«Mon travail réunit beaucoup de ce qui m’intéresse dans la vie»

alumni 93 1
Delphine Friedmann. Directrice des Archives cantonales vaudoises. Licence en Lettres (2000).
© Pierre-Antoine Grisoni/Strates

En évoquant son poste d’archiviste cantonale, qu’elle occupe depuis 2019, Delphine Friedmann a les yeux qui brillent : «J’ai eu beaucoup de chance, cette activité me passionne!»

Enfant, elle ne se destinait pas à ce métier dont elle ignorait l’existence. «L’idée de travailler dans une bibliothèque m’a effleurée. J’ai toujours aimé lire.» Elle a grandi entre une mère restauratrice d’art, devenue guide au musée de l’Hermitage, et un père chimiste. De ce dernier, elle hérite la rigueur scientifique; de la première, une passion pour l’écrit et les questions de conservation.

Adolescente, elle collectionne les coupures de presse sur l’Allemagne de l’Est et la Seconde Guerre mondiale. Une somme assez imposante pour remplir une armoire dont elle finit par se débarrasser, ne conservant que quelques magazines sur la chute du Mur. Ce geste, en apparence anodin, fut son premier geste d’archiviste: «Que jeter? Que conserver? Et surtout sur quel support? Des questions auxquelles notre culture, de plus en plus dématérialisée, nous confronte sans cesse.»

Sa maturité en latin et anglais en poche, Delphine Friedmann se trouve à la croisée des chemins. L’Université ne la tente pas dans l’immédiat– «je pensais que j’étudierais l’allemand, l’histoire de l’art et la philosophie, mais après 50 ans». Elle se décide pour l’École Normale, où elle ne met que trois jours à réaliser qu’elle fait fausse route. Il lui en faut à peine davantage pour convaincre l’Unil de l’accepter sur ses bancs alors qu’elle était hors délai d’inscription.

La voilà donc qui plonge dans ces matières auxquelles elle prévoyait de consacrer la deuxième partie de sa vie. Elle se passionne pour l’histoire monumentale régionale et, au détour d’un séminaire du professeur Gaëtan Cassina, découvre les Archives cantonales. Coup de cœur! Elle travaille sur celles de La Tour-de-Peilz durant son mémoire puis effectue un stage aux Archives de Montreux juste après avoir obtenu sa licence, lorsqu’elle apprend que la commune de Prilly recherche un ou une archiviste. Elle n’a pas d’expérience, mais l’occasion est trop belle: elle se lance. Et on l’engage. Là encore, point de hasard: de la Fondation Eben-Hézer à des cours privés en passant par des remplacements scolaires, elle a été active tout au long de sa vie d’étudiante. Par nécessité, mais aussi par goût: «Je pense que ce n’est pas passé inaperçu. J’ai une reconnaissance éternelle envers la personne qui m’a donné ma chance.»

Puisqu’elle est germanophone, on l’encourage à faire connaissance avec ses collègues d’outre-Sarine. Une formation en archivistique est justement en train de se mettre en place entre Berne, Lausanne et Genève. Elle fera partie de la toute première volée – l’occasion de se constituer un solide réseau.

Quand on lui demande où elle se voit dans dix ans, elle éclate de rire: «Dans ce même bâtiment, mais avec les travaux finis!» Puis elle reprend, plus sérieuse: «J’espère surtout avoir amélioré les conditions de conservation de la mémoire cantonale et mené, avec mon équipe, la transition numérique.» La question des traces à laisser — personnelles comme collectives — la hante. Transmettre, c’est aider les générations suivantes à comprendre d’où elles viennent.

Presque toute l’année, elle se rend au bureau à vélo. Le mouvement est une respiration qui lui est nécessaire. Lorsqu’elle ne travaille pas, elle se consacre à sa famille. Nage au lac avec son mari, qui est aussi le père de leurs deux adolescents. Trouve encore le temps de lire, hélas pas celui de pratiquer la musique. Multiplier les activités, tel est son secret: «Il y a toujours un domaine qui va, cela aide à vivre avec ceux où les choses se déroulent moins bien.»

Laisser un commentaire