Contexte

Au début du XIXème siècle, la place des femmes au travail dans l’industrie se fait difficilement dans une société de l’époque fortement patriarcale. Les femmes sont considérées comme ayant moins de force physique par les hommes et se voient rarement confier des postes où celle-ci est requise. Les hommes occupant alors la majorité des postes de dirigeants, n’accordent aux femmes que des travaux qui requièrent généralement patience et docilité plutôt que de la force physique. Les domaines où les femmes sont alors le plus présentes sont les industries du textile et aussi les mines pour le criblage. La société de l’époque étant dominée par l’homme, les femmes n’ont jamais accès aux postes comportant des responsabilités ou des décisions et de ce fait sont toujours au plus bas de la hiérarchie. Une forte disparité salariale entre hommes et femmes existe aussi alors[1].

 

La plupart des femmes travaillant en industrie ne sont pas mariées, elles sont généralement jeunes, mères célibataires ou veuves. La femme qui se marie est souvent reléguée au foyer. De plus, ces femmes ne sont majoritairement ni bourgeoises ni nobles[2].

 

Pendant la période de révolution industrielle (XIXème siècle), la situation des femmes évolue peu. Bien que des mouvements féministes existent et luttent pour l’égalité, non pas des sexes, mais salariale, presqu’aucune mesure législative n’est prise. Il faut remarquer que l’image de la femme dans la société patriarcale est celle de la femme au foyer qui s’occupe du ménage et des enfants[3]. C’est une des raisons pour laquelle les hommes sont alors peu enclin à accorder des droits qui favoriseraient les ouvrières. Cependant même si les femmes n’obtiennent quasiment aucun droit supplémentaire, le pourcentage de femme qui travaillent en usine augmente. Ceci peut être expliqué notamment par le fait que les machines dévalorisent la force physique de l’homme et les employeurs préfèrent employer les femmes qui sont alors une main-d’œuvre moins chère.

 

En 1914 lorsque la guerre éclate, cette situation change profondément dans les pays impliqués. Durant la période de guerre, Les femmes sont amenées à remplacer les hommes qui doivent quitter leurs places de travail dans tous les domaines. Dans les usines, elles passent de leur travail souvent répétitif et pénible (ouvrière sur une chaîne de montage, blanchisseuse de textile) à des métiers comportant plus de responsabilités. Contrairement aux années antérieures à la guerre, l’idée que les femmes n’ont pas leurs places dans des usines disparaît et au contraire elles sont encouragées à prendre part dans l’industrie. D’autre part, les gouvernements doivent mobiliser de la main-d’œuvre pour l’industrie militaire : production de munition et d’armes. Les femmes sont souvent appelées à travailler dans cette nouvelle industrie (qui n’est pas réellement différente de la plupart des chaînes de montages)[4].

 

Après la guerre, les femmes se voient plus souvent confier des tâches. Toutefois, le mouvement revient partiellement en arrière à la fin de la guerre. Les hommes reprennent leurs postes à l’usine et les femmes sont poussées à revenir au foyer pour avoir des enfants et compenser les pertes humaines de la guerre. De plus, nombreux sont les hommes qui sont blessés dans leur fierté de se voir remplacés par des femmes à l’époque. Si bien qu’après la guerre la situation reprend à presque son cours d’avant-guerre, avec des nouveaux opposants au travail des femmes. On note, en revanche, qu’après cet événement, la question de la discrimination se pose. Les femmes ont, en quelque sorte, administré une preuve flagrante qu’elles étaient bien plus capables au travail que ce que les hommes auraient voulu admettre avant la guerre[5].

 

La Deuxième Guerre mondiale crée une mobilisation d’hommes plus importante encore et les femmes prennent alors encore beaucoup plus de place dans l’industrie (civile et militaire). En France, cela ne dure guère car le gouvernement impose le modèle de femme au foyer, notamment en interdisant aux entreprises d’engager une femme mariée. Cette situation change à la libération où les hommes et les femmes acquièrent des droits égaux au travail[6].

 

Comme l’indique le graphique ci-dessous, les ouvrières sont mentionnées dans le Journal de Genève et la Gazette de Lausanne plus encore qu’à l’habituel dans les périodes de guerre. Cela indique une médiatisation plus importante des femmes ouvrières et nous permet de dire que les polémiques et débats sur l’égalité homme-femme au travail ont fait rage pendant ces années-là. En France, l’égalité en droit entre homme et femme face au travail entre dans la constitution en 1946, tandis qu’en Suisse le débat n’aboutit pas et l’article sur l’égalité face au travail n’entrera en vigueur qu’en 1996 soit 50 ans après la France[7].

 

Taux d’apparition du mot “ouvrière” dans les archives du Temps issu de http://www.letempsarchives.ch/recherche

 

Au terme de notre démarche de contextualisation nous nous apercevons, que la disparité homme femme dans l’industrie n’est pas uniforme (hommes majoritaires dans la métallurgie avant la guerre contre femmes majoritaires dans le textile) et les rôles sont clairement répartis selon une hiérarchie dans laquelle les femmes n’ont accès qu’aux postes les plus bas. Les femmes ont dû se faire une place dans le monde de l’usine en acceptant les tâches les plus ingrates et pénible. Elles ont dû sacrifier leur fierté et leur salaire pour pouvoir s’affirmer dans un monde dirigé, au départ, par le machisme d’une société patriarcale qui craignait de les voir se démarquer. Elles ont dû casser leur cage qu’est le modèle de la femme au foyer et prouver aux hommes qu’elles avaient autant droit qu’eux au travail. Et en ce sens, toutes les ouvrières et travailleuses de l’époque ont contribué au mouvement qui allait dans le sens de l’égalité salariale et juridique homme femme dans le monde du travail.

Retour au sommaire

?

 

[1]WAILLY Jeanne-Marie, Les différentes phases du travail des femmes dans l’industrie, Innovations (no 20), De Boeck Supérieur, 2004, p. 131-146

[2]Ibidem

[3]Ibidem

[4]WAILLY Jeanne-Marie, Les différentes phases du travail des femmes dans l’industrie, Innovations (no 20), De Boeck Supérieur, 2004, p. 131-146

[5]Ibidem

[6]Ibidem

[7]Constitution suisse, Article 151.1, Loi fédérale sur l’égalité entre femmes et hommes, 24 mars 1995