
Qui aurait pu penser que l’attrait pour les plantes et pour tout ce qui, de près ou de loin, touche à la botanique pouvait un jour mener à une thèse… sur la décomposition des cadavres? Certains pourraient voir, à travers ce parcours aux surprenantes ramifications, une opposition presque poétique entre la vie et la mort. Mais pour Luca Champoud, le fil rouge est clair et on ne peut plus scientifique: la génétique.
«Je n’ai pas un attrait particulier pour la mort. Je ne me suis jamais imaginé travailler avec des corps humains», explique le doctorant, comme pour désamorcer les idées reçues sur son métier. Son rêve d’enfant était tout autre: «Je voulais devenir biologiste et travailler sur la conservation des espèces rares. J’aimais le terrain, l’aventure et l’idée de découvrir de nouvelles espèces.»
Après un bachelor et un master en biologie à l’Université de Fribourg, puis un poste de collaborateur scientifique au jardin botanique, Luca Champoud se spécialise en génétique des populations. «Je n’aurais jamais pensé faire un doctorat.» Mais l’idée d’appliquer un jour ses connaissances aux enquêtes forensiques se met à germer dans un coin de son esprit. Et lorsqu’il tombe sur une place de doctorat à la croisée de ces deux univers, il n’hésite pas. «Ça m’a semblé être la suite logique.»
Luca Champoud a ainsi débuté sa thèse en 2024. Menée conjointement entre le CHUV (CURML) et l’Unil (DEE) au sein de la Faculté de biologie et médecine, sa recherche s’articule autour de trois projets basés sur l’analyse de l’ADN environnemental: l’étude de la décomposition de corps de cochons afin de mesurer l’impact du processus sur la biodiversité alentour, l’expertise des sols dans les cimetières et le compostage de corps humains. Le doctorant révèle au passage: «Treize jours avant cette inter-view, notre équipe a composté, à même le sol, le tout premier corps humain d’Europe. Dans une zone con-fidentielle et sécurisée.»
Lorsque Luca Champoud évoque son travail, son enthousiasme est si communicatif, et son discours si profondément enraciné dans la biologie, que l’on oublierait presque la nature de son objet d’étude. Et quand il dégaine, non sans permission préalable, des photographies de cochons et de chevreuils en pleine décomposition afin d’illustrer son travail, on se surprendrait même à faire abstraction du caractère macabre des images, tant le chercheur parvient à transmettre ses lunettes de scientifique. Fait amusant: c’est tout naturellement qu’il les appelle «mes cochons», qu’il qualifie ses observations de moments «assez géniaux à vivre», et se «réjouit de voir les insectes accomplir leur rôle sur les corps». Manifestement, le dégoût n’a pas sa place dans son laboratoire.
Cette proximité quotidienne avec la mort ne dérange pas le doctorant. Au contraire, il estime qu’elle invite à la réflexion et contribue à lever le tabou qui l’entoure. «Les corps humains sont enveloppés dans un linceul. On n’est jamais pris par surprise. Ce n’est pas la même chose que de se retrouver, par hasard, nez à nez avec un cadavre. Je pense aussi que côtoyer cette réalité me permet d’être plus serein, parce qu’on comprend comment les choses vont se dérouler.»
