
à conquérir. © Guillaume Perret
Porté par l’équipe de l’anthropologue Ariane Mérillat, le projet «Polyphonies paysannes» souhaite resserrer les liens entre gens des villes et gens des champs. Un riche programme est prévu dès novembre à Moudon, à Lausanne et en ligne.
Qui sont les paysannes romandes? À quoi ressemble leur quotidien? Qu’ont-elles à nous dire? L’anthropologue Ariane Mérillat ouvre les portes du vécu des femmes dans le monde agricole. Sur ce terrain peu connu, l’équipe menée par cette énergique chargée de recherche à l’Institut des sciences sociales a fait pousser deux expositions, une chaîne de podcast, un site web, deux documentaires et un petit jeu de société. Elle projette dès 2027 de continuer l’aventure avec un jeu vidéo et un jeu d’enquête type escape game à faire à la maison.
Pièce maîtresse du projet «Poly-phonies paysannes», l’exposition immersive Paysannes, on vous aime! est présentée au Musée Eugène Burnand de Moudon dès le 14 novembre. Le titre n’est pas tombé du ciel. «Nous avons mené des micros-trottoirs à Lausanne et Genève, en demandant aux gens quels mots leur venaient à l’esprit quand on disait: “paysannes”.» Les a priori ont été bousculés, car «nous avons eu 100% de positif, note la chercheuse. Elles sont par exemple “puissantes”, “fortes” et “belles”. Elles défendent la nature – une majorité les voit du côté des écologistes, en politique – et elles s’occupent bien de leurs familles.»
Ces impressions répondent, dans l’exposition, à la question inverse. Des paysannes, interrogées par Ariane Mérillat, imaginent ce que les citadines et citadins pensent d’elles. «Là, c’était une autre chanson. Les termes qui revenaient étaient “sales” ou “illettrées”…» Ce choc des mots illustre, pour la chercheuse, le «besoin de reconnaissance» des femmes qui travaillent dans le monde agricole en Suisse romande. Une activité peu visible, épuisante et bien souvent non rémunérée.
Pour nourrir le projet, Ariane Mérillat a «rencontré beaucoup de paysannes, de tous les âges. Je leur ai posé un micro-cravate, et elles ont parlé de leurs vies, de leurs maris, de leurs familles, de conflits, d’argent…» Des récits parfois durs, qui dans certains cas n’attendaient que la présence de la chercheuse pour voir le jour. «Dans ce monde, on ne communique en général pas tellement, ou pas très bien», euphémise l’anthropologue, qui a passé une partie de son enfance à la ferme. Les propos ainsi recueillis se trouvent dans l’exposition, mais également sur le site polyphoniespaysannes.ch.
Du côté des images, «Polyphonies paysannes» propose une série de portraits réalisés par Guillaume Perret. Ses photographies seront présentées à Moudon et, en parallèle, dans une autre exposition à l’Unil. Deux films figurent également au programme. «Grâce à une collaboration avec la RTS, nous avons accès à des images des années 60-70. Un journaliste du service public interrogeait alors des citadines afin de savoir si elles pourraient épouser un paysan.» Ariane Mérillat et un cameraman ont mené le même exercice, mais en demandant à des Lausannois s’ils aimeraient se marier avec une paysanne! «Une inversion des genres» qu’affectionne l’anthropologue. Dans le même registre, «pour notre projet “Pixels en campagne”, des migrantes sont en train de réaliser un film au sujet des paysannes romandes en mettant en lumière ce qui les a intéressées ou étonnées.»
«Polyphonies paysannes» convoque tous les médias pour rendre visible le vécu de femmes qui se trouvent le plus souvent en coulisses.
À visiter
Paysannes, on vous aime! Dès le 15 novembre. Moudon. Musée Eugène Burnand. Me, sa et di 14h-18h. eugeneburnand.ch 021 905 33 18
L’ensemble du programme polyphoniespaysannes.ch
