre avec notre planète.» (Biographie générale, t. 34, p. 389)

Ex-libris gravé du mathématicien français Michel Chasles (1793-1880).

Panorama de Lausanne depuis Montbenon

Panorama de Lausanne avec ses environs et le lac de Genève : dessiné d’après nature sur le toit de l’Abbaye de l’Arc à Montbenon, Bâle ; Berne ; Lausanne : publié par J. P. Lamy, [ca 1815]
NEDA 17902

1 feuillet lithographié dépliant

Le langage des fleurs au temps d’Adolphe

Mme Goyet, Le bouquet du sentiment, ou allégorie des plantes & des couleurs. A Chalon s. S. : chez J.-B. Goyet, 1816
AZ 8728

Ce charmant opuscule contemporain de la parution d’Adolphe, un des premiers livres consacrés au langage des fleurs, a connu un tirage confidentiel (le seul autre exemplaire localisé se trouve à la BN, à Paris).

L’illustration consiste en un titre et deux planches signées par le peintre Jean-Baptiste Goyet (époux de l’auteure ?), délicatement aquarellées.

Un fou littéraire italien du XVIe siècle

Anton Francesco Doni, La zucca del Doni [I cicalamenti della zucca del Doni, Le baie della zucca del Doni, Le chiachiere della zucca del Doni]. In Vinegia : per Francesco Marcolini, 1551
AZ 8663

Ouvrage composé de trois parties, chacune dotée d’une page de titre et d’une pagination propres. L’illustration consiste en un frontispice et de nombreuses vignettes et encadrements gravés sur bois, non signés.

Anton Francesco Doni (1513-1574) a été longtemps décrié par la critique, victime de l’étiquette de « cervellaccio bizzaro e fantastico » que lui attribua Apostolo Zeno (1669-1750). Geneviève Duval-Wirth a démontré, dans un article publié dans la revue Chroniques italiennes (n° 13-14, 1988, « Un moraliste méconnu »), combien ce personnage mérite que l’on redécouvre son œuvre à la lumière de notre sensibilité contemporaine, dont il est finalement assez proche, abordant sans tabou de nombreux domaines du savoir humain susceptibles d’améliorer la vie: médecine psychosomatique, technique du placebo, diététique, télépathie, hypnose, chiromancie, criminologie, etc.

Discours sur les moyens de bien gouverner

Innocent Gentillet, Discours d’estat sur les moyens de bien gouverner & maintenir en bonne paix un royaume ou autre principauté. Dernière édition corrigée et augmentée de plus de la moitié, A Lausanne : par Jehan Chiquelle, 1585
AZ 8547

Edition probablement imprimée à Genève, et non à Lausanne: Chiquelle obtient du Conseil de Genève le 15 juin 1585 l’autorisation d’imprimer ce livre ; il ne s’établira à Lausanne que l’année suivante.

Huguenot modéré, avocat à Grenoble et à Vienne, puis parlementaire, Innocent Gentillet (1535-1588) fuit à Genève après le massacre de la Saint-Barthélemy, puis rentre en France après l’édit de Beaulieu de 1576. Ses opinions protestantes le font à nouveau exiler à Genève en 1585.

Son Discours d’estat sur les moyens de bien gouverner, dans lesquels il condamne les idées de Nicolas Machiavel, soupçonné de vouloir introduire l’impiété et l’immoralité dans le gouvernement, a paru en 1576. Il y accuse les Italiens de l’entourage de Catherine de Médicis de s’en faire les propagateurs.

L’ouvrage, qui paraît d’abord en latin, puis en français et en anglais, connaît une diffusion considérable à travers toute l’Europe jusqu’au milieu du XVIIe siècle. Gentillet affirme que la source de la richesse d’un État vient de sa forte population. Il estime que les luttes intestines et les mauvaises lois sont contraires au développement de la population et condamne le luxe comme nuisible au bien-être national. (Informations tirées de Wikipédia)

Recueil de pièces relatives à la Révolution vaudoise de 1845

« Recueil de pièces relatives à la Révolution vaudoise des 14 et 15 février 1845 et à ses causes, avec plusieurs autres pièces relatives au jésuitisme et au méthodisme ». [Lieux divers], 1845
AZ 8412

Sept brochures recueillies et commentées (à la plume) en 1849 par Antoine Baron, premier archiviste du Canton de Vaud, qui a ajouté en tête une caricature de l’époque représentant un jésuite aux ordres d’un Français (?) faisant un pied de nez à un ours bernois enchaîné par le pacte de 1815 et sacrifié au peuple souverain.


