Thèse soutenue par Nico Bätz, le 4 novembre 2016, Institut des dynamiques de la surface terrestre (IDYST)
La notion de succession biogéomorphologique a été récemment proposée pour décrire dans les milieux de rivière en tresses, à l’échelle de temps décennale, la transition d’un dépôt alluvial récent vers une forêt alluviale. L’ensemble original des rétroactions entre processus physiques (comme l’érosion) et biologiques (comme l’établissement de la végétation) caractérisant cette succession ont été particulièrement étudiés à de courtes échelles de temps. Des études retraçant l’évolution des rivières en tresses à l’échelle décennale ont été principalement fondées sur l’interprétation des images aériennes historiques, qui en revanche ne fournissent pas d’information sur l’état de l’écosystème lors de la succession biogéomorphologique. (suite…)
Les mouvements des plaques tectoniques sont à la base de la formation des chaînes de montagnes, de l’activité volcanique et des violents séismes qui frappent les populations. Ces plaques dites lithosphériques dont l’épaisseur varie entre 80 et 200 km sont composées de la croûte océanique ou continentale et d’une partie rigide du manteau terrestre. Cependant on connaît encore très mal la nature de la base de ces plaques. Reste également méconnue la zone de transition qui découple ces plaques des mouvements propres de l’asthénosphère, qui est le manteau terrestre ductile sous-jacent.
Sébastien Pilet, Institut des sciences de la Terre
Pour essayer de mieux caractériser cette zone de transition, Laetitia Rochat et Sébastien Pilet, de l’Institut des sciences de la Terre de la Faculté des géosciences et de l’environnement, en collaboration avec d’autres chercheurs de l’UNIL et des collègues japonais ont étudié des fragments uniques de la lithosphère profonde arrachés lors de la remontée de laves à travers la lithosphère océanique.
Un nouveau type de volcanisme
Ces laves appartiennent à des volcans très particuliers qui ont été récemment découverts au large du Japon, dans une zone où, en théorie, aucune activité volcanique ne devrait se produire ! Il s’agit de volcans sous-marins d’une cinquantaine de mètres de hauteur, qualifiés de petit-spots. Ils correspondent en fait à un nouveau type de volcanisme car, contrairement aux catégories identifiées jusqu’ici, ils ne sont liés ni aux phénomènes de subduction (plongée d’une plaque tectonique océanique sous une autre plaque), ni aux dorsales océaniques (rides associée à la formation du planché océanique). On explique l’apparition des volcans de ce nouveau type par des remontées de liquide magmatique présent en toute petite quantité au sommet de l’asthénosphère. Contrairement au modèle dit de « point chaud » proposé pour la formation des grandes îles océaniques telles que Hawaii, c’est ici la déformation de la plaque tectonique Pacifique avant sa subduction sous le Japon qui permet l’extraction de ces magmas. Lors de la remontée de ces magmas, des morceaux centimétriques de la lithosphère sont en effet arrachés à différentes profondeurs. Cette « récolte » donne ainsi accès à des informations inespérées et uniques quant à la nature profonde de la lithosphère océanique.
Echanges chimiques
En analysant ces échantillons collectés sur le fond de l’océan Pacifique à quelque 5500 m de profondeur, les chercheurs de l’UNIL et leurs homologues japonais ont conclu que les représentations que l’on se fait classiquement de la lithosphère sont partiellement fausses. Alors que l’on pense généralement que la base de la lithosphère est une zone passive et imperméable, cette étude démontre au contraire que la base lithosphérique laisse percoler et cristalliser de petites quantités de magma provenant de l’asthénosphère.
Ces « fuites » de magma ont pour effet de modifier les propriétés physiques et chimiques de la base de la lithosphère. Ce mécanisme, documenté pour la toute première fois, est crucial pour comprendre la formation des îles océaniques et des multiples petits volcans sous-marins qui tapissent le fond des océans, ainsi que pour l’évolution de la composition chimique du manteau terrestre. En effet, le recyclage de la lithosphère au niveau des zones de subduction est le principal mécanisme qui contrôle les échanges chimiques entre la surface et le manteau terrestre profond. Cette étude nous aide ainsi à mieux cerner l’évolution et les interactions entre les différentes enveloppes composant notre planète.
