Péninsule du Yamal : le pergélisol comme agent « invisible » du rapport au sol

La péninsule du Yamal correspond à une vaste plaine côtière délimitée par l’estuaire de l’Ob au Sud et par la mer de Kara au Nord. Il est constitué de zones marécageuses de faibles altitudes correspondant à la couche supérieure du pergélisol.

Ce qui frappe lors de notre survol de la zone en hélicoptère, c’est tout simplement l’omniprésence des différentes étendues d’eau : fleuves, méandres et mares de thermokarst (ndlr : dépressions emplies d’eau et formées par la fonte de la couche supérieure du pergélisol).

Les variations dans l’épaississement de cette couche supérieure ou « active » du pergélisol représentent l’indicateur par excellence du changement climatique ainsi que du rapport au sol des habitants de Sibérie. Sujette directe aux fluctuations de températures, cette couche haute fond sur ses premiers mètres durant la période estivale en raison de l’augmentation des températures et du rayonnement solaire.

Un thermokarst dans la péninsule du Yamal (© photo Florian Cella/24heures)

Cela représente une situation très préoccupante du fait que, selon un rapport du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), le pergélisol renfermerait plus du double de la concentration actuelle de gaz à effet de serre présents actuellement dans l’atmosphère. Il pourrait donc s’avérer être l’un des principaux facteurs du réchauffement climatique.

Outre ses effets indirects sur le climat, le pergélisol suscite de nombreuses difficultés en matière de constructions, que ce soit en termes d’habitat, d’infrastructures routières, pétrolières ou gazières.

La fonte du pergélisol induit une déstabilisation des sols dans lesquels il est installé. Pour les résidents des régions concernées, cela les amène à reconcevoir l’habitat ainsi que leur rapport général au sol. Les bâtiments sont donc construits sur pilotis afin d’éviter que les chauffages intérieurs ne fassent fondre le pergélisol et que ces derniers ne viennent à basculer ou à se disloquer. Les réseaux électriques, d’eau et de télécommunication sont aériens.

Cela ne permet cependant que de diminuer mais en aucun cas d’enrayer les problèmes liés à la fonte du pergélisol et affectant les constructions. Pour anecdote, en 1994, la rupture d’un oléoduc du champ pétrolier de Vozei près de la ville d’Oussinsk avait entraîné un déversement de 160.000 tonnes de pétrole dans la nature, soit la plus grande marée noire terrestre jamais observée.

Les enjeux environnementaux sont donc très significatifs et, pour la plupart, inédits.

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