Amours de Sainfroid et d’Eulalie

Les amours de Sainfroid, jésuite, et d’Eulalie, fille dévote : histoire véritable, A La Haye : chez Isaac vander Kloot, 1743
AZ 8700

Contrefaçon publiée à Lausanne par Marc-Michel Bousquet sous le nom d’emprunt d’Isaac van der Kloot, décédé en 1741, chez qui a paru l’édition originale de ce texte en 1729.

Reliure signée Smeers (Isidore Smeers, relieur belge établi à Paris, décédé vers 1896) en maroquin rouge avec triple filet doré encadrant les plats, caissons décorés aux petits fers, dentelle intérieure, le tout à chaud, tranches dorées, gardes de papier fantaisie au peigne.

Marc-Michel Bousquet, l’un des éditeurs les plus actifs à Lausanne au XVIIIe siècle, a publié successivement trois éditions de ce best-seller de la littérature grivoise des Lumières, en 1743, 1748 et 1760. Seule l’édition de 1748 manque encore aux collections de la BCU Lausanne.

Bibliothèque Olivier Julliard

Esprit singulier, Olivier Julliard, né à Genève, a légué à la BCU Lausanne, peu avant son décès, la riche bibliothèque d’honnête homme qui l’avait accompagnée dans son parcours de vie et son activité d’écrivain-philosophe.

Dans cette collection figurent de nombreux livres précieux, à l’instar de cet exemplaire de L’Affaire Crainquebille, d’Anatole France, illustré de 62 dessins de Théophile-Alexandre Steinlen (Paris: Edouard Pelletan, 1901).

Un des 25 ex. de tête contenant un dessin original et une collection d’épreuves sur chine (n° 17, imprimé sur japon ancien), avec l’ex-libris gravé d’Anatole France et diverses notes autographes de ce dernier ; ont été ajoutés deux portraits de l’auteur par Steinlen au crayon gris et rouge.

Un travail d’orfèvre en taille-douce

Louis Jurine, [Planches de l’Histoire abrégée des poissons du lac Léman], Le Mont-sur-Lausanne : J. Genoud, 1976
NEDC 292

Réédition des planches parues en 1825 dans les Mémoires de la société de physique et d’histoire naturelle de Genève, augmentée d’un tirage en couleurs des planches 2, 3, 5, 8, 9, 10, 12, 13 et 15 réalisé à l’atelier de Saint-Prex sur les cuivres originaux conservés au Muséum d’histoire naturelle de Genève.

Tirage limité à 12 exemplaires hors commerce numérotés de I à XII, celui-ci offert à la BCU Lausanne par Jean Genoud.

Du « Chat noir » aux « Hydropathes »…

Passionné par les revues satiriques, Bernard Schira a fait don en 2011 à la BCU Lausanne d’une riche collection de journaux, publiés principalement à Paris, mais aussi en terre romande, depuis la seconde moitié du XIXe siècle.

Cette collection fera prochainement l’objet d’une exposition particulière.

L’Hydropathe : journal littéraire illustré, Paris, 1879-1919
B 19878

Revue du club littéraire parisien « Les Hydropathes » fondé par le poète et romancier Emile Goudeau.
Illustrations de Cabriol.

Seul le titre du premier numéro renvoie directement au club homonyme ; les numéros suivant présentent le titre L’hydropathe.

Le Chat Noir : organe des intérêts de Montmartre, Paris, 1882-1899
B 19981

Revue du célèbre cabaret montmartrois fondé en novembre 1881 par Rodolphe Salis. Emblématique de la presse humoristique Belle Epoque, Le Chat noir a bénéficié du concours de nombreux artistes, dont le Vaudois Théophile-Alexandre Steinlen.


Gustave Doré : trois albums des débuts

La rencontre, en 1847, à Paris, de Charles Philipon, qui dirige les éditions Aubert & Cie et le Journal pour rire, est décisive pour la carrière de Gustave Doré, alors âgé de 15 ans à peine. C’est sous les auspices de Philipon que paraîtront ses premiers albums de caricatures, aujourd’hui rarissimes.