Illustration de la formation des volcans de type petit spot. Lorsque la plate lithosphérique océanique entre dans la zone de subduction, cette plaque est déformée. Ceci permet à de petites quantités de liquide magmatique initialement présent au sommet de l’asthénosphère de remonter à travers le manteau lithosphérique ; ces liquides atteignent parfois la surface et produisent ainsi les volcans dits petit-spot. Durant ce processus, des fragments de roche provenant de la base de la lithosphère sont arrachés et ramenés à la surface. Leur étude permet ainsi de mieux comprendre les processus affectant la lithosphère océanique profonde.
La « découverte » d’un important séisme en Himalaya au 18e siècle, ou quand la mémoire historique vient à la rescousse de la géophysique.
Le prof. György Hetényi, rattaché à l’Institut des sciences de la Terre, et cinq autres coauteurs viennent de publier dans le Geophysical Research Letters une stimulante étude intitulée « Joint approach combining damage and paleoseismology observations constrains the 1714 AD Bhutan earthquake at magnitude 8±0.5 » qui lève enfin les doutes sur l’existence d’une fameuse « lacune sismique » au nord-est de l’Inde et au Bhoutan. (suite…)
Arrivés à Naryan Mar pour l’étape finale, nous découvrons une petite ville sans prétention. Le plan pour le lendemain est de faire un tour d’hélicoptère pour se rendre dans un village nénètse situé plus au nord sur la presqu’île de Vaïgatch. Le lendemain venu, le départ pour cette mystique terre lointaine se fait à 7h du matin. Après 2h30 d’hélicoptère à survoler la toundra, nous arrivons à destination.
La température est exécrable, il pleut et il fait froid, mais l’avantage, c’est qu’il n’y a pas de moustiques et c’est très bien parce que dans la toundra, ces insectes font la taille de mon poing et sont très voraces. Le village abrite environ 50 habitants. Les Nénètses sont un des peuples nomades de Russie, plutôt désignés comme les Euro-Nénètses à l’ouest de l’Oural. Ceux-ci ne sont plus trop nomades par rapport aux communautés que l’on rencontre à Salekhard.
Photo par Boris Senff, Gregory Wicky et Leonid Plenkin
Toutefois, les traditions demeurent : ils vont toujours se recueillir dans leurs lieux sacrés et secrets (dont un est à proximité du village) et ils élèvent toujours des rennes. Nous rencontrons les habitants et ils nous accueillent dans leur maison. Une petite babouchka, haute comme trois pommes, est le soleil de ma journée malgré la météo grise. Elle est très enthousiaste à nous faire découvrir sa maison et sa famille. Elle me parle russe très rapidement en me montrant des choses à gauche et à droite. Je ne comprends pas un mot, mais je l’écoute attentivement avec un petit sourire parce qu’elle m’émerveille de par son énergie sans fin.
Après avoir visité et rencontré plusieurs habitants du village, il est temps d’entamer le voyage de retour. Le vol au-dessus de la toundra infinie crée un effet méditatif et m’incite à réfléchir sur la question des peuples autochtones. Etant canadienne, je suis familière avec les relations difficiles entre le gouvernement et ces communautés autochtones. En est-il ainsi pour la Russie aussi ?
Les peuples autochtones ici et ailleurs
Outre la Russie, la question des peuples autochtones est très présente dans les pays comme les Etats-Unis, le Canada, la Nouvelle-Zélande et l’Australie par exemple. Les relations entre les gouvernements et les peuples autochtones sont le plus souvent très difficiles. Que les explorateurs soient arrivés sur un bout de nouveau monde et qu’ils y aient plantés leur drapeau en imposant le fait qu’ils étaient les premiers à y mettre les pieds était un très mauvais point de départ pour entretenir de bonnes relations avec ceux qui habitaient déjà cette terre depuis longtemps. De ce rapport de force entre les deux parties découlent beaucoup de problématiques qui ont des répercussions sociales, politiques, économiques, linguistiques et culturelles. L’identité culturelle est en train de se perdre lentement ; cela est dû à la difficulté de continuer à pratiquer les traditions ancestrales.
