Bilan de santé du Léman

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Le Lac Léman a connu des états de santé variables ces dernières décennies. Dans l’article Suivi de la pollution du Léman. Des années soixante à nos jours, paru dans la revue Aqua & Gas, Audrey Klein, de la Commission Internationale pour la protection des Eaux du Léman (CIPEL) et Nathalie Chèvre, écotoxicologue, première assistante et privat-docent à la FGSE, présentent un historique et un état des lieux de la qualité des eaux du lac.

Avec une superficie de 580 km2, le Léman est le plus grand lac d’Europe de l’Ouest. Pas moins de 1.5 millions d’habitants vivent à proximité. Réservoir d’eau potable, c’est également un espace de loisirs, de pêche, et le biotope de quantité d’espèces aquatiques, poissons, crustacés, plantes et micro-organismes. La surveillance et la préservation de la qualité de son eau sont donc indispensables. La CIPEL est l’organisme de référence en la matière depuis 1963. Elle coordonne notamment le suivi de la qualité physico-chimique et biologique du lac. Les activités humaines et l’agriculture sont en bonne partie responsable de l’émission de micropolluants dans les eaux, des éléments qui ne sont pas nécessairement filtrés par les STEP (station d’épuration des eaux).

Voici quelques éléments indicatifs de la qualité de l’eau issus de ce rapport.

La surveillance de l’oxygène montre que le dernier brassage complet du Léman remonte à l’hiver 2005-2006. Ceci a permis de réoxygéner les couches profondes du lac, éloignant ainsi le risque d’eutrophisation. A la suite de diverses mesures prises dans le bassin versant, les concentrations en phosphore sont en baisse depuis les années 80. En 2011, le lac est dans un état mésotrophe, c’est-à-dire moyennement riche en nutriments et sain. La biomasse chlorophyllienne n’a quant à elle que peu évolué depuis 2008.

Le suivi des substances chimiques de synthèse (les micropolluants) indique la présence de résidus de produits phytosanitaires tels que des pesticides, des herbicides et des médicaments à toutes les profondeurs du lac. Les sources de ces produits sont agricoles, urbaines, mais également industrielles. Pour ce dernier cas, une diminution des rejets a été constatée par la mise en place d’une directive contraignante par l’Etat du Valais. D’autres substances, telles le bisphénol A (un additif du plastique) ou le benzotriazole (un anticorrosif), sont également détectées dans le lac. Or, si leur présence est confirmée, il reste très difficile de se prononcer sur le risque que présentent ces substances, individuellement ou en mélange, du fait du manque de données d’écotoxicité. Il en va de même pour les substances trouvées dans les sédiments (notamment des retardateurs de flamme, des phtalates – des plastifiants – et des filtres UV). Si les concentrations en mercure ont baissé dans la chair des poissons depuis les années 70, on trouve toujours des PCB (polychlorobiphényles) – bioaccumulables dans les réseaux trophiques -, mais également des retardateurs de flamme (PBDE) et des perfluorés (PFOS).

On peut globalement parler d’amélioration de la qualité des eaux du Léman. Cependant, il faut garder à l’esprit qu’une certaine incertitude demeure quant aux effets combinés des micropolluants sur la santé. On continuera donc à surveiller la qualité des eaux dans les prochaines années, afin d’assurer la protection de cet écosystème sensible, mais également afin de préserver la ressource en eau.

Référence bibliographique

Nathalie Chèvre, Audrey Klein, Suivi de la pollution du Léman. Des années soixante à nos jours, Aqua & Gas 2013 93(5), pp. 26-34 [full text]

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2 réponses

  1. Paul dit :

    Bon, y a de l’amélioration, mais, oui… effectivement, faut suivre l ‘affaire et rester prudent. Merci Nico, bonne analyse!

  2. Simo dit :

    Bon resumé Nicolas, cela me met plus en confiance pour une trempette dans le Léman!

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