  • Les travaux d’Hercule (Paris : Aubert & Cie, [1847])
    OBLA 2236
  • Trois artistes incompris et mécontens [sic] : leur voyage en province… et ailleurs !!, leur faim dévorante et leur déplorable fin
    (Paris : Aubert & Cie, éd. du Journal pour rire, 1851)
    NEDC 280
  • Des-Agréments d’un voyage d’agrément (Paris : Aubert et Cie, [1851])
    OBLB 638

Exposition de la Bibliothèque nationale de France

Un calendrier art nouveau dessiné par Eugène Grasset

Eugène Grasset, Calendrier 1886 [Paris] : Au Bon Marché, 1866
NEDB 5526

Calendrier créé pour le magasin « Au bon marché » par Eugène Grasset (1945-1917), né à Lausanne, un des maîtres de l’illustration art nouveau, dont le monogramme figure sur le titre. L’ensemble a été gravé par Gillot.

Exemplaire comportant les douze planches en couleurs avant la lettre, montées sur onglets avec la planche de titre monochrome.

Un des plus anciens textes imprimés en patois vaudois

[Anonyme], Lo conto d’au craizu : coq à l’âne dans le patoi [sic] du canton de Vaud [Lausanne, vers 1803?]
NEDB 5596

L’auteur de ce conte serait, d’après le doyen Bridel, cité par Gauchat, un certain M. De la Rue, de Lutry. Il n’a pas été possible d’identifier celui-ci.

La date et le lieu d’édition (probablement Lausanne) ne sont pas déterminés avec précision. Les dates de 1780 ou 1785, parfois avancées, paraissent trop anciennes eu égard à la typographie, assez caractéristique des dernières années du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle ; l’existence du « Canton de Vaud » à proprement parler n’est par ailleurs pas antérieure à 1803.

Au temps des recueils de vues romantiques du Léman…

Jacques Rothmüller, Souvenirs du Lac Léman, Genève : Lith. de Spengler et Cie, [ca 1830]
OBLA 2180

Contient 12 planches lithographiées par Spengler et Engelmann:

  1. Coppet et Château de Mad. me de Staël
  2. Bains Astor à Genthod
  3. Port de Nyon et château de Prangins
  4. Entrée du port de Morges
  5. La Gordane près Rolle
  6. Château de Wuflens
  7. Ouchi et Lausanne
  8. St. Pré
  9. Tour du Peilx et Vevey
  10. Bains Eynard à Beaulieu près Rolle
  11. Nyon
  12. Village et Château de Cran

Reliure avec décor à la plaque à froid, titre poussé à chaud « Souvenirs de la Suisse » sur le 1er plat, avec étiquette du relieur, Simier (Paris). Exemplaire incomplet du titre gravé.

Un voyageur belge dans les Alpes

Un voyageur belge dans les Alpes
Charles-Alexandre Snoeck, Promenade aux Alpes (Gand? 1824)

Récit d’un voyage dans les Alpes suisses accompagné de gravures reproduisant les dessins réalisés par l’auteur durant son périple : le nombre et la nature des dessins variant selon les exemplaires, il est difficile d’en préciser le nombre ; selon une étude de May de Rudder parue dans la Revue d’alpinisme (Bruxelles, année 1939-40, p.13-42), l’illustration comprend : un titre-frontispice en couleurs représentant l’auteur en randonneur alpin, 18 planches de costumes coloriées, 48 planches de paysages, 7 cartes dépliantes (dont une retraçant le trajet effectué depuis Rennaix, en Belgique) et une planche de musique (Ranz des vaches), le tout réalisé en lithographie.

Un exemplaire annoté par Antoine Baron, premier archiviste vaudois

Un exemplaire annoté par Antoine Baron, premier archiviste vaudois

Charles-Louis de Bons, Notice sur Chillon, en partie extraite des Mémoires historiques de feu A.J. de Rivaz (Lausanne : M. Ducloux, 1843

Exemplaire enrichi d’abondantes notes manuscrites de Pierre-Antoine Baron (1788-1864) constitué par ce dernier à l’intention du capitaine Louis Chollet, directeur du fort de Chillon, auquel il a été offert en 1854. Chargé de la collection de médailles de la Bibliothèque cantonale dès 1832, puis conservateur des antiquités, Antoine Baron fut le premier archiviste d’Etat vaudois, fonction qu’il assuma de 1838 à sa mort.

