L’économie au cœur du vivant

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Valérie Boisvert. Au restaurant du Théâtre, à Lausanne.
© Pierre-Antoine Grisoni/Strates

Valérie Boisvert, professeure ordinaire à l’Unil, s’intéresse au capitalisme écologique. Un attrait pour la nature qui prend racine dans son enfance.

Une économiste en Faculté des géosciences et de l’environnement? Ce n’est pas paradoxal pour Valérie Boisvert. Parler avec elle, c’est évoquer la biodiversité, voyager en Éthiopie à la découverte des jardins de case, partir en quête de l’arnica en Europe de l’Est et d’espèces de poivres rares à travers le monde. Échanger sur des champignons de l’Oregon et des végétaux retrouvés dans des cosmétiques de luxe. Le sujet est vaste et Valérie Boisvert ne s’en lasse pas. «Ce qui m’anime, c’est le vivant», souligne cette passionnée.

Arrivée à l’Unil en 2012, cette professeure d’origine française s’intéresse notamment à l’écologisation du capitalisme. Avec les plantes comme fil rouge. «Comme point d’entrée pour décrire des filières, des rapports de force, des questions de domination. C’est saisissant», s’enthousiasme-t-elle.

Jeune, elle ne se rêvait pas économiste. «J’aimais être dehors. Dans ma famille, on cultivait un véritable intérêt pour les plantes et les oiseaux, et leur observation rythmait nos moments partagés.» Elle reconnaît volontiers qu’«avoir rencontré la biodiversité n’est pas un hasard. Cela me correspondait.» Et de sourire de son nom de famille prédestiné: «C’était mon karma».

Pour Valérie Boisvert, issue d’une famille d’universitaires, le point de bascule a été le Sommet de la terre à Rio, en 1992. «Il a représenté un des éléments à l’origine de mon choix de spécialisation.» Sa thèse portait d’ailleurs sur la Convention sur la diversité biologique, traité international validé lors de ce sommet.

Ce domaine de recherche, elle ne l’a plus quitté. Elle continue à observer qui verdit le capitalisme et comment, tout en soulignant l’insuffisance d’une telle approche face à la crise écologique. «J’entends contribuer à rendre compréhensible des dynamiques sociales, politiques et économiques.» Mais le prosélytisme, très peu pour elle. «S’il est essentiel de prendre conscience de cette crise et de son caractère extrêmement grave, une position trop clivante ne rend pas justice à la complexité des problèmes», estime-t-elle.

Les tentatives de marchandiser la nature pour la conserver ne sont pas nouvelles. «Dans les années 70, puis 90, on en parlait déjà, en suggérant que la prise en charge de l’environnement par le marché à travers différents instruments pouvait résoudre la crise environnementale. Il existe ainsi une espèce de cycle des promesses en la matière. Il ne faut toutefois pas se laisser absorber par la critique des discours et en oublier les pratiques et les actes», relève-t-elle.

Et le greenwashing, pratique qui consiste à valoriser certaines actions en faveur de l’environnement, tout en continuant à le dégrader? «C’est l’arbre qui cache la forêt. Le problème n’est pas ce qui est compensé, mais ce qui est masqué par ces opérations plus visibles», explique-t-elle.

Pour Valérie Boisvert, la protection de la biodiversité peut être appréhendée à taille humaine. Pour penser et agir à son échelle. Sans être paralysé par les enjeux. «En tant que chercheuse, travailler sur l’environnement nous change. On n’en sort pas indemne», avoue-t-elle.

Une ville de goût 

Addis-Abeba, pour son immense marché plein de saveurs.

Un invité à sa table

L’anthropologue Anna Tsing, pour son livre Le champignon de la fin du monde

Un goût de l’enfance

La vanille en gousse dans les pâtisseries.

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