Partir, méditer sur le soi, et se transformer? Ethnographie d’un tourisme de retraite bouddhiste dans l’Himalaya indien

Thèse soutenue par Ellina Mourtazina, le 30 août 2021, Institut de géographie et durabilité (IGD)

Cette thèse doctorale explore le phénomène du tourisme de retraites dites spirituelles qui a vu une expansion considérable depuis les années 1980. À travers une anthropologie inspirée de la pensée phénoménologique, elle se base sur une étude ethnographique des pratiques de retraites bouddhistes dans l’Himalaya indien. 

L’échantillon est composé de personnes rencontrées initialement lors de retraites bouddhistes dans le Centre de méditation Tushita, situé dans la station touristique de Dharamsala et faisant partie du réseau international La Fondation pour la préservation de la tradition du Mahayana (FPMT). Il s’agit d’une ethnographie des huis clos des retraites, d’une analyse fine des impressions vécues, d’entretiens auprès de 65 participants, puis du suivi sur un plus long terme et de la collecte des récits de vie de cinq personnes qui permettent d’approfondir l’analyse au-delà des périodes de retraites. En suivant les trajectoires de ces cinq participants, l’enquête a été menée en Inde durant leurs voyages touristiques et dans leurs quotidiens une fois de retour dans un chez soi, en France, Espagne, Suisse.

À l’intersection de l’anthropologie du tourisme et du religieux, l’étude interroge les discours de transformation de soi, les quêtes de sens et les logiques d’isolement qui animent ces participants inscrits dans des modes de vie globalisés. Ce travail montre comment ces dimensions sont vécues, appropriées et négociées à travers une expérience sensible et incorporée aussi bien pendant qu’après le voyage. 

L’observation participante et l’examen des récits de vie recueillis témoignent de trajectoires multiples, dépendantes de pendants biographiques, mais qui s’inscrivent tout de même dans des quêtes dont il est possible de dresser de grandes typologies. Cette diversité de vécus est rendue possible grâce aux cadres sociaux et moraux prescrits par les centres bouddhistes et grâce aux différentes couches d’interprétations avec lesquelles le Bouddhisme moderne et ses pratiques, l’imaginaire sur l’Himalaya et le Tibet ont été investis.

L’analyse a permis de dégager trois grandes logiques d’actions qui orientent ces vécus.

Logiques entrepreneuriales

Dans ces trajectoires, l’individu prend le rôle d’entrepreneur de soi et les acquis des retraites deviennent des outils pour optimiser les différentes sphères de son existence. Ici, la pratique d’une méditation largement rationalisée prend le pas sur l’intérêt pour la liturgie bouddhiste.

Logiques religieuses

Ce qui est recherché dans ce type de parcours est de renouer avec un sentiment de sacralité et la volonté d’insuffler un sens englobant à son existence. Pour se transformer et modeler les contours de soi, les participants ne font pas l’impasse des pratiques religieuses, mais y puisent au contraire leurs ressources.

Logiques morales

Enfin, pour certains, les vécus extraordinaires des retraites deviennent des moments d’élaboration éthique durant lesquels les retraitants (re)négocient leurs propres conceptions d’être une bonne personne.

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