Un manifeste réactionnaire dans une reliure romantique

Un manifeste réactionnaire dans une reliure romantique
Charles Cottu, De la nécessité d’une dictature (Paris : Belin-Mandar et Devaux, 1830)

Juriste et publiciste né en 1778, Charles Cottu fut un partisan convaincu de la réaction incarnée par Charles X et un ennemi juré de la liberté de la presse : « Ils ont voulu la liberté indéfinie de la presse ; ils périront par la presse ».

Publié en mars 1830, De la nécessité d’une dictature intervient au moment où la tension entre Charles X et la classe politique est à son comble en raison des prérogatives que le roi veut s’attribuer, ressenties comme un retour à la monarchie absolue.

Contraint à l’exil après le renversement de Charles X, en juillet 1830, Cottu se réfugie à Lausanne, où il rédigera son principal ouvrage : Théorie générale des droits des peuples et des gouvernements appliquée à la Révolution de Juillet.

Reliure en plein veau olive décorée à la roulette à froid, fleuron central estampé en négatif, double filet doré encadrant les plats.

La Bastille revue et corrigée par Linguet

La Bastille revue et corrigée par Linguet
Mémoires sur la Bastille et sur la détention de M. Linguet, écrits par lui-même (A Londres : de l’imprimerie de T. Spilsbury, 1783)

L’avocat Simon-Nicolas-Henri Linguet fut l’un des plus brillants publicistes des années pré-révolutionnaires. Son esprit caustique et sarcastique lui valut de nombreux ennemis, et il préféra quitter la France. On le retrouve en Suisse, en Hollande, à Londres, où il publie en 1777 sa célèbre feuille, les Annales civiles, politiques et littéraires. Suite à son enlèvement par la police française à Bruxelles en 1780, il passera deux années à la Bastille qui lui inspireront la rédaction de ces Mémoires dont la publication fit grand bruit.

Parmi la dizaine d’éditions publiées en 1783 sous l’adresse supposée de Londres, deux le furent à Lausanne. Celle-ci sort des presses d’Abraham-Louis Tarin, identifiable à son matériel typographique, probablement pour le compte du libraire-éditeur François Grasset.

Frontispice représentant l’auteur, en compagnie d’autres personnages se prosternant devant la statue élevée à la gloire de Louis XVI avec, à l’arrière-plan, la Bastille en ruine. La prémonition ne se vérifia pas complétement : la Bastille fut bien détruite, mais pas par Louis XVI, et Linguet fut décapité en 1794…

Des fleurs et des fruits à profusion…

Des fleurs et des fruits à profusion…
Raoul Adrien Fréard du Castel, L’école du jardinier fleuriste, nouvelle édition, corrigée et augmentée par un membre de la Société œconomique de Berne (Yverdon, 1767)

Imprimée par F.-B. de Félice, cette édition revue par le pasteur yverdonnois Jean Bertrand témoigne de l’engouement, à la faveur des théories énoncées par les physiocrates, pour les jardins fruitiers et les plantations florales.

Exemplaire doté d’un frontispice gravé par Le Veau d’après Gravelot représentant deux gentilshommes devant une plantation de tulipes.

Aux sources du « pittoresque »

Aux sources du « pittoresque »
William Gilpin, Three essays : on picturesque beauty, on picturesque travel, and on sketching landscape (London: printed for R. Blamire 1792)

«The art of sketching is to the picturesque traveler what the art of writing is to the scholar. Each is equally necessary to fix and communicate its respective ideas.»

Formulée dès 1768 dans son Essay on Prints, la définition du pittoresque en peinture de William Gilpin (1724-1804) a marqué le goût anglais en matière picturale pendant près de cinquante ans. Figure incontournable de l’esthétique pré-romantique, Gilpin est, avec Jean-Baptiste Le Prince ou plus tard Goya, un des principaux promoteurs de l’aquatinte, ou gravure en manière de lavis, appelée à dominer la scène artistique à la fin du 18e et au début du 19e siècle.

« L’heureux jour » contrefait à Lausanne

« L’heureux jour » contrefait à Lausanne
Masson De Pezay, L’heureux jour, épître à mon ami (A Paris, et à Lausanne : chez François Grasset, 1768)

Contrefaçon lausannoise d’un opuscule publié la même année à Paris. La vignette et le fleuron ont été gravés en taille-douce  à Lausanne par Chovin sur le modèle parisien, oeuvre d’Eisen ; le titre gravé et le frontispice illustrant l’édition originale n’ont pas été repris.

