L’appel de la Toundra

En date du mardi 5 juillet, nous embarquons à bord d’un Mi-8 pour l’une des rencontres les plus enrichissantes qu’il m’aura été donné de vivre jusqu’à présent. Après 2 heures de vol, nous effectuons une première escale à Yarsale, une ville totalement isolée au milieu de la péninsule. Après avoir ajouté du carburant, nous faisons connaissance avec de nouveaux passagers qui ont embarqué lors de notre escale.

Il s’agit de Nénètses (ou Yuraks) – peuple autochtone samoyède de Russie – qui, ayant opté pour un mode de vie sédentaire, profitent de notre déplacement pour rejoindre leur famille restée dans la toundra : le Mi-8 demeure un moyen de transport privilégié pour rallier le campement familial, inaccessible par voie terrestre durant la période estivale.

Au travers d’un jeu de sourires et de regards d’abord timides, nous découvrons peu à peu la beauté de cette ethnie aux traditions millénaires dont les femmes ont choisi, pour l’occasion, d’opter pour l’habillement traditionnel (la visite de leur famille demeurant un événement plutôt rare et inattendu).

Nénètses veut dire « homme », « petit homme » ou « être humain » en langue nénètse. (© Florian Cella, 24heures)

La suite de notre périple nous amène plus au nord de la péninsule, à proximité du lac Yarato à la rencontre de la brigade d’Oleg (ndlr : en fait, tribu ; le terme « brigade » est hérité de l’ère soviétique). Une fois rendus sur place, nous avons totalement perdu nos repères habituels et nous nous laissons aller à la magie du moment.

Les Nénètses nous réservent un accueil chaleureux. Julie, la journaliste de 24heures présente à cette étape, est immédiatement intégrée aux activités des femmes de la brigade qui lui présente leur tchoum (ndlr : tente), petit univers dont elles seules sont les gardiennes.

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(© Florian Cella, 24 heures)

Viktor, Christophe, Florian (le guide, le directeur du Centre patronal vaudois, et le photographe de 24heures) et moi découvrons avec émerveillement le travail des hommes autour de leur troupeau de quelque milles rennes qui représente le moteur d’un mode de vie aux traditions vieilles de plus de 7’000 ans.

Tout s’organise effectivement autour des cervidés. Captures au lasso pour l’accomplissement des tâches quotidiennes, transhumance tous les deux jours pour minimiser l’impact au sol, les rennes représentent la survie de la brigade et de ses traditions.

Chaque brigade, entre dix et vingt personnes - gère un troupeau de mille à deux mille rennes (© Florian Cella, 24heures)

Chaque brigade, entre dix et vingt personnes – gère un troupeau de mille à deux mille rennes (© Florian Cella, 24heures)

Démonstrations de capture au lasso, travail des chiens autour du troupeau, courses de traineaux, nous en prenons plein les yeux !

Nous nous rendons ensuite à l’intérieur d’une tchoum pour une petite collation. Télévision satellite et bébé renne dormant près du feu, le contraste est pour nous saisissant. Les Nénètses semblent intégrer de manière progressive la technologie et entamer une transformation en douceur de leur mode de vie qu’ils souhaitent perpétuer.

D’autre part, l’« appel de la toundra » comme ils le qualifient demeure très fort et très ancré au sein de leur tribu ; mais ce petit peuple (Nénètses signifiant « petit homme » dans le langage traditionnel) estimé aujourd’hui à 40’000 personnes environ, voit son mode de vie aux traditions millénaires menacé : face aux enjeux économiques et socio-politiques liés à la richesse incommensurable de la péninsule en termes d’hydrocarbures, il s’efforce tant bien que mal de perpétuer ses traditions dans une société de plus en plus globalisée.

Il devra aussi faire face aux effets encore mal connus du changement climatique sur cet immense territoire.

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