Au Canada, les statistiques montrent que les communautés autochtones n’ont pas accès à de bons soins de santé, que le niveau d’éducation est très bas à cause du manque de ressources et de budget pour les écoles, qu’il y a un haut taux de chômage et que les habitations fournies par l’Etat ne sont pas adéquates ni en nombre ni en qualité. De plus, il y a souvent des problèmes de violence domestique et de consommation d’alcool ou de stupéfiants. Deux des principales causes sont la suppression des droits historiques des peuples autochtones et l’isolement de ces communautés dans des réserves.
Le portrait dépeint ici n’est pas très positif, mais même un rapporteur spécial de l’ONU, venu faire une visite de bilan des conditions de vie des autochtones au Canada en 2016, a décrit la situation comme étant de crise1.
Mais qu’en est-il dans un pays comme la Russie, pour laquelle le rapport colonisateurs-colonisés n’est pas le même, mais qui a une histoire politique très particulière ? Les peuples autochtones russes sont nomades ou semi-nomades et vivent, entre autres, de l’élevage des rennes. L’Union soviétique, ne reconnaissant pas le droit de propriété, avait confisqué les terres des peuples autochtones pour y bâtir des industries gérées par l’Etat, et surtout, gérées par des gens extérieurs à ces communautés. Dans un esprit d’uniformisation, l’Etat a mis beaucoup de mesures en place pour la suppression des langues, de la culture et des traditions de ces peuples. Aujourd’hui, les terres des peuples autochtones sont très prisées et mobilisées pour l’exploitation des ressources du sous-sol ou la production d’énergie, empêchant ces communautés de vivre leur mode de vie nomade. Tout comme au Canada, les communautés autochtones n’ont pas accès à de bonnes prestations de santé alors que leur santé est déjà exposée du fait des conditions de vie difficiles. Aujourd’hui, plusieurs organismes sont mis en place pour conserver les langues, les traditions et les cultures des différents peuples autochtones.
En somme, la question identitaire chez les peuples autochtones est une problématique importante. Les cultures et les langues traditionnelles ne sont plus enseignées à l’école et glissent malheureusement vers l’oubli. Le dialogue avec les gouvernements est ardu et lent, ce qui rend difficile pour ces communautés de faire valoir leurs droits et d’améliorer rapidement leurs conditions de vie. Toutefois, l’impression que la visite de ce petit village nénètse à Vaïgatch m’a laissé est que malgré tout, cette communauté fonctionne bien et ses membres ont l’air d’être plutôt en bonne santé. Les enfants rient et jouent dehors avec les nombreux chiens, malgré le froid et la température exécrable. Le chef du village, tout souriant, nous explique qu’il a banni l’alcool du village pour éviter les potentiels problèmes de consommation excessive et que cela fonctionne très bien. La petite babouchka nous sourit de nouveau et nous montre son nouveau petit-fils.
C’est une belle opportunité d’avoir pu faire une petite incursion d’une journée dans ce village perdu très loin dans la toundra russe.
Du 18 au 26 juin dernier, j’ai eu l’occasion de participer à la troisième étape du projet Grand Nord. L’équipe, constituée de trois journalistes hyper sympas et moi, sommes arrivés à Saint-Pétersbourg pour commencer un périple russe en 3 étapes sur 9 jours :
Saint-Pétersbourg
Arkhangelsk
Naryan-Mar
Dès l’arrivée à l’aéroport, nous rencontrons Leonid, notre guide pour le voyage. Il nous accueille avec un grand sourire et un très sympathique « Hi guys, I’m Leo ». Nous regardons le programme du voyage avec lui, mais rien n’est coulé dans le béton car les permis et les visas russes sont difficiles à obtenir pour certains lieux comme la presqu’île de Vaïgatch, endroit sacré pour les Nénetses. Non seulement il faut beaucoup de paperasse, mais même lorsque les procédures sont presque complétées, il peut quand même être refusé ou révoqué pour des raisons obscures qui ne sont pas divulguées et qui ne regardent personne d’autre que Mother Russia.