Né à Genève en 1718, Jacques-Antony Chovin est le premier taille-doucier établi à Lausanne, en 1761, après avoir été actif à Bâle, où il signe des travaux dès 1748 au moins.  Auparavant, les planches illus­trant des ouvrages imprimés à Lausanne étaient confiées à des professionnels parisiens, lyonnais ou genevois.

Masson

Un incunable de l’aquatinte

Un incunable de l’aquatinte
Coqueley de Chaussepierre, Le roué vertueux (Lauzanne, 1770)

Cette pochade littéraire prétend réduire à quelques exclamations le texte de l’auteur («En n’y mettant rien, en n’en pourra pas critiquer le style»), laissant le soin à quelque bonne plume de «s’exercer et remplir, en vers ou en prose, ce grand sujet». Prisé par les dadaïstes, qui y virent une préfiguration de leurs idées, ce livre étonnant est illustré de cinq planches anonymes attribuables à Jean-Baptiste Le Prince, considéré comme l’inventeur de la technique de l’aquatinte.

L’aquatinte, grâce à un procédé de grainage au sable des plaques permettant d’obtenir un effet de lavis, constituera un mode de représentation très apprécié à la fin du 18e siècle, avant d’être relayé par la lithographie puis par les procédés photomécaniques, moins coûteux. L’adresse de Lauzanne figurant est fictive. L’ouvrage a paru à Paris.

Coqueley

Une rare édition de Lamartine

Une rare édition de Lamartine
Alphonse de Lamartine, Histoire de la révolution de 1848 (Lausanne : Imprimerie suisse, 1849)

Rédigé au lendemain de l’échec de Lamartine face à Louis-Napoléon Bonaparte aux élections de 1848, ce livre, en dépit de sa  diffusion relativement large (on dénombre cinq éditions différentes en 1849), marque la fin des ambitions politique de l’écrivain.

L’origine réelle de cette édition rarissime (seul exemplaire localisé) reste mystérieuse : aucun autre livre publié à cette époque à Lausanne ne porte l’adresse de l’Imprimerie suisse.

Un « erotica » lausannois

Un « erotica » lausannois
Aphrodisiaque externe ou Traité du fouet et de ses effets sur le physique de l’amour, ouvrage médico-philosophique; suivi d’une dissertation sur les moyens capables d’exciter aux plaisirs de l’amour (1788)

Attribué au médecin François-Amédée Doppet (né à Chambéry en 1753), cet ouvrage fait partie de ce que les libraires de l’époque appelaient pudiquement les « Livres philosophiques ». Il témoigne de la mode du libertinage et de la curiosité que suscitent les thématiques hédonistes pour les contemporains du marquis de Sade.

Cette édition, sortie des presses lausannoises d’Henri Vincent, identifiable à son matériel typographique (selon Pascal Delvaux, étude en cours), constitue un des rares exemples connus de tels livres imprimés en terre vaudoise.

Un Robinson veveysan

Un Robinson veveysan
Collection de cent-cinquante gravures représentant et formant une suite non interrompue des Voyages et aventures surpre­nantes de Robinson Crusoé, dessinées et gravées par F. A. L. Dumoulin à Vevey (Vevey : chez Blanchoud, vers 1818)

François-Aimé-Louis Dumoulin (1753-1834) quitte Vevey à l’âge de vingt ans pour aller chercher fortune à Londres. Il y embarque pour les Antilles, où il demeurera neuf ans. En marge de ses emplois dans le commerce, il apprend la peinture en autodidacte. De retour à Vevey au bénéfice d’une petite fortune, il a pu vivre de sa peinture, notam­ment en vendant des œuvres et en donnant des cours de dessin privés.

Les Voyages et aventures de Robinson Crusoé, de Daniel Defoë ont paru en anglais en 1717. La première traduction française a été publiée à Amsterdam en 1720. Cette fiction inspirée de l’histoire véri­dique d’un marin écossais abandonné pour s’être rebellé sur l’île de Juan Fernandez, au large du Chili, de 1705 à 1709, a fait rêver des générations d’adolescents. Dans l’ « Avertissement » placée à la tête du volume, Dumoulin souligne bien l’importance de ce texte et de son illustration pour le jeune homme qu’il avait été : « Dès mon enfance, ce livre et les figures qui y étaient attachées, fixèrent singulièrement mon attention ; je leur dois le goût de la lecture, du dessin et de l’étude de la nature, et Robinson Crusoé développa chez moi le désir de voyager ».

