Carole Schaub, « L’architecture hôtelière comme média promotionnel: Montreux à la Belle Epoque »

De 1830 à 1914, la région de Montreux voit naître et croître à un rythme effréné une industrie touristique qui se matérialise par la construction d’un nombre considérable de grands hôtels et d’hôtels-pensions plus modestes. Ils forment alors une station dotée de toutes sortes d’aménagements liés aux transports et aux loisirs propres à satisfaire les attentes des étrangers toujours plus nombreux à séjourner dans la région.

Alliant texte et image, les réclames illustrées sont un moyen très efficace de faire connaître un hôtel. Réservées aux propriétaires aisés – ceux-là mêmes qui investissent régulièrement dans l’amélioration de leurs hôtels pour s’adapter aux modes et aux attentes de leur clientèle –, ces annonces publicitaires permettent de voir comment l’édifice hôtelier devient l’emblème d’un tourisme en constante évolution.

Clément Grandjean, « Réseaux sociaux et métier d’architecte. Louis Villard (1856-1937), bâtisseur de l’avenue des Alpes à Montreux »

Des hôtels, des gares, des immeubles d’habitation ou de commerce, des bâtiments industriels, des maisons individuelles par dizaines, mais aussi des bains publics, des kiosques ou des embarcadères… En quarante ans de carrière, l’architecte Louis Villard contribue massivement au développement de la ville de Montreux. 130 constructions, 50 transformations ou agrandissements, et au moins une vingtaine de projets restés inaboutis : de quoi laisser une trace durable sur la Riviera vaudois.

Faiseur prolifique, il manie avec aisance les styles et les programmes architecturaux en fonction des exigences d’une clientèle multiforme. L’étude de sa carrière et de son implication sociale permet de dessiner le portrait d’une profession en pleine mutation. Plus entrepreneur qu’artiste, Louis Villard a compris qu’il doit soigner ses relations sociales pour garantir la pérennité de son gagne-pain. A ce titre, l’exemple de l’avenue des Alpes à Montreux est révélateur.

Bruno Corthésy & Mathias Glaus, « L’illusion de la cohérence urbaine. L’ensemble Terreaux-Mauborget à Lausanne »

A l’angle nord-ouest de la place Bel-Air se dresse un ensemble de bâtiments qui représente un élément marquant du paysage lausannois. Situé entre la rue des Terreaux et la rue Mauborget, il forme un pâté de maisons aux gabarits remarquables à l’échelle de la ville et il constitue un repère urbain aisément reconnaissable, particulièrement visible dans l’axe du Grand-Pont.

A l’autre angle, sur la rue des Terreaux, une tour accroche également le regard depuis la place Chauderon. Le lieu demeure aussi une référence dans la mémoire collective par la présence d’une salle de spectacle, nommée Kursaal à son origine et Ciné qua non aux derniers temps de son activité. L’ensemble vient de faire l’objet, en 2013 et 2014, d’une vaste opération de rénovation et de transformation, qui comprenait notamment la création de logements dans les combles.

Si, au premier coup d’œil, ce pan de ville peut donner l’impression de former un ensemble cohérent, son observation détaillée et l’examen de son histoire l’assimilent plus à un assemblage contraint, parfois mal ajusté et révélateur d’aspects oubliés de l’urbanisme lausannois.

Aline Jeandrevin, « Au château de La Sarraz: détour par l’argenterie des XVIIIe et XIXe siècles »

Le château de La Sarraz abrite entre ses murs une vaste collection de pièces d’argenterie. L’inventaire et l’identification des poinçons d’orfèvres sont essentiels à la constitution de corpus cohérents et permettent de constater que tous ces objets suivent une logique et s’inscrivent dans une histoire plus générale.

Le croisement de ces informations avec celles trouvées dans les archives, dans les « livres de raison » en l’occurrence, mettent en évidence des caractéristiques communes: premièrement, l’éclairage et les objets de table sont les catégories qui dominent largement; deuxièmement la quantité d’argenterie tant citée que conservée est conséquente; enfin, on retrouve à chaque fois les mêmes centres d’orfèvrerie et bien souvent les mêmes orfèvres.

Au cours du XIXe siècle, le maniement des objets et la façon de manger gagnent une importance à part entière. Le long essor de la codification gastronomique assurera le maintien d’une distinction entre les différentes classes sociale.

Hélène Rappaz, « Un acteur méconnu du paysage lausannois. André-F. Desarzens (1914-1996) »

Les études récentes menées sur le patrimoine vert lausannois ont révélé que les trois décennies qui ont suivi la Deuxième Guerre mondiale ont été particulièrement prolifiques en matière d’architecture paysagère, qu’il s’agisse de réaménagements d’anciens parcs ou de créations nouvelles. Or, si Lausanne est connue et reconnue comme « ville verte » dès les années 1950, c’est bien à André F. Desarzens qu’on le doit.

Evoquée dans l’ouvrage récemment publié, Lausanne – parcs et jardins publics, la contribution majeure dans ce domaine d’André F. Desarzens, d’abord chef jardinier, puis responsable du Service des parcs et promenades de la ville de Lausanne, mérite qu’on l’étudie de plus près.

Alessandra Panigada, « Du blé au vin. Brève histoire du site des Moulins de Rivaz à Lausanne »

De nombreux Vaudois se souviennent encore des imposants bâtiments de la Minoterie Coop à Rivaz, qui, jusqu’en 2005, s’élevaient aux portes du Dézaley, aux pieds de la cascade du Forestay. Aujourd’hui, le site est occupé par un édifice plus discret, le Vinorama, lieu voué à la présentation et à la promotion des vins de Lavaux inauguré en 2010.

Dès le XVe siècle, les rives du Léman près de la cascade du Forestay ont été caractérisées par la présence d’un moulin à farine, marquant l’entrée au cœur du vignoble et demeurant presque inchangé jusqu’à la fin du XIXe siècle. Il faut en effet attendre le seuil du XXe siècle et le passage d’une activité préindustrielle à une exploitation moderne pour voir le site se transformer radicalement : en 1917, une société nouvellement créée, la Minoterie Coopérative du Léman, prend la place des anciens moulins, en perpétuant leur activité pendant des décennies encore.

La démolition des bâtiments en 2005 met un terme à plusieurs siècles d’industrie meunière. Le site est reconverti en lieu de découverte du vin, produit phare de la région, révélant la volonté des autorités locales de promouvoir une autre image de Lavaux, qui cette même années présente sa candidature au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Denis Decrausaz, « Kuder & Müller, architecte à Strasbourg et Zurich au tournant du XXe siècle »

De 1892 à 1905, le bureau d’architecture Kuder & Müller, installé à Strasbourg et Zurich, participe au moins à une trentaine de concours et construit presque autant de bâtiments dans l’Empire allemand et en Suisse. Diffusée et commentée à l’époque par les médias, leur production est actuellement méconnue, car elle n’a jamais fait l’objet d’une étude monographique.

Pour répondre aux exigences d’une société en pleine mutation, Kuder & Müller emploient la copie, le collage, ou l’allusion à des formes historiques, savantes, ou pittoresques, toutes connotées. Qu’elle soit académique ou traditionnelle, leur production est aussi bien tributaire de la pratique architecturale du XIXe siècle qu’emblématique de l’horizon culturel de leur époque.