Qu’arrive-t-il à la biodiversité lorsque les glaciers disparaissent ?

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Gianalberto Losapio, Institut des dynamiques de la surface terrestre (IDYST)

Biodiversity Change est le nom d’un nouveau groupe de recherche à la FGSE qui tente de répondre à cette question.

Le changement environnemental mondial, en particulier la hausse des températures, entraîne le recul et la disparition des glaciers alpins. Les conséquences de ce recul sur les écosystèmes restent assez méconnues et difficiles à prévoir.

Par son projet FNS-Ambizione « IceNet – Forecasting the impact of glacier retreat on network dynamics and ecosystem functions », Gianalberto Losapio vise à apporter une contribution empirique à la compréhension de ces phénomènes.

Quels sont vos objectifs avec IceNet ?

Gianalberto Losapio : Depuis la fin du Petit Age glaciaire (1500-1850 AD), les glaciers alpinsreculent et diminuent, parfois jusqu’à disparaître. La disparition des glaciers est suivie par tout un bouleversement, avec la colonisation de plantes, d’insectes et de micro-organismes pionniers. Comment se tisse le réseau d’interactions entre ces organismes ? Et quel rôle jouent les réseaux écologiques dans la réponse des espèces aux changements environnementaux ? Cela reste à découvrir.

Le projet IceNet entend dévoiler les réseaux écologiques qui se construisent devant les glaciers en voie de disparition, entre micro-organismes, plantes, insectes prédateurs, herbivores et pollinisateurs. Je désire mettre en lumière une biodiversité encore peu connue – et que nous risquons de perdre à jamais. Mais aussi comprendre comment un écosystème évolue « de zéro ».

Comment peut-on aborder scientifiquement un écosystème ?

GL : Dans un premier temps, nous reconstituerons les interactions écologiques existantes entre les différentes communautés. La phase suivante consistera à décrire comment ces réseaux évoluent, sont maintenus ensemble et quelle influence ils ont sur le fonctionnement global de l’écosystème. Nous développerons des modèles pour comprendre comment les organismes réagissent à l’évolution de l’environnement. Les résultats de nos recherches permettront, je l’espère, de mieux prévoir et anticiper les conséquences de l’extinction des glaciers sur labiodiversité alpine.

La renoncule des glaciers (Ranunculus glacialis, à gauche) est une plante alpine emblématique qui habite les avant-plans des glaciers. Son avenir est incertain. À droite, une abeille (Apis mellifera) visite une Sabline (Arenaria tetraquetra), une plante en « coussin » à 3200 m. d’altitude dans la Sierra Nevada espagnole. Cette région montagneuse a déjà perdu ses glaciers (Photos : G. Losapio).

Quel est l’impact de votre projet sur l’écologie et la société ?

GL : Le projet est développé dans un contexte de recherche multidisciplinaire. Il combine des méthodes typiques des sciences de la Terre (la géochronologie, la géomorphologie, la biogéochimie des sols) avec des innovations informatiques en écologie et des développements récents en biologie moléculaire (le séquençage de l’ADN environnemental et le metabarcoding). Nous allons enfin accorder une attention particulière à l’éducation à l’environnement et aux aspects culturels. En effet, il est pour moi essentiel de replacer les résultats de la recherche scientifique dans le contexte social, politique et économique plus large associé à la crise climatique et écologique. Notre page Dissémination vous tiendra informés !

Pourquoi s’attaquer à la question de la biodiversité face à la disparation des glaciers ?

GL : Ayant grandi au pied des Alpes et étant un grimpeur et alpiniste, j’aime et respecte la nature, et en particulier les montagnes. Ma motivation personnelle est de soutenir et de protéger la biodiversité. Ce projet combine tout simplement deux de mes passions : la biodiversité et la haute montagne. Je souhaite contribuer activement à limiter la crise climatique et écologique actuelle en faisant ma petite part dans ce « combat ».

Les interactions mutualistes sont essentielles pour le maintien de la biodiversité, et pour comprendre le risque de cascades d’extinction. Ici, un bourdon visite une benoîte rampante à feuilles étroites (Geum reptans) dans la marge proglaciaire – le terrain découvert par le recul du glacier. À droite, le front du glacier Amola, en Italie, que Gianalberto Losapio a étudié pendant son mémoire de master. Les grandes moraines indiquent la hauteur (et le volume) que le glacier atteignait il y a seulement quelques décennies. (Photos : G. Losapio).

Pourquoi avoir choisi de monter votre groupe à l’IDYST ?

GL : L’IDYST est un haut lieu de la recherche alpine ! Il héberge différents groupes de recherche avec lesquels je peux collaborer étroitement. Nous avons une grande adéquation et complémentarité d’objectifs de recherche et d’expertise. En outre, j’aime beaucoup les objectifs scientifiques et éducatifs plus larges de la FGSE, qui correspondent à mes propres valeurs, et je suis vraiment honoré de contribuer à son effort sociétal.

Biographie du Dr Losapio en deux mots

Avant d’entamer sa bourse Ambizione à l’UNIL, Gianalberto Losapio a commencé sa carrière de chercheur à l’Université de Milan, par une formation en botanique. C’est à cette période qu’il a conçu son projet de recherche sur l’effet du retrait des glaciers sur les plantes et les pollinisateurs.

Ayant ensuite déménagé à Zurich pour un doctorat en écologie (son superviseur Christian Schöb était lui-même un boursier Ambizione !), il se penche sur les réseaux écologiques immobiles dans les écosystèmes de haute altitude.

Son premier postdoc a porté sur les changements environnementaux et la biocommunication à l’ETH, avant de partir à Stanford pour un second poste en biologie de la conservation.

Le groupe Biodiversity Change

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