La suite gravée à l’eau-forte et retouchée au burin par Dumoulin constitue un des ensembles d’images les plus riches inspirés par les voyages de Robinson.

Le volume présenté appartient à la rarissime réédition sur « grand pa­pier » publiée à Vevey par le libraire Blanchoud vers 1818, quelques années après la parution originale, imprimée par Loertscher et fils.

Un fac-similé de l’édition originale de ce livre peut être commandé à la BCU-Lausanne ou acheté à la boutique du Musée.

Un dessinateur yverdonnois peu connu : Fritz de Niederhäusern

Un dessinateur yverdonnois peu connu : Fritz de Niederhäusern

Souvenirs de la campagne du Rhin, 1857, dédiés au vingtième bataillon (commandant Many) par F. de Niederhäusern (Genève : Imprimerie Auto-lith. Eisenhardt, 1857)

Cet album relate en vingt planches lithographiées la participation d’un bataillon genevois à une des premières mobilisations de la toute jeune armée fédérale, placée sous le commandement du Général Dufour- Il s’agissait de contenir la menace d’une invasion prussienne de la Suisse à la suite du coup d’état tenté en 1856 pour rétablir la souveraineté de la Prusse sur le canton de Neuchâtel, réuni à la Confédération depuis 1848.

Né à Yverdon en 1828, François-Louis (alias Fritz) de Niederhäusern a été l’élève d’Alexandre Calame à Genève. Le recueil intitulé Badenweiler 1862 (14 planches) témoigne de son établissement en Alsace, près de Mulhouse, où il épouse en 1867 Olga Koechlin et où il décédera en 1888. L’exemplaire acquis est dédicacé à « Monsieur Emile Koechlin » (industriel de Mulhouse apparenté à son épouse).

24 vues de Lausanne au temps des Romantiques

24 vues de Lausanne au temps des Romantiques
Souvenirs de Lausanne (Lausanne : G. Rouiller, vers 1830)

Cet album contient 24 vues de Lausanne signées « J. Dubois ». L’activité du peintre genevois Jean Dubois (1789-1849) prend place dans le contexte du développement du tourisme en Suisse, à l’époque romantique. Il a gravé des vues pittoresques qui ont fait l’objet de publications plus ou moins ambitieuses selon les possibilités de l’éditeur. Destinés à une clientèle aisée, ces recueils étaient réali­sés avec beaucoup de soin. Les gravures publiées permettent de docu­menter de nombreux endroits et bâtiments modifiés ou disparus, qui n’ont pas toujours connu les honneurs d’une représentation pictu­rale.

Les planches qui composent ce volume ont été imprimées par André-Philibert Spengler, l’un des premiers lithographes romands, établi à Genève et à Lausanne au début des années 1820.

Des Hurons lausannois qui n’en sont pas…

Des Hurons lausannois qui n’en sont pas…

L’Ingénu, histoire véritable tirée des manuscrits du Père Quesnel

Ce texte, l’un des plus célèbres de Voltaire, a paru à Genève, chez les frères Cramer, sous l’adresse fictive d’Utrecht en 1767.  Parallèlement, une édition pirate a été publiée à Paris sous le titre Le Huron, ou l’Ingénu et l’adresse, tout aussi fictive, de Lausanne. Ces deux éditions ont été réimprimées l’année même une douzaine de fois par des ateliers restés anonymes. On dénombre 8 éditions différentes datées de Lausanne en 1767…

La Terreur à Lyon…

La Terreur à Lyon…
Liste générale des dénonciateurs et des dénoncés, tant de la Ville de Lyon que des Communes voisines et de celles de divers Départemens (Lausanne : Société typographique, 1795)

« Plusieurs Citoyens de Lyon, qui s’étoient réfugiés dans notre Ville, et à qui nous avons donné l’hospitalité pour les soustraire à la hache triumvirale, nous ont fait-parvenir, après leur retour dans leurs foyers, les listes des dénonciateurs et dénoncés, avec prières de les faire imprimer. Nous avons acquiescé à leur demande, et nous nous sommes persuadés que non seulement nous rendions service aux braves Lyonnais, en publiant ce recueil qui leur fera connoitre les bons et les mauvais Citoyens, et dont nous garantissons l’autenticité par les pieces originales et en bonnes formes, qui sont entre nos mains, mais nous croyons encore avoir préparé des matériaux à l’homme de lettres qui donnera l’histoire impartiale de la Révolution de la France.