Les premiers jours à Saint-Pétersbourg ont été remplis d’interviews et de visites de musées, allant de l’exploration du Grand Nord à la visite d’un musée zoologique impressionnant, en passant par des discussions laborieuses sur les changements climatiques avec certains scientifiques russes. L’interview la plus notable était pour moi celle de M. Vladimir Pitulko, un vieux paléontologue reconnaissable à la veste beige à multiples poches que tous les amateurs de terrain possèdent.
Vladimir Pitulko
Vladimir Pitulko est rattaché à l’Institut de l’histoire de la culture matérielle à l’Académie russe des sciences, à Saint-Pétersbourg. Son dada, c’est l’étude des fossiles de mammouths à l’extrême nord-est de la Sibérie. Dans un article tout récent (janvier 2016), des collègues et lui ont établi la présence humaine en Arctique il y a 45’000 ans grâce à des traces de blessures infligées aux mammouths à l’aide d’armes élaborées par l’homme (1).
Durant l’interview, nous parlons de son travail, du fait qu’il retourne sur le terrain en Sibérie très bientôt et nous discutons aussi des changements climatiques.
Pitulko n’est pas très alarmé par les dits « changements climatiques » bien que, travaillant dans le Grand Nord, il soit bien placé pour observer leurs impacts. Pour lui, ils existent, mais s’inscrivent plutôt dans les fluctuations climatiques normales de la Terre. Bref, une réponse de géologue qui pense en millions d’années. Il a tout à fait raison à l’échelle géologique. Il y a trois grands niveaux d’échelles concernant les mécanismes qui contrôlent le climat.
Echelles de temps et variations climatiques
A l’échelle des milliards d’années, ce sont plutôt les mécanismes liés à l’atmosphère de la planète et l’activité solaire. A l’échelle des dizaines ou centaines de millions d’années, ce sont plutôt les processus géodynamiques qui entrent en jeu, par exemple la dislocation ou la création d’un méga-continent. Finalement, à l’échelle des centaines de milliers d’années, ce sont les cycles de Milankovich qui gèrent les fluctuations climatiques. Les cycles de Milankovich font entrer en ligne de compte les cycles de précession, de la variation d’obliquité de l’axe de la Terre et de l’excentricité de l’orbite terrestre. Ce sont surtout ces cycles qui ont influencé les glaciations des deux derniers millions d’années qui forment la période Quaternaire, durant laquelle 4 glaciations majeures ont eu lieu, intercalées par des périodes interglaciaires. Nous sommes actuellement dans une période interglaciaire qui dure depuis 11’000 ans.
Tout ceci est bien intéressant, mais les changements climatiques actuels ne s’étendent pas sur des milliers d’années, mais sur peut-être 100 à 150 ans. Je lui en fais la remarque en espérant ébranler son esprit de climato-sceptique. Et bien non, c’est loupé ! A la place, il ne répond pas vraiment, laissant transparaître son envie de mettre fin à la conversation. Avant de prendre congé, il envoie une petite blague sur le fait que le réchauffement lui convient plutôt bien car il peut ainsi avoir un accès plus facile aux mammouths et à ses terrains d’étude en Sibérie.
