Tremblement de terre ? Tremblement de sphères !

Par György Hetényi et Remo Grolimund

L’année 2021 a été en Valais celle de la commémoration des 75 ans du dernier grand séisme en date, celui du 25 janvier 1946. De nombreux événements, dans le cadre d’une collaboration très large, ont ainsi eu lieu pour se souvenir de et pour mieux se préparer à cet aléa naturel ; le pilotage en a été assuré par le Centre interdisciplinaire de recherche sur la montagne (CIRM). L’année commémorative touche à sa fin – et maintenant ? Va-t-il se passer quelque chose d’ici les 100 ans en 2046 ? A part l’éducation thématique dans les écoles et les constructions parasismiques, la recherche sur les séismes se poursuit activement.

Affaire de sphères

Dans ce dernier cadre, de nouvelles archives de 1946 viennent d’être (re)trouvées: il ne s’agit pas seulement d’un tremblement de terre tout court, le phénomène fait trembler plusieurs sphères!

Sur les images qui accompagnent cet article, vous pourrez découvrir le tremblement des trois éléments majeur de la Nature: la Terre, l’Eau, et l’Air, les trois générés par le séisme mais chacun avec sa propre signature.

Tout d’abord : la Terre, solide ;  l’enregistrement du sismomètre de Brigue est le plus proche de l’épicentre (ca. 45 km) parmi les cinq stations en Suisse à l’époque : il nous montre que la vibration du sol transmis par la couche rocheuse (lithosphère) a duré une dizaine de minutes ! Il s’agit également de l’enregistrement le plus clair d’un instrument en Suisse, car les secousses étaient si fortes que les aiguilles des instruments plus sensibles sautaient du papier.

Puis : l’Eau, liquide ; l’enregistrement du limnigraphe* au Sécheron (Genève, à env. 100 km de l’épicentre) nous montre la trace du séisme sur une période d’un peu plus d’une heure comme des oscillations rapides du niveau du Léman, qui se sont superposées à la seiche, l’effet de vent qui fait varier le niveau de lac de manière lente. La transmission des ondes se fait donc également à travers la couche d’eau, l’hydrosphère.

Enfin : l’Air, gazeux ; le barographe d’Innsbruck (Autriche, à env. 320 km de l’épicentre) enregistre la pression atmosphérique. Un signal clair et abrupt vient documenter la propagation des infrasons générés par le séisme via la couche d’air, l’atmosphère. Une technique qui est d’actualité pour détecter météorites et activité volcanique, qui nous laisse déjà une trace historique indirecte dans cet événement de 1946.

Qui dit tremblement de Terre, dit ainsi tremblement de ses sphères respectives composées de solide, de liquide et de gaz, dont les connexions et les interactions déterminent le milieu dans lequel nous vivons. On voit une fois de plus que les données historiques, proches ou lointaines, précises ou moins précises, numériques ou non, ont encore beaucoup à nous dire sur notre environnement et sa dynamique.

* le limnigraphe enregistre les variations du niveau de l’eau d’une étendue d’eau (des seiches sur le Léman par exemple)

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