Description de la gravure :

A droite, une mère avec ses enfans arrosant de leurs larmes un Mausolée qui renferme les restes d’un époux fidelle, d’un père tendre, égorgé par les Robespierriens. Des cyprès ombragent le Mausolée. Un génie planant dans les airs, ceint de la couronne de l’immortalité, une urne cinéraire, qui surmonte la pyramide. A gauche, un canon, pour désigner le genre de mort, inventé par le sanguinaire Collot, pour punir les prétendus rebelles de Lyon. »

L’origine lausannoise de cette liste dénonçant les méfaits des parti­sans de la Terreur à Lyon est douteuse : la Société typographique, censé l’avoir imprimée, a cessé toute activité en 1783 déjà.

Cervantès imprimé à Lausanne

Cervantès imprimé à Lausanne
Nouvelles exemplaires de Michel de Cervantes Saavedra, traduction et édition nouvelle augmentée de trois nouvelles qui n’avoient point été traduites en françois & de la vie de l’auteur par Mr. l’abbé S. Martin de Chassonville (Lausanne : Marc-Michel Bousquet, 1759, 2 vol.)

Le libraire-éditeur lausannois Marc-Michel Bousquet, dont le com­merce s’étendait à l’Europe entière, a publié les Nouvelles exem­plaires de Cer­vantès à plusieurs reprises, en espagnol (1743) et en français (1744 et 1759), dans la traduction publiée par l’abbé Saint-Martin de Chas­sonville à Amsterdam de 1705 à 1707.

Le frontispice gravé et les 10 planches qui ornent cette parution sont identiques dans toutes les éditions de ce livre publiées par Bousquet.

Le premier dictionnaire français-italien

Le premier dictionnaire français-italien
Dictionnaire françois et italien, recueilli par Jean Antoine Fenice
(A Morges, et se vendent à Paris chez Nicolas Nivelle, 1585)

Cet ouvrage constitue le premier dictionnaire français-italien connu. Oeuvre de Giovanni Antonio Fenice, érudit protestant originaire de Ferrara établi à Paris, il est dédicacé à Matthias Le Noir, trésorier d’Henri III, qui a assuré le financement de l’entreprise.

Ce sont les frères Jean et François Le Preux, grands libraires parisiens réfugiés à Lausanne puis à Morges pour cause de religion, qui ont imprimé ce dictionnaire, en coédition avec leurs confrères Jacques Du Puys et Nicolas Nivelle. La date imprimée sur le titre est tantôt 1584, tantôt 1585. Certaines entrées, par exemple « Omble », suggèrent que Fenice pourrait avoir séjourné quelques temps sur les rives du Léman :

Umble, espece de poisson du lac de Geneve : Pesce che nasce nel lago di Geneva, molto buono e delicato.

Un brûlot réformé imprimé à Lausanne en 1574

Un brûlot réformé imprimé à Lausanne en 1574
Francois Hotman, Francogallia, editio secunda (Coloniae : ex officina Hieronymi Bertulphi, 1574)

François Hotman, jurisconsulte et homme de lettres né à Paris en 1524, a enseigné la philologie pendant quelques années à l’Académie de Lausanne après avoir adhéré au protestantisme en 1547. Il rejoint en 1556 Strasbourg avant de s’établir à Bourges. Suite au massacre de la Saint-Barthélemy, il se réfugie à Genève, où il publie, en 1573, un pamphlet qui fera sensation intitulé Francogallia. Ce livre défend l’idée que la couronne de France n’est pas héréditaire mais élective, et que les rois peuvent par conséquent être déposés. Il a fait l’objet en 1574 d’une seconde édition et d’une traduction en français (La Gaule françoise), toutes deux imprimées à Lausanne sous la fausse adresse de Cologne par les frères Le Preux, identifiables à leur matériel typo­graphique. François Hotman est mort à Bâle en 1590.