Cet entretien est troublant dans la mesure où il n’est pas le seul scientifique rencontré à minimiser l’existence des changements climatiques actuels. Il n’est pas le seul Russe non plus. Mais en général, la population russe ne semble pas trop alarmée ou touchée par cette problématique mondiale. La remarque humoristique qui revient le plus souvent à ce sujet, c’est que ça ne ferait pas de mal à la Russie d’avoir un climat plus chaud parce qu’effectivement, il y fait un froid de canard avec des températures moyennes sous les -10 °C pour la Sibérie…
Référence bibliographique
Pitulko, V.V et al. (2016), Early human presence in the Arctic : Evidence of 45 000 year-old mammoths remains, Science, Volume 351, pp. 260-263
Thèse soutenue par Laetitia Rochat, le 21 octobre 2016, Institut des sciences de la Terre (ISTE)
Le plancher océanique se forme par l’extraction de basaltes de ride médio-océanique (MORB) ayant pour effet un appauvrissement du manteau sous-jacent. Il a longtemps été cru, comme on l’a pensé pour les fonds marins océaniques, que la lithosphère océanique (c.à.d. le plancher océanique couplé au manteau sous-jacent appauvri) restait inerte jusqu’à ce qu’elle retourne dans le manteau par le mécanisme de subduction. (suite…)
Lors de notre visite à Salekhard, nous avons pu faire la rencontre de Vladimir Pushkarev, directeur du centre russe pour le développement de l’Arctique. Il s’agit d’une ONG soutenue en outre par le gouverneur du district de Yamalo-Nénétsie, l’institut d’étude de la cryosphère et l’institut de recherche sur le pétrole et le gaz de l’Académie russe des sciences. Cette organisation a pour vocation la réhabilitation de l’île de Bely (située tout au Nord de la péninsule du Yamal) qui a servi de base militaire durant l’ère soviétique. Les différentes campagnes ont permis d’évacuer près de 75 tonnes de ferraille et de déchets en tous genres.
L’île abrite aujourd’hui des infrastructures autonomes ainsi qu’un centre de recherche pouvant abriter jusqu’à 10 personnes durant toute l’année. Le centre dispose aujourd’hui d’une connexion satellite, de véhicules tout-terrains et de tout l’équipement nécessaire à la réalisation d’études scientifiques.
investigations sur l’évolution du pergélisol à l’aide de profils géo-électriques standards
recherches microclimatiques et impact de la fonte du pergélisol sur l’émission de gaz à effet de serre (CO2, CO, CH4) ;
recherches écologiques et paysagères et études de populations d’ours polaires.
L’existence de ce Centre et de ces infrastructures fut pour moi une véritable découverte. Tout au long de notre parcours, nous avions tenté de recueillir des témoignages et prises de conscience sur le changement climatique.
Notre démarche s’était avérée vaine de tout résultat avant notre rencontre avec Vladimir. Nous ne doutions pas de l’existence d’une quelconque fibre écologique russe, mais c’est principalement avec l’existence d’une telle infrastructure animée et développée par Vladimir Pushkarev que nous l’avons enfin trouvée, dans ces latitudes reculées !
Jack-pot économico-énergétique mais challenge environnemental !
La péninsule du Yamal représente une des régions les plus prometteuses en terme d’exploitation d’hydrocarbures. Elle constituerait à elle seule plus du quart des réserves mondiales de gaz.
Mais la Russie compte également sur le réchauffement climatique et l’ouverture de nouvelles voies maritimes pour exporter ses matières premières. Elle parachève actuellement la construction d’un tout nouveau terminal gazier dans le port de Sabetta, tout au Nord de la péninsule. La visite du complexe, initialement prévue dans le cadre du projet, nous fut cependant refusée. Il nous a donc été impossible d’observer l’état actuel du chantier.
Les gaz extraits des différents sites de forages devraient y être acheminés via tout un réseau de pipelines, avant d’y être liquéfiés et expédiés par tankers vers les différentes régions du globe.
La Sibérie et la Mer de Kara correspondent aux nouvelles zones d’intérêt en ce qui concerne l’extraction de matières premières. Les réserves qu’elles renferment suscitent bon nombre de convoitises et représenteront sans nul doute, l’un des principaux enjeux énergétiques durant ces prochaines décennies.
Avec ces nouvelles alliances politiques et embargos économiques, les écosystèmes de la péninsule du Yamal et de la Mer de Kara, déjà fortement mis à mal durant l’ère soviétique, semblent d’ores et déjà appelés à évoluer de manière drastique durant ces prochaines décennies Marées noires en tous genres, plateformes de forages abandonnées et sols à jamais souillés, l’exploitation de ces régions septentrionales pourrait porter le coup de grâce à la faune et la flore locales.
