
Fondée par des chercheurs alumni de l’Unil, SODA veut rendre la science accessible à tous. Son terrain de jeu? Centres de jeunes, foyers socio-éducatifs et autres lieux où la science devient un outil de dialogue.
«Cette puff, on va la démonter pour voir ce qu’il y a dedans», annonce Norine Douxami. «Mais non, c’est du gaspillage!», proteste Hugo*, 15 ans, assis autour d’une table transformée en laboratoire. Une cigarette électronique y est reliée à une pompe d’aspiration et à un cylindre de verre qui piège la vapeur, bientôt visible sous la forme d’un nuage laiteux. «On ne peut pas la fumer?» L’animatrice sourit et secoue la tête.
Ce matin, dans la salle d’un centre qui accompagne des élèves en risque de décrochage scolaire, Norine Douxami et Dorian Ziegler, scientifiques et animateurs de l’association SODA («Science Ouverte, Démocratisée et Accessible»), proposent à quatre jeunes de découvrir ce que signifie «faire de la science». Le dispositif imitant l’inhalation sert non seulement à leur faire observer la vapeur émise par la puff, mais surtout comme prétexte pour questionner, échanger et débattre. Lorsque le duo les invite à actionner eux-mêmes la pompe simulant les bouffées, le scepticisme des débuts se dissipe: chacun veut endosser, le temps d’une expérience, le rôle du ou de la scientifique.
Sortir du cadre, créer du lien
Faire vivre cette expérience à des jeunes éloignés du monde académique, voilà ce qui anime SODA. Ils sillonnent maisons de quartier et foyers socio-éducatifs avec des kits d’expériences tirés de problématiques réelles de recherche. «Les jeunes en situation difficile se désintéressent souvent des sciences, jugées trop compliquées, et ont très peu de contact avec la recherche. Parler de science, c’est aussi créer du lien avec les populations qui s’en sentent écartées», explique Dorian Ziegler. Pour établir ce lien, son équipe se déplace au plus proche de ces publics parfois marginalisés, dans des lieux où ils se sentent en confiance. «Il est important de sortir du cadre hiérarchique de l’école. Nous ne sommes pas là pour faire la morale, mais pour partager un moment de curiosité», souligne Norine Douxami.
Depuis son lancement en février 2026, de plus en plus de centres sollicitent SODA pour l’atelier sur la puff mais aussi pour d’autres en développement. Propulsée par la participation à UCreate (Unil) et récompensée par plusieurs prix, l’association est en pleine expansion et compte aujourd’hui 13 membres.
Même si leurs interventions ne représentent qu’un moment ponctuel dans des parcours de vie parfois compliqués, Dorian Ziegler reste convaincu de leur importance. «On plante des graines de curiosité et d’esprit critique, pour montrer aux jeunes qu’ils ont pleinement la capacité de questionner et de comprendre le monde qui les entoure.» Une manière de résumer la philosophie de SODA: offrir des espaces inclusifs, sans jugement ni préjudice, pour découvrir la démarche scientifique.
Lorsque Norine Douxami referme le coffret contenant la pompe, le cylindre et la puff, elle demande quel thème les jeunes aimeraient explorer une prochaine fois. «Disséquer un cœur!», lance immédiatement Hugo. La scientifique sourit. «Ça, c’est tout à fait faisable. Je le note.»
