Mesurer les arbres pour voir les signes des changements climatiques

QUELS SONT LES FACTEURS DE L’ENVIRONNEMENT QUI EXPLIQUENT LA CROISSANCE DES ARBRES EN ALTITUDE ? 

En montagne, la température diminue régulièrement avec l’altitude, d’environ 0.55°C/ 100 m. Cette décroissance détermine la limite supérieure de la forêt qui est, en Valais, constituée par l’arole et le mélèze. La contribution des températures, en combinaison avec d’autres facteurs, reste à ce jour encore mal connue pour expliquer la transition entre forêt et pelouses alpines. Il s’agit dans ce projet de mesurer des facteurs de l’environnement pour les mettre en relation avec la croissance des aroles au-dessus de la limite de la forêt.    

AVEC CHRISTOPHE RANDIN, Biogéographe
LES QUESTIONS

    L’augmentation des températures de l’air dans le contexte du réchauffement en cours modifie la distribution de la végétation, notamment la limite supérieure de la forêt. L’augmentation de température observée en Valais durant les dernières décennies correspond à une remontée d’environ 300 m de la limite potentielle de la forêt, respectivement de la limite de l’arbre. Une augmentation de 4°C, telle que prévue pour la fin du 21e siècle, correspondant pour sa part à une remontée de plus de 700 m de ces deux limites.

  • Quels sont les facteurs de l’environnement qui expliquent la croissance des arbres entre la limite supérieure de la forêt et la limite absolue des arbres en altitude ?
LES ENJEUX

De tels changements auront un impact considérable sur le paysage et au niveau des activités humaines. En particulier, l’étage alpin sera très fortement réduit, avec des conséquences sur la diversité végétale et animale, le cycle de l’eau, l’activité agricole et le tourisme.

COMMENT PARTICIPER À CE PROJET ?

Vous pouvez apporter une contribution à ce projet de recherche de deux manières :

  • Partagez vos images anciennes de paysages du Val d’Hérens montrant spécifiquement la limite supérieure des forêts, et des cartes anciennes ou relevés des forêts du Val d’Hérens avec Christophe Randin
  • Participez à la journée de mesures pour mesurer la taille des arbres, recueillir des informations sur l’environnement comme la température et l’humidité et des données sur les forêts d’Arolla, en compagnie de 3 scientifiques spécialistes de ces questions. Une occasion d’entamer un dialogue avec eux sur l’avenir des forêts du Val d’Hérens et les enjeux des changements qui se profilent à l’horizon !

https://wp.unil.ch/herens/évènement/arbres/?instance_id=9

TRAVAIL EN COURS

Etat au 10 décembre 2021 :

Le réchauffement en cours permet modifie la croissance et la distribution géographique de la végétation. La réponse immédiate des végétaux peut être observée par une croissance plus rapide et un décalage de la phénologie. A l’échelle de la décennie, des zones encore trop froides en altitude au début du 20e siècle sont peu à peu colonisée.

Les effets du réchauffement sur la croissance et la distribution des arbres à leurs limites supérieures sont déjà observables, en particulier pour l’arolle qui atteint déjà l’altitude record de 2800 m en Valais pour une croissance qui dépasse les 10 cm par année. Une augmentation de 2.7 à 4°C, telle que prévue pour la fin du 21e siècle, correspondrait à une remontée de 400 à 700 m de la limite supérieure de cette espèce. Il est donc important de pouvoir suivre à la fois les changements de distribution et de croissance de cette espèce pour être capable de prédire les modifications du paysage engendrées par la montée en altitude de la limite de la forêt. Le dimanche 26 septembre, une équipe de six citoyens scientifiques ont réalisé un tel suivi en compagnie de deux chercheurs et de deux médiatrices scientifiques dans le cadre d’une enquête participative proposée dans le cadre du projet Val d’Hérens 1950/2050. Plus de quarante arolles ont été géo-référencés et mesurés durant la journée, entre 2000 et 2400 m d’altitude, au-dessus de la limite de de la forêt mais aussi juste en dessous de la limite de la neige ce jour-là. Ces données permettent des comparaisons entre le Val d’Hérens et le Val d’Arpette où l’arolle est suivi depuis 20 ans. Durant cet hiver, des élèves du cycle d’orientation du Val d’Hérens construiront et placeront de petites stations de mesure de la température. Ces mesures seront mises en relation avec la croissance des arolles.

Par Christophe Randin

Les aroles, marqueurs du changement climatique en montagne. Photo de Hans Braxmeier de Pixabay