La péninsule du Yamal représente bien, à sa manière le paradoxe du monde contemporain: renfermant l’un des plus gros volumes d’hydrocarbures de la planète, elle abrite également des espèces en voie d’extinction ainsi que des tribus aux traditions millénaires.
Faut-il exploiter les ressources au détriment de notre écosystème ?
Y a-t-il une éventuelle conciliation possible ? Ce cas d’étude, même s’il se déroule dans les régions les plus reculées de notre planète, soulève bon nombre de questionnements et préoccupations, que ce soit sur l’évolution de cet écosystème sensible, mais également sur notre mode de vie et notre responsabilité écologique puisqu’ils l’impactent.
L’enjeu énergétique en quelques chiffres
Les réserves estimées se montent à plus de 16 trillions de m3 de gaz (tcm), 230 millions de m3 d’huiles à condensats et 290 millions de m3 de pétrole pour l’ensemble de la péninsule. Pas moins de 26 champs à gaz, huiles et condensats se répartissent sur l’ensemble de la péninsule.
Les principales licences d’exploitation sont détenues par Gazprom, Novatek et Lukoil qui collaborent étroitement avec l’administration de la province autonome de Iamalo-Nénétsie (YaNAO) et le gouvernement russe. L’un des enjeux clé de l’exploitation de la péninsule réside dans l’acheminement des hydrocarbures. Ainsi, ce ne sont pas moins de 15?000 km de pipelines qui devraient être construits d’ici à 2030 pour acheminer le gaz à travers tout le pays, jusqu’en Europe.
Jean-Michel Fallot, Institut de géographie et durabilité
Rafraichissez vos connaissances en météorologie avec la chronique de Jean-Michel Fallot, géographe, MER à l’Institut de géographie et durabilité et spécialiste du climat. Régulièrement, M. Fallot fait un point synthétique sur le temps en Suisse, sur les tendances climatiques, saisonnières et sur l’histoire de la météo dans notre pays, sur inspiration de données de MétéoSuisse.
Ce ne sont pas les phénomènes climatiques et météorologiques extrêmes qui ont manqué en 2016, mais le temps pour les compiler. Longue séance de rattrapage avec une rétrospective de ces événements en Suisse et dans le monde depuis fin 2015.
Le fichier ci-joint offre d’abord deux pages sur ces événements et le climat à l’échelle de la Terre en 2016, avec notamment une vague de chaleur historique dans le Moyen-Orient en juillet 2016 (jusqu’à 54°C!). Puis, pour les régionaux et les intéressés, vous trouverez les caractéristiques climatiques de chaque mois et saison en Suisse mesurées de décembre 2015 à août 2016, avec plusieurs records, avant de terminer par un mot sur le mois de septembre 2016 en Suisse et en Europe où plusieurs records de chaleur ont été battus pour un mois de septembre en Suisse, en France et en Espagne.
Selon un premier bilan intermédiaire de MétéoSuisse, le mois de septembre 2016 devrait être le 3ème plus chaud mesuré depuis 1864 pour l’ensemble de la Suisse et même le premier dans l’Ouest et le Sud du pays. Les précipitations ont été largement déficitaires durant ce mois, entre 20 et 50% de la normale au Sud des Alpes et en Engadine, entre 40 et 80% de la norme ailleurs dans le pays.
Un nouveau record de chaleur européen a été établi pour un mois de septembre avec 45.7°C mesuré le 6 septembre 2016 en Andalousie. On était pas très loin du record de chaleur absolu officiel pour l’Europe tous mois confondus qui est de 48.0°C mesuré à Eleusis près d’Athènes le 11 juillet 1977. Une valeur de 48.5°C avait été mesurée le 10 août 1999 à Catenanuova en Italie, mais elle n’est pas reconnue officiellement par l’Organisation Mondiale de Météorologie (OMM).
Les deux plaques tectoniques indienne et asiatique continuent de se rapprocher le long de l’Himalaya, ce qui engendre l’accumulation d’énormes tensions dans la croûte terrestre, qui sont ponctuellement libérées dans des tremblements de terre soudains et catastrophiques, comme au Népal en 2015 (7.8 sur l’échelle de Richter). (suite…)
En date du mardi 5 juillet, nous embarquons à bord d’un Mi-8 pour l’une des rencontres les plus enrichissantes qu’il m’aura été donné de vivre jusqu’à présent. Après 2 heures de vol, nous effectuons une première escale à Yarsale, une ville totalement isolée au milieu de la péninsule. Après avoir ajouté du carburant, nous faisons connaissance avec de nouveaux passagers qui ont embarqué lors de notre escale.
Il s’agit de Nénètses (ou Yuraks) – peuple autochtone samoyède de Russie – qui, ayant opté pour un mode de vie sédentaire, profitent de notre déplacement pour rejoindre leur famille restée dans la toundra : le Mi-8 demeure un moyen de transport privilégié pour rallier le campement familial, inaccessible par voie terrestre durant la période estivale.
Au travers d’un jeu de sourires et de regards d’abord timides, nous découvrons peu à peu la beauté de cette ethnie aux traditions millénaires dont les femmes ont choisi, pour l’occasion, d’opter pour l’habillement traditionnel (la visite de leur famille demeurant un événement plutôt rare et inattendu).
La suite de notre périple nous amène plus au nord de la péninsule, à proximité du lac Yarato à la rencontre de la brigade d’Oleg (ndlr : en fait, tribu ; le terme « brigade » est hérité de l’ère soviétique). Une fois rendus sur place, nous avons totalement perdu nos repères habituels et nous nous laissons aller à la magie du moment.
Les Nénètses nous réservent un accueil chaleureux. Julie, la journaliste de 24heures présente à cette étape, est immédiatement intégrée aux activités des femmes de la brigade qui lui présente leur tchoum (ndlr : tente), petit univers dont elles seules sont les gardiennes.
Viktor, Christophe, Florian (le guide, le directeur du Centre patronal vaudois, et le photographe de 24heures) et moi découvrons avec émerveillement le travail des hommes autour de leur troupeau de quelque milles rennes qui représente le moteur d’un mode de vie aux traditions vieilles de plus de 7’000 ans.
Tout s’organise effectivement autour des cervidés. Captures au lasso pour l’accomplissement des tâches quotidiennes, transhumance tous les deux jours pour minimiser l’impact au sol, les rennes représentent la survie de la brigade et de ses traditions.
Démonstrations de capture au lasso, travail des chiens autour du troupeau, courses de traineaux, nous en prenons plein les yeux !
Nous nous rendons ensuite à l’intérieur d’une tchoum pour une petite collation. Télévision satellite et bébé renne dormant près du feu, le contraste est pour nous saisissant. Les Nénètses semblent intégrer de manière progressive la technologie et entamer une transformation en douceur de leur mode de vie qu’ils souhaitent perpétuer.
D’autre part, l’« appel de la toundra » comme ils le qualifient demeure très fort et très ancré au sein de leur tribu ; mais ce petit peuple (Nénètses signifiant « petit homme » dans le langage traditionnel) estimé aujourd’hui à 40’000 personnes environ, voit son mode de vie aux traditions millénaires menacé : face aux enjeux économiques et socio-politiques liés à la richesse incommensurable de la péninsule en termes d’hydrocarbures, il s’efforce tant bien que mal de perpétuer ses traditions dans une société de plus en plus globalisée.
Il devra aussi faire face aux effets encore mal connus du changement climatique sur cet immense territoire.
