La puissance instituante de la littérature envers le droit : Les livres font-ils la loi ?

Le projet de recherche collective mobilise plus spécifiquement un corpus de livres récemment publiés par exemple en lien avec la protection pénale contre la violence sexuelle faite aux femmes et la lutte contre les inégalités.

L’hypothèse de recherche est que ce type de publications a cristallisé un genre littéraire puissant de nature à favoriser une réorientation de la politique répressive et a fortiori des institutions juridiques dans le sens des représentations contemporaines.

Ce projet est conduit par plusieurs membres du réseau du laboratoire entre 2023/2024.

Cette recherche a été rendue possible grâce au soutien de la Faculté de droit, des sciences criminelles et d’administration publique (FDCA) de l’Université de Lausanne (Unil).

La puissance instituante de la littérature

Aujourd’hui, la loi pénale semble de plus en plus prise à partie au travers des œuvres littéraires. Durant les trois dernières années, différentes institutions ont en particulier été directement remises en question par des auteures quant à la violence sexuelle, notamment celle faite aux femmes :

  • en 2020 est sorti Le Consentement de Vanessa Springora, qui revient sur les abus sexuels dont l’auteure a été la victime lorsqu’elle avait 14 ans et qu’elle était sous l’emprise du romancier Gabriel Matzneff, alors âgé de 50 ans.
  • en 2021, Camille Kouchner publie La Familia grande, qui révèle des actes d’inceste au sein de sa famille commis contre son frère par son beau-père, le politiste Olivier Duhamel, abus dont elle a été la victime indirecte puisque témoin sans pouvoir le dire.
  • dans son livre Impunité paru en 2022, Hélène Devynck dénonce les agressions dont Patrick Poivre d’Arvor serait l’auteur sur plusieurs dizaines de femmes, dont elle.

Au-delà de l’écho médiatique, ces trois livres ont eu une incidence sur l’application de la loi, respectivement sa révision, dans le cadre des politiques publiques.

Il ressort de ce qui précède que la littérature présenterait bien une puissance instituante susceptible de remettre en question l’ordre juridique établi. Le projet tend ainsi à investiguer cette hypothèse en cherchant notamment à identifier les dispositifs littéraires (contexte éditorial, réception/diffusion, genre, posture, style) les plus mobilisés à cette fin. L’étude sera resserrée sur un des trois livres précités avec un point de vue comparatiste entre la France, la Belgique et la Suisse. En tant que juristes de droit suisse, les chercheurs analyserons aussi la reconduction d’un tel modèle « militant » dans la littérature suisse (M.-Ch. Horn, Le cri du lièvre, 2019 ; M. Burnier, Les orageuses, 2020 ; S. Jollien-Fardel, Sa préférée, 2022) et entreprendront plus largement des recherches sur un corpus suisse (Robert Walser ; Friedrich Dürrenmatt ; Daniel de Roulet) sous l’angle de l’interaction entre droit et littérature, encore non exploité comme tel par la critique.

Résultats de la recherche

Publication dans la Revue scientifique Droit & Littérature : Le projet a mobilisé une partie du réseau du Laboratoire Droit & Littérature. Le résultat de cette recherche a été diffusé en par le biais d’une publication collective dans le volume n° 9 de la revue Droit & Littérature : L’article est intitulé « La puissance instituante de la littérature envers le droit. Les livres font-ils la loi ? » et a été co-rédigé par Anna Arzoumanov, Charlotte Dufour, Peggy Larrieu, Loïc Parein et Mathilde Zbaeren.

Colloque : Le 4 octobre 2023, un colloque co-organisé par Charlotte Dufour, Anne Peroz et Loïc Parein à l’Université de Lausanne a réuni de nombreux spécialistes autour de la question : « La Fiction au pouvoir? ». Flyer disponible ici.

Actes du colloques : Les actes du colloque ont été publiés et sont disponibles sur le site de Fabula.

Collaboration avec les médias : Ce projet de recherche a également fait l’objet d’un podcast dans le cadre d’un projet mené avec l’émission Forum de la RTS. Ce podcast a produit une série d’entretiens qui montrent comment la littérature post-#MeToo traduit l’évolution des mentalités depuis 2017, tout en questionnant la justice. Dans chaque épisode, l’autrice ou l’auteur raconte au micro d’Esther Coquoz la réception de son livre par le public et son espoir de voir la société se transformer. Loïc Parein, avocat et spécialiste en droit pénal, explique ensuite ce que l’ouvrage dit du fonctionnement des tribunaux et l’évolution du droit en matière d’intégrité sexuelle. Podcast disponible en intégralité sur la RTS.

Activités de médiation :

  • Représentation de la pièce « Le Consentement » : Le 9 décembre 2023, l’association Du Droit à l’Art avec le Laboratoire a organisé – en collaboration avec le Théâtre l’Octogone de Pully – une représentation de la pièce « Le Consentement » de Vanessa Springora. La pièce était suivie d’une rencontre animée par Esther Coquoz et qui comptait Vanessa Springora et Loïc Parein.
  • Salon Dürrenmatt : Droit et littérature : Le 20 juin 2024, à l’issue de l’Assemblée générale de l’association UniNExt de l’Université de Neuchâtel a eu lieu un « Salon Dürrenmatt : Droit et littérature », avec deux présentations, de Mme Madeleine Betschart, directrice du Centre Dürrenmatt Neuchâtel, à propos de l’artiste et de la gestion de son patrimoine, d’une part, ainsi que de Mme Charlotte Dufour et de M. Loïc Parein, co-responsables du Laboratoire « Droit et littérature » de l’Université de Lausanne, sur les liens entre droit et littérature, notamment dans l’œuvre de Friedrich Dürrenmatt, d’autre part. Flyer disponible en format pdf.
  • Littérature, théâtre et justice : Le 21 novembre 2024, à l’issue de la représentation « Toute intention de nuire », les chercheur·e·s du laboratoire Droit et Littérature de l’UNIL ont proposé une réflexion sur l’impact de la production artistique sur l’ordre juridique établi. Des questions telles que « L’évolution des lois est-elle influencée par la littérature ? », « Comment la liberté d’expression littéraire est-elle encadrée ? » ou encore « Faut-il distinguer l’auteur des personnages ? » ont été soulevées dans ce cadre. Plus d’informations sous ce lien.

Collaboration avec Plume de Justice : Le 13 mars 2024, le projet Plume de Justice de l’Université de Neuchâtel organisait un débat consacré intitulé « Femmes à la barre. Le procès pénal à l’ère #MeToo » auquel a participé Charlotte Dufour du Laboratoire Droit & Littérature. Le débat réunissait le Prof. André Kuhn (Université de Neuchâtel) et comptait comme invité d’honneur la journaliste et autrice Pascale Robert-Diard. Le débat était modéré par Camille Loutsch et Michaël Althaus (Université de Neuchâtel). Flyer en pdf.