Ethnographie des « Acuerdos Recíprocos pour el Agua », en Bolivie orientale, au prisme des notions de réciprocité et de reconnaissance
Thèse soutenue par Florence Bétrisey, le 23 septembre 2016, Institut de géographie et durabilité (IGD)
7,3 milliards de dollars ont, selon l’ONG Forest Trends (Bennett & Caroll, 2014), transité en 2013 au sein de mécanismes de paiements pour services hydriques (PSH) au niveau mondial. Les PSH constituent donc un objet d’étude incontournable, notamment lorsqu’on s’intéresse à la gestion de l’eau en zone rurale. La mise en place de PSH se fait sur l’hypothèse, hydrologiquement fondée, que la conservation de forêts en amont de bassins versants engendre une amélioration quantitative et qualitative de l’eau à disposition en aval. (suite…)
La péninsule du Yamal correspond à une vaste plaine côtière délimitée par l’estuaire de l’Ob au Sud et par la mer de Kara au Nord. Il est constitué de zones marécageuses de faibles altitudes correspondant à la couche supérieure du pergélisol.
Ce qui frappe lors de notre survol de la zone en hélicoptère, c’est tout simplement l’omniprésence des différentes étendues d’eau : fleuves, méandres et mares de thermokarst (ndlr : dépressions emplies d’eau et formées par la fonte de la couche supérieure du pergélisol).
Les variations dans l’épaississement de cette couche supérieure ou « active » du pergélisol représentent l’indicateur par excellence du changement climatique ainsi que du rapport au sol des habitants de Sibérie. Sujette directe aux fluctuations de températures, cette couche haute fond sur ses premiers mètres durant la période estivale en raison de l’augmentation des températures et du rayonnement solaire.
Cela représente une situation très préoccupante du fait que, selon un rapport du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), le pergélisol renfermerait plus du double de la concentration actuelle de gaz à effet de serre présents actuellement dans l’atmosphère. Il pourrait donc s’avérer être l’un des principaux facteurs du réchauffement climatique.
Outre ses effets indirects sur le climat, le pergélisol suscite de nombreuses difficultés en matière de constructions, que ce soit en termes d’habitat, d’infrastructures routières, pétrolières ou gazières.
La fonte du pergélisol induit une déstabilisation des sols dans lesquels il est installé. Pour les résidents des régions concernées, cela les amène à reconcevoir l’habitat ainsi que leur rapport général au sol. Les bâtiments sont donc construits sur pilotis afin d’éviter que les chauffages intérieurs ne fassent fondre le pergélisol et que ces derniers ne viennent à basculer ou à se disloquer. Les réseaux électriques, d’eau et de télécommunication sont aériens.
Cela ne permet cependant que de diminuer mais en aucun cas d’enrayer les problèmes liés à la fonte du pergélisol et affectant les constructions. Pour anecdote, en 1994, la rupture d’un oléoduc du champ pétrolier de Vozei près de la ville d’Oussinsk avait entraîné un déversement de 160.000 tonnes de pétrole dans la nature, soit la plus grande marée noire terrestre jamais observée.
Les enjeux environnementaux sont donc très significatifs et, pour la plupart, inédits.
Le pergélisol (vetchnaïa merzlota en russe, permafrost en anglais) représente un type de sol gelé en permanence durant une période d’une année au minimum.
On distingue les couches profondes du pergélisol de sa partie haute, où se situe son niveau actif qui nous concerne le plus actuellement : la couche supérieure est en effet de plus en plus affectée par sa fonte durant les périodes estivales en raison de l’augmentation des températures et du rayonnement UV qu’elle emmagasine.
Ce phénomène de dégel est désormais une grande préoccupation pour les scientifiques et suscite de l’inquiétude auprès des gens bien informés : le pergélisol renferme en effet une quantité très importante de dioxyde de carbone et de méthane, dont la libération progressive pourrait avoir l’effet d’une véritable bombe à retardement. Près de 20% de la surface terrestre étant affectés par le pergélisol sur plusieurs continents, il contiendrait en effet selon les estimations l’équivalent de 1 700 milliards de tonnes de carbone d’origine végétale, accumulé depuis la dernière glaciation : son dégel et la libération des gaz qu’il encapsule pourraient avoir un impact hors de toute portée sur le dérèglement climatique, faisant varier la concentration de GES (ndlr : gaz à effet de serre) du simple au triple.
Fait non anecdotique, le dernier rapport d’évaluation du GIEC ne prenait pas encore en compte l’influence de ce dégel dans le changement climatique et les